Vendredi 16 novembre 2018 | Dernière mise à jour 03:16

Genève Kémi Seba refoulé: censure ou justice?

Jeudi, les autorités genevoises ont empêché un polémiste d’entrer sur le territoire. Une décision à double tranchant.

Image: Keystone

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Il devait parler des «méfaits de l’impérialisme» et de sa vision du «panafricanisme». Avec un tel programme, difficile d’imaginer qu’un noir installé au Sénégal depuis 2010, invité à parler devant une majorité de blancs, puisse être déclaré persona non grata par crainte d’éventuelles «incitations à la haine raciale».

C’est pourtant ce qui est arrivé à Kémi Seba, Stellio Capo Chichi de son vrai nom. Jeudi soir, le Département de la sécurité genevois a annoncé que ce prédicateur afrocentriste avait été cueilli à sa sortie de l’aéroport, quelques heures plus tôt, puis remis aux autorités françaises. Une action prise suite à une décision de l’Office fédéral de la police. «Ils ont prétexté l’oubli de ses valises, puis je n’ai plus rien vu», raconte un militant du groupe Genève Non Conforme, venu accueillir le polémiste français à sa sortie de l’avion.

Depuis plusieurs semaines, les milieux «antifascistes» genevois appelaient à saboter la conférence, organisée par le mouvement «Egalité et Réconciliation Suisse» (E&R), créé il y a six mois. Une mobilisation due, selon eux, au statut d’«allié de l’extrême-droite» du prédicateur, très engagé contre le «mondialisme» et le «sionisme». Deux termes derrière lesquels se cachent, aux yeux de ses critiques, un antisémitisme virulent. «Nous avons dû changer quatre fois de salle, et puis il y a eu cette décision de justice «préventive», déplore Behnam Najjari, président d’E&R suisse. «Interdire aux gens de parler, même si l’on n’est pas d’accord avec eux, cela ressemble aux méthodes des régimes sans état de droit.» D’après ses explications, Kémi Seba aurait notamment pu évoquer, lors de son allocution, la lutte acharnée de la Chine et des Etats-Unis pour faire main basse sur l’Afrique. «Nous ne sommes pas à 100% d’accord avec ses positions politiques, mais nous pensions que son retour serait intéressant, en sa qualité d’homme de terrain.»

Tout autre son de cloche, évidemment, du côté du mouvement de lutte contre l’antisémitisme CICAD, qui avait alerté les autorités: «Nous n’avions pas demandé l’interdiction de la conférence, mais nous saluons cette décision», explique Johanne Gurfinkiel, secrétaire général. «Il y a un certain nombre de valeurs dans ce pays, et nous constatons que ce ne sont pas du tout celles de Monsieur Séba.»

Reste que la décision risque bien de faire du prédicateur un «martyr de la liberté d’expression», aux yeux du politologue français Jean-Yves Camus. Ce dernier juge cependant que la décision des autorités suisses est «saine». Il estime en outre que le polémiste, livré à son pays par la Suisse, devra peut-être régler quelques comptes avec la justice pour des affaires antérieures à son départ pour l’Afrique. (Le Matin)

Créé: 26.10.2012, 18h41

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