Lundi 16 juillet 2018 | Dernière mise à jour 07:00

Neuchâtel Jugée pour avoir fait exciser ses filles

Une Somalienne comparaîtra mercredi à Boudry (NE) pour avoir fait mutiler ses deux filles avant leur arrivée dans notre pays. Le tribunal pourrait toutefois se déclarer incompétent.

La trentenaire vit dans ce quartier de Neuchâtel avec ses quatre enfants. Également somalien, son mari – qui l’a dénoncée – avait demandé le regroupement familial. Le couple vit séparément depuis 2016.

La trentenaire vit dans ce quartier de Neuchâtel avec ses quatre enfants. Également somalien, son mari – qui l’a dénoncée – avait demandé le regroupement familial. Le couple vit séparément depuis 2016. Image: Laurent Crottet

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«Celui qui aura mutilé des organes génitaux féminins sera puni d’une peine privative de liberté de 10 ans au plus, ou d’une peine pécuniaire de 180 jours-amendes au moins.» En vigueur depuis seulement six ans – suite à la ratification d’une convention européenne sur le sujet –, l’article 124 de notre Code pénal a très rarement fait l’objet d’une ouverture d’enquête, et encore moins d’un renvoi devant un tribunal. Car les victimes d’excision s’accommodent le plus souvent de leur sort, resté la norme dans la Corne de l’Afrique ou dans des pays comme l’Égypte et le Soudan.

Dans le cas qui occupe actuellement la justice neuchâteloise, c’est le mari d’une Somalienne qui a dénoncé madame pour avoir fait mutiler les organes génitaux de leurs deux filles – aujourd’hui âgées de 12 et 11 ans – juste avant que ces dernières ne le rejoignent en Suisse, fin 2015. Et cela en même temps que les deux fils du couple (10 et 9 ans), dans le cadre d’un regroupement familial demandé à l’arrivée de leur père, sept ans plus tôt. Seulement voilà: le Tribunal de Boudry (NE) devra d’abord déterminer si la trentenaire illettrée, dont le procès est prévu demain, pourra être jugée sous nos latitudes pour des faits commis à l’étranger.

«L’article 124 ne peut pas s’appliquer à tous ceux qui demandent l’asile et qui font exciser leurs filles en chemin», estime l’avocate de la Somalienne, Me Béatrice Haeny. Pour la femme de loi, l’article 124 du Code pénal ne viserait qu’à réprimer «le tourisme de l’excision», organisé depuis notre pays. «C’est une pratique ignoble, que ma cliente n’aurait jamais dû imposer à ses enfants, mais elle n’est pas forcément condamnable en Suisse. Ou alors nous irions plus loin que ce qui a été voulu par le législateur.»

Sur le fond, l’avocate dit «ne pas croire une seconde» que le mari de sa mandante lui aurait interdit de faire mutiler leurs fillettes avant leur départ pour l’Europe. Ne serait-ce qu’au regard du contexte de «violences conjugales extrêmes» subies par la mère de famille durant leurs onze mois de vie commune. L’époux a en tout cas été reconnu coupable l’an dernier de mise en danger de la vie, suite à une tentative d’étranglement. Elle-même excisée, l’accusée explique avoir agi pour protéger la réputation de ses filles, conformément à la culture somalienne, qui veut que les femmes non mutilées ne soient jamais mariées, car considérées comme des prostituées. À l’instar de celles qui, dans nos contrées, ne restaient pas vierges jusqu’au mariage…

Les filles du couple, quant à elles, n’en voudraient pas à leur mère. Convaincues que la trentenaire a agi pour leur bien. (Le Matin)

Créé: 10.07.2018, 06h58

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