Lundi 16 septembre 2019 | Dernière mise à jour 05:28

Vaud Morte dans le lac: «Je n'ai pas échangé Gaëlle contre de la drogue»

Les quatre requérants accusés d'avoir tous abusé de la Valaisanne de 27 ans sur les bords du lac à Vevey et de ne pas lui avoir prêté secours, comparaissent depuis mardi.

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En ouverture d'audience ce mardi matin à la salle cantonale de Renens, le Tribunal correctionnel d'arrondissement de l'Est vaudois a accédé à la requête du procureur Stephan Johner, soutenue également par l'avocat de la famille de Gaëlle, Me Astyanax Peca. Le magistrat a demandé d'envisager l'aggravation de l'infraction d'actes d'ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement ou de résistance. A savoir l'atteinte à l'intégrité sexuelle commise en commun. En clair, le principe de la tournante et d'une forme de viol collectif. «La Cour n'a pas de motif de l'écarter et se réserve d'en faire application», dixit le président de céans, Franz Moos.

Expertise en alcoologie rejetée

En revanche, la requête déposée par Me Sarah Meyer, défendant le meneur présumé du quatuor, qui conteste avoir abusé de la jeune Valaisanne (ndlr. pas de liquide séminal et d'ADN retrouvés sur la victime contrairement aux trois autres prévenus), a été rejetée. Me Meyer demandait la mise en œuvre d'une expertise par un spécialiste en alcoologie sur la défunte afin de définir sa capacité de discernement – total ou partiel – au moment des faits et, partant, la culpabilité de son client. Les juges ont estimé que les éléments au dossier s'agissant de l'influence des substances ingérées par Gaëlle étaient parfaitement suffisants.

«Elle avait bu, mais elle était consciente»

Les déclarations du premier requérant interrogé sont si contradictoires qu'elles donnent déjà bien du fil à retordre au tribunal, qui a dû s'adjoindre les services d'une traductrice pour ces quatre messieurs. Ce Tunisien de 31 ans ne se souvient pas, prétend autre chose ou ne sait pas pourquoi il a affirmé l'un ou l'autre élément pourtant capital avant le procès. A croire qu'il tente de couvrir ses potes et de charger celle qui n'est plus là pour s'exprimer, retrouvée sans vie dans le Léman le 10 mars 2018. «La première fois, j'ai vu la fille près du foyer de l'EVAM (Établissement vaudois d'accueil des migrants, à Vevey). Elle avait un peu bu mais elle était consciente. Elle marchait correctement. Au lac, elle a sorti une bouteille d'alcool fort, elle voulait que je l'accompagne. J'étais avec mon copain (ndlr. l'Algérien de 29 ans, soupçonné d'être le leader du groupe)

«Vu que c'était une femme, c'était normal»

«Arrivés près du lac, on était les 3. Gaëlle écoutait de la musique, elle voulait un joint. Elle en avait un. On l'a fumé. Après le joint, elle était en chaleur. Elle s'est approchée de moi, m'a enlacée et s'est mise à m'embrasser. Elle a voulu ouvrir mon pantalon. Elle me parlait de sexe, Elle voulait le faire avec moi», raconte le trentenaire. «Vu que c'était une femme, pour moi, c'était normal. C'était le week-end (ndlr. vendredi soir 9 mars 2018). J'avais bu et consommé de la drogue. Nous avons eu une relation sexuelle tous les deux. Après, elle s'est approchée de mon copain, il s'est éloigné quand elle a voulu. Il est revenu plus tard, il avait été chercher du papier à rouler. Après, c'est moi qui me suis éloigné. Mon copain ne m'a jamais dit s'il avait eu une relation sexuelle avec elle. Je n'ai rien vu.»

«Vous n'avez rien vu, c'est formidable!»

Confusion aussi dans l'ordre d'arrivée des deux autres coaccusés et d'un cinquième individu du Kosovo, qui ne comparaît pas. «On a continué à fumer et à boire. Elle marchait en titubant. Mes deux autres copains (ndlr. l'Algérien de 26 ans et le Marocain de 32 ans), je ne sais pas non plus s'ils ont eu une relation sexuelle avec elle. J'étais un peu loin. Elle buvait, elle riait.» «Vous n'avez rien vu, c'est formidable!», tonne le président Moos. «Elle voulait avoir une relation avec tout le monde», réplique le Tunisien sur la sellette. «Gaëlle n'est pas tombée sur une pierre mais à côté d'un mur. Elle était sur les genoux la tête appuyée sur le mur, elle voulait rester comme ça. Elle était très bourrée. A la fin, j'étais seul avec la fille. Je l'ai laissée pour aller chercher de la marijuana. Quand je suis revenu, il n'y avait plus que ses sacs. Je suis allé voir dans les deux toilettes (ndlr. près de la Buvette des bains publics), elle n'y était pas. J'ai jeté un coup d'oeil vers le lac. Il faisait trop noir.»

«Elle disait fuck me»

Les trois autres coprévenus ont égrainé les interminables heures d'audience et agacé l'assistance de la même manière que leur acolyte. Servant des versions à l'opposé de leurs auditions devant les enquêteurs et la police. Celui que l'accusation estime être l'instigateur de cette macabre promenade et d'avoir échangé Gaëlle contre de l'herbe et de la cocaïne ne s'est pas laissé démonter. L'Algérien de 29 ans était du premier voyage vers le lac. «Elle était déjà ivre. On l'a un peu soutenue. On était vers une table de ping-pong. Elle m'a embrassé, elle me chauffait. Elle voulait encore un joint. Je ne l'ai pas touchée. J'avais peur d'une maladie. Je ne l'ai pas échangée contre de la drogue.» Ces trois potes le chargent pourtant, tous. «Je ne sais pas pourquoi. En partant, je leur ai dit de ne pas la laisser seule, elle n'était pas en état. Elle disait «fuck me, fuck me». Si je lui ai touché la poitrine, c'était pour la repousser.»

«Je l'ai b***, M. le président»

Son compatriote algérien de 26 ans est arrivé dans une deuxième phase précisément à la demande du présumé «cerveau» de la bande pour ramener de la beuh. «Gaëlle était sur ses genoux. J'ai cru que c'était sa copine. Elle m'a dit que non. Elle a croché sur moi. Elle était intéressée par un rapport sexuel avec moi. Un migrant kosovar qui était aussi là m'a dit «B***-la», alors j'ai b*** avec elle, M. le président. Mais je n'ai rien dit aux autres. Elle ne m'a jamais dit d'arrêter. Elle voulait à 100%. Elle était trop stressée par l'amour, elle a baissé elle-même son pantalon. Là, elle était bourrée. Elle est tombée de la table de ping-pong. Elle n'avait plus d'équilibre. Tu vois (s'adressant au procureur), j'ai eu l'impression qu'il y avait autre chose que de l'alcool, peut-être de l'ecstasy, parce qu'elle était douce et tendre. J'ai pensé qu'il n'y avait que moi qui l'avais b***.»

«Elle savait ce qu'elle faisait»

Dernier à s'exprimer, le Marocain de 32 ans, également contacté par le prétendu chef d'équipe, l'Algérien de 29 ans. «Il m'a dit qu'il y avait une fille qui n'avait pas de sou et qu'il avait besoin d'une boule de blanche en contrepartie de sexe. J'ai accepté. C'était le week-end, il y avait une bonne ambiance quand je suis arrivé. La fille rigolait. Ca riait, ça fumait. Elle m'a embrassé. Elle savait ce qu'elle faisait. Je n'aurais pas pris le risque avec une fille qui titube. Elle a agi de son plein gré, je ne l'ai pas forcée. Elle a remonté mon pull et m'a saisi par le sexe. Après je suis reparti à la gare, j'ai rencontré le Tunisien et j'ai demandé des nouvelles des garçons, pas de la fille. Je n'étais pas responsable. Je ne sais pas qui l'avait amenée. Près du lac, il y avait ses affaires. Son téléphone était par terre, je ne l'ai pas volé, je l'ai trouvé.»

«Je sais que vous savez!»

«Vous avez mis des mois pour nous dire que vous avez pris ce téléphone, explose le procureur Johner, Vous faites partie des deux dernières personnes avec votre ami tunisien à avoir vu Gaëlle. Je sais que vous savez! Je vous cite (ndlr. PV d'audition): «Je suis presque sûr qu'il l'a vue dans l'eau. Il était effrayé, il m'a dit c'est possible qu'elle soit tombée dans l'eau». Vous confirmez?» Le Marocain: «Oui. Il avait le visage changé.» Avocat de la famille de Gaëlle, Me Astyanax Peca de l'interpeller à son tour et de demander qui avait abusé de la jeune Valaisanne. Le ressortissant marocain nomme les trois autres, qui lui ont tous assuré qu'elle était «consentante». Des relations sexuelles avec une seule et même femme, à quelques mètres les uns des autres avec alcool, drogue et surdose de médicaments pour Gaëlle. Des abus sexuels commis en commun? Une tournante avec une proie dépourvue de discernement? C'est tout l'enjeu de cette sordide affaire.

«Personne ne vous dit la vérité»

Que ce soit le Ministère public ou le tribunal, tous deux ont tenté de faire surgir la vérité, menaçant les intéressés que c'était le dernier moment pour eux de cesser de varier. Au terme des débats de ce mardi, le président Franz Moos a plus particulièrement interpellé l'Algérien de 29 ans, qui aurait tout orchestré: «Vous êtes sûr que vous n'en savez pas un peu plus?» «Oui, j'ai entendu mon copain tunisien dire qu'elle s'était suicidée. Il le racontait à tout le monde. Il a vu quelque chose flotter sur l'eau, quelque chose de sombre. Personne ne veut vous dire la vérité. Je ne sais pas pourquoi ils ne veulent pas dire ce qu'ils savent. Il ne m'a pas dit si elle était tombée ou si elle avait été poussée. Il m'a aussi dit qu'il était seul, pas avec le Marocain. Je sais seulement ça. Ils ont raison les parents de vouloir savoir.»

Réquisitoire et plaidoiries mercredi

Le quatuor est prévenu, principalement, d'actes d'ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement ou de résistance, d'omission de prêter secours et d'infraction à la loi fédérale sur les stupéfiants. L'instigation à actes d'ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement ou de résistance est uniquement retenue contre le présumé meneur.

Le procès se poursuit mercredi.

evelyne.emeri@lematin.ch

Créé: 26.03.2019, 13h57

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