Dimanche 15 septembre 2019 | Dernière mise à jour 09:45

Vaud La Lausannoise qui a cloué sa fille dans une chaise fait appel

Condamnée à 8 ans ferme pour avoir tiré cinq fois sur sa fille et l'avoir rendue paraplégique, la mère de Patrizia Mori recourt. Son avocat conteste la tentative d'assassinat et, partant, la préméditation.

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L'affaire ne s'arrêtera pas dans l'antre du Palais de Justice de Montbenon. Le jugement du Tribunal criminel d'arrondissement de Lausanne est aujourd'hui contesté par la condamnée. La condamnée, cette pharmacienne reconvertie dans l'immobilier, Italienne de 63 ans arrivée dans la capitale vaudoise il y a plus de vingt ans, mère d'une superbe jeune femme qu'elle a tenté d'abattre le 29 juin 2017.

Au moment des faits, Patrizia Mori a 27 ans. Elle a déjà derrière elle une enfance, une adolescence, un début de vie d'adulte triste et chaotique, sans père. Sa mère divorcée boit, s'isole, s'automédique. Insomnie, dépression, fragilité, pensées suicidaires. Avec pour corollaire, une cible unique, sa fille unique, qui fait tout pour l'en sortir.

Miraculée mais handicapée

La violence, la maltraitance psychologique, les menaces de représailles si elle devait oser se plaindre, les menaces de mort, les chantages au suicide ne s'arrêteront que lorsque les cinq balles du pistolet Beretta 87 Target de sa mère – qui faisait du tir sportif – siffleront. La première balle, tirée dans le dos de Patrizia, suffira pour la rendre paraplégique. Les autres la plongent entre la vie et la mort. L'aorte est touchée, elle fait deux arrêts cardiaques. Et en réchappe. Un miracle, assorti depuis d'une vie assise.

Durant le procès en juin dernier de celle qui l'a enfantée et «tuée», Patrizia est venue à la barre quelques minutes hors de la présence de sa mère. Elle a demandé à la Cour criminelle d'être clémente avec sa maman borderline: «Je lui suis très reconnaissante de tout ce qu'elle a pu me donner. Aujourd'hui, c'est son jugement, mais c'est aussi le mien. Quoi qu'elle ait fait, ça reste ma mère. Elle m'a tellement donné. Il n'y a pas une seconde où ça ne me touche pas de la savoir là-bas (ndlr. à la prison de Lonay)

«Je remarcherai pour elle»

Son courage et sa capacité à pardonner forcent le respect et l'admiration. «J'ai encore l'espoir qu'un jour nous aurons une relation mère-fille, que nous irons nous promener et qu'elle poussera ma chaise», poursuivra en audience la jeune femme, plus coupable que celle qui comparaissait. «Je veux lui dire que je n'ai jamais été la fille modèle. J'ai tout fait pour qu'elle aille mieux. Nous avions des opinions divergentes, c'est vrai. Pour elle, je ferai tout pour remarcher.»

Depuis sa sortie du CHUV et ses longs mois passés à Nottwil (LU), au Centre suisse des paraplégiques, elle ne lâche rien. Elle s'est lancée dans un concept américain de thérapie par le sport, développé dans deux centres vaudois. Ses médecins sont des coachs en activité physique. Elle y croit dur comme fer. Mais ces traitements ne sont pas encore reconnus par les standards des assurances. Elle vit actuellement du social, tandis que l'AI n'a pas encore tranché son cas. Sa situation financière l'a contrainte à ouvrir une plate-forme de financement participatif.

Pas de préméditation

«Ma mère», «Maman». Quand elle en parle, c'est ainsi. Pas autrement. Patrizia a largement dépassé le pardon – la résilience a fait son chemin – au point de suggérer à nouveau à la justice de la condamner plus légèrement en appel. C'est bien l'objectif visé par la partie à la fois adverse, à la fois censée aimer. Avocat de la mère, Me Fabien Mingard vient de déposer son mémoire motivé auprès de la Cour d'appel pénale du Tribunal cantonal (TC). Il vise la requalification de la tentative d'assassinat en tentative de meurtre. Partant, une diminution de la quotité de la peine arrêtée à 5 ans maximum. Et une expulsion du territoire suisse pour une durée de 5 ans et non de 15. Le traitement ambulatoire n'est pas contesté.

«Les conditions de la tentative d'assassinat ne sont à mon avis pas remplies, compte tenu de la jurisprudence restrictive du Tribunal fédéral. À commencer par la préméditation. Il n'y a pas eu de plan précis ou de démarches particulières. Certes, il y a eu une arme qu'il a fallu charger, mais ça ne suffit pas à prouver l'acte prémédité. Les testaments et les dernières volontés, retrouvés dans l'appartement, avec des dates antérieures, auraient en réalité été écrits le jour des faits, selon ma cliente. J'ai du reste demandé des mesures d'instruction complémentaires au TC s'agissant de certains de ces documents retrouvés déchirés au fond d'une poubelle afin de les dater», détaille l'homme de robe.

«Ma cliente a sauvé sa fille»

Me Mingard balaie aussi le mobile égoïste et la froideur extrême. «Une diminution moyenne de responsabilité a été retenue. La situation de ma cliente s'est dégradée au fil du temps. Il y a eu une accumulation de facteurs de stress et de dépression. Les experts psychiatres parlent d'un épuisement psychique et d'un intense désespoir au moment des faits.» Lors du procès des 24 et 25 juin, la défense avait également relevé que «la maman avait lâché son arme, qu'elle avait immédiatement appelé les secours. Et que cet appel avait sauvé sa fille».

L'audience d'appel n'est pas encore fixée. La tâche des juges cantonaux sera aussi épineuse que celle de leurs homologues de première instance. Confirmer la cruauté et l'absence de scrupules d'une mère qui vide son chargeur sur sa fille. Ou laisser la porte ouverte à la détresse absolue d'une mère malade. Tel sera l'enjeu central.

evelyne.emeri@lematin.ch

Créé: 23.08.2019, 06h47

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