Mercredi 24 octobre 2018 | Dernière mise à jour 02:02

Vaud Le père incestueux voit sa peine de 18 ans ferme confirmée

Le Vaudois de 42 ans a été rejugé ce lundi en appel. Sans surprise, les juges cantonaux confirment le verdict de première instance. Rebondissement extrême: le condamné ne nie plus les viols – sauf un – ni les abus répétés sur ses enfants.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Le procès du père incestueux s'est ouvert ce lundi à 14h, à Lausanne, devant la Cour d'appel pénale du Tribunal cantonal (TC). Le condamné avait recouru contre le jugement de première instance prononcé en mars dernier, lui infligeant 18 ans de prison ferme. Ses avocats, Me Loïc Parein et Me Jonathan Rutschmann, estimaient que la justice vaudoise avait surréagi. Selon eux, le Vaudois de 42 ans avait été sanctionné de manière très excessive, uniquement pour compenser le laxisme de la Justice de paix et du Service de protection de la jeunesse (SPJ).

Ces deux autorités viennent d'être lourdement épinglées par le rapport de l'ancien juge fédéral Claude Rouiller. Un rapport réclamé par un Conseil d'État lui-même éclaboussé par cette affaire hors-norme, tant dans la gravité des actes perpétrés par cet individu que dans leur durée (2004-2015). Sans compter que le directeur du SPJ, Christophe Bornand, a été remercié la semaine dernière «d'un commun accord» avec le gouvernement vaudois. La première tête à tomber dans cette catastrophe humaine, qui a fracassé une fratrie de huit enfants et déclenché le tsunami politico-juridique que l'on sait.

Un nouveau look et des aveux

À son introduction en salle d'audience, on peine à croire qu'il s'agit là du même prévenu qui a comparu devant le Tribunal criminel de la Broye et du Nord vaudois il y a sept mois. L'homme est transfiguré, méconnaissable. Il a coupé ses longs cheveux et sa longue barbe. Il chausse des lunettes. Rasé de près, rajeuni, amaigri. Son look, sa posture... La transformation est spectaculaire. Mais pas que. Le quadragénaire n'a pas que modifier son apparence. Il a choisi d'admettre ses forfaits après les avoir niés avec force durant toute l'instruction et le premier procès, après avoir traité ses enfants de menteurs, les brisant encore davantage. Un revirement total de situation, inattendu de tous.

À l'exception d'un viol sur sa deuxième fille dans un hôtel de Moudon lors de sa remise en liberté conditionnelle en 2016, il a passé aux aveux. Pour tout le reste, tous les viols, tous les abus sexuels, toutes les contraintes, toute cette sexualité débridée avec ses filles et ses fils ainsi qu'entre les enfants, il a passé à des aveux qui sonnent comme les regrets de la dernière chance. À la question «Qu'avez-vous fait?», la réplique sera frustrante: «Je n'ai pas envie d'en parler.» Il dit avoir fait ce qui lui est reproché, mais refuse de verbaliser les fautes gravissimes. Il ira jusqu'à demander pardon. Le faible d'esprit, le cabossé de la vie, l'abuseur abusé par son père, l'amant de ses sœurs serait-il devenu un fin stratège?

«Mes enfants ont dit la vérité»

Ses mots interpellent largement à ce stade de la procédure: «Je ne conteste plus. J'admets tout. J'en ai marre finalement de tout ça. Je n'ai plus envie de me battre. Mes enfants ont dit la vérité.» Plus loin, s'adressant à eux (seule la fille aînée, dénonciatrice et plaignante, est présente, ndlr.): «Merci d'avoir eu le courage de m'attaquer en justice. Pardon pour tout ce que je vous ai fait. Et je veux dire à ma fille – la première qu'il a salie – que «Je l'aime toujours et qu'il faut qu'elle retourne à l'église (ndlr. la famille était mormone).» De ses éventuels profonds regrets, nous ne saurons rien. Pas de réponse à cette interrogation pourtant si lourde de conséquences quand il s'agit d'évaluer l'intensité de la culpabilité. Des coups et des violences sur ses petits, une moquerie: «Ils faisaient des bêtises.»

Le procureur Christian Maire a requis la confirmation de la peine retenue par la Cour du Nord vaudois à l'encontre de ce tyran domestique, qui a annihilé intimement et psychologiquement sa propre progéniture dans un huis clos que ni les services sociaux, ni la justice, ni la police n'a su percer. 18 ans de prison, en tenant compte d'une légère diminution de responsabilité, pour inceste, viol, contrainte sexuelle, actes d'ordre sexuel, pornographie, lésions corporelles, mise en danger de la vie d'autrui, menaces et violation du devoir d'assistance ou d'éducation. Cette dernière qualification était contestée par la défense, les enfants ne lui ayant jamais été enlevés et surtout rendus lors d'un placement en foyer des deux aînées en 2007...

Verdict massue bis

L'audience n'aura duré que deux petites heures. 35 minutes de suspension et la Cour donnait déjà lecture d'un premier dispositif de jugement. À croire que le sort du Vaudois était scellé et écrit avant l'ouverture des débats du jour. Les juges cantonaux rejettent l'appel et confirment ainsi en tout point la condamnation de première instance. D'une part, la quotité de la peine arrêtée à 18 ans de peine privative de liberté; d'autre part, l'intégralité des infractions (voir ci-dessus), y compris l'épisode de Moudon.

Au sortir des débats, les trois avocats des huit enfants ont dit leur satisfaction de voir le verdict initial confirmé, n'entrevoyant, du reste, pas d'autres options. La procédure pourrait encore jouer les prolongations et rebondir au Tribunal fédéral. Les défenseurs du condamné attendent d'avoir en mains le jugement motivé du TC pour se déterminer sur un éventuel recours au TF.

evelyne.emeri@lematin.ch

(Le Matin)

Créé: 08.10.2018, 15h33

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.