Mardi 16 octobre 2018 | Dernière mise à jour 16:39

Tribunal de Neuchâtel Le médecin d'un retraité sur le banc des accusés

En octobre 2016, un retraité décédait des suites d’un médicament surdosé. L’une de ses filles se livre au «Matin», alors que le procès du généraliste mis en cause s’ouvre mardi.

Le Tribunal de l'hôtel de Ville à Neuchâtel.

Le Tribunal de l'hôtel de Ville à Neuchâtel. Image: Maxime Schmid

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Le décès de Jacques* (79 ans) est révoltant. Car ce n’est pas une mais plusieurs erreurs médicales qui ont condamné à mort ce retraité du Val-de-Travers. Or seul son généraliste se retrouve sur le banc des accusés. Le médecin de 65 ans comparaît aujourd’hui devant le Tribunal régional de Neuchâtel.

Admis en juillet 2016 dans l’un des deux homes de Fleurier en raison de chutes à répétition au domicile de sa compagne – où le septuagénaire vivait le plus souvent –, le patient était encore en bonne forme. «Il faisait ses courses, conduisait sa voiture», témoigne Christine*, l’une des trois filles du défunt. «C’est quelqu’un qui avait de la volonté. À l’EMS, il voulait faire un maximum de choses seul.» Une autonomie rapidement devenue incompatible avec l’immobilisme de son voisin de chambre, grabataire. Trois mois plus tard, Jacques avait fini par être transféré à l’établissement médico-social de Couvet (à 5 km), où un lit s’était libéré en individuel.

Le médecin «valide» une erreur

Le jour en question – soit le jeudi 6 octobre –, une panne informatique a contraint le home de Fleurier à envoyer par fax les informations en lien avec la médication de leur ex-résident. Et notamment l’administration hebdomadaire de Methotrexat. Des comprimés au risque de toxicité élevé, prescrits dans le cadre de chimiothérapies, ou, à plus petite dose, pour traiter des maladies chroniques inflammatoires tels que le psoriasis. Le retraité souffrait de polyarthrite.

Une infirmière expérimentée de l’EMS de Couvet commet la première erreur, en inscrivant sur la fiche du nouvel arrivant que le septuagénaire devrait se voir administrer une dose de Methotrexat… quotidiennement. Ce qui sera fait pendant plusieurs jours consécutifs. Car le généraliste de Jacques – également employé par six homes de la région, dont les deux concernés par son patient – contresignera cette fiche de médication. Il faudra attendre le mardi suivant pour que l’erreur de posologie soit signalée au médecin traitant du résident.

Aucun antidote n’est administré

Sauf que ce jour-là le praticien ordonne certes la suspension immédiate du traitement, mais ne prescrit pas d’antidote pour soigner le retraité. Pas plus qu’une hospitalisation, qui ne sera décidée que trois jours plus tard. «Ça nous a choqués», réagit l’un des conseils des filles du défunt, Me Michel Montini. Et de relever que la base de données nationale des médicaments Compendium est pourtant très claire sur la question: en cas de surdosage, un remède doit être administré «aussi rapidement que possible». Sans compter que les patients âgés doivent faire l’objet d’une surveillance particulière. Surtout s’ils ont des problèmes rénaux. Jacques n’avait plus qu’un rein.

«Il aurait eu la vie sauve…» soupire Christine. «C’est quand même fou; il y a de vraies lacunes de formation, aussi bien dans nos structures médico-sociales que chez certains généralistes.» Et cette Chaux-de-Fonnière de s’insurger que son père n’ait pas été autorisé à abréger ses souffrances, pendant ses neuf jours d’agonie à l’hôpital, brûlé de l’intérieur. «C’est affreux de voir qu’on peut finir sa vie comme ça de nos jours», lance la quinquagénaire. Jacques, qui avait tenté de s’enfuir, est décédé ceinturé à son lit. (Le Matin)

Créé: 13.02.2018, 07h05

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