Lundi 25 juin 2018 | Dernière mise à jour 16:53

Vaud Père pédophile: le procès de l'indicible inceste

Ses huit enfants sont détruits, filles et garçons. Il les a violés, contraints, frappés durant plus de dix ans. Depuis hier matin, le Vaudois fait face à la justice. La mère aussi, pour complicité.

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«Mon père n’assume pas. Ça a commencé en 2004, à Yverdon. J’avais 8 ans. Il y a d’abord eu les attouchements. Avant mes règles, il tentait de me pénétrer. À 12 ans, il a commencé à venir dans ma chambre, la nuit vers 2 heures du matin. Il entrait. J’avais pris l’habitude de mettre mon coussin sur la tête. Des fois, j’essayais de refuser, en vain. Je fermais mes jambes. Il les ouvrait de force. Des fois je ne lui disais tout simplement rien.»

Elena*, 22 ans aujourd’hui, a nié longtemps. À chaque fois que sa mère, suspicieuse, la questionnait, elle niait. Jusqu’à ses 17 ans, où l’aînée de cette famille de huit enfants – 3 filles et 5 garçons – apprend que sa cadette Simona* subit le même sort qu’elle et que son frère Romain* a dû, entre autres, sodomiser leur géniteur. Il faudra encore deux ans à la jeune femme, aujourd’hui en couple et enceinte, pour dénoncer l’inimaginable, en 2015.

Les incestes, les viols – parfois deux fois par jour –, les contraintes, les humiliations, les menaces. Les coups aussi, portés quasi quotidiennement par la maman, avec des baguettes, de la vaisselle lancée en pleine figure, des claques, des griffures. Par le papa aussi, «moins souvent mais plus fort, précise encore la courageuse jeune fille, avec ses poings, ses chaussures, il appuyait sur mon ventre de crainte que je ne sois enceinte, il frappait avec la ceinture aussi».

Le cumul de ces atrocités permanentes sur des gosses sans défense, livrés à des repères si déviants, fait qu’ils regardaient des films pornos plutôt que des dessins animés. Ou trouvaient normal, pour l’infect exemple, de «faire l’amour» à leur aînée sur ordre de papa.

Gâterie contre ordinateur

Romain, lui, lorsqu’il voulait jouer à «Warcraft» sur l’ordinateur, «devait toucher le zizi à papa et le branler. Mon frère Thomas* aussi le faisait.» Une fratrie à l’abandon. Huit enfants, nés entre mars 1996 et janvier 2014. Tous maltraités dès leur plus jeune âge et désinhibés face à une sexualité débridée et amorale qu’ils ont prise pour référence. La configuration familiale de base est complexe mais ne peut, en aucun cas, être considérée comme une circonstance atténuante, qui plus est, sur tant d’années.

Les coaccusés se sont rencontrés à l’âge de 18 ans dans un centre de formation professionnel pour personnes avec de grosses difficultés d’apprentissage. Madame suivait un apprentissage d’aide au ménage, monsieur de menuiserie. Il est à l’AI depuis 1996 en raison d’un retard intellectuel, de troubles du comportement et d’un grave retard de langage.

Dès leur rencontre, le Vaudois (41 ans aujourd’hui) abuse de sa conjointe (42 ans), la moleste également. À la naissance de leur troisième, elle cède à son chantage – «Si tu ne m’obéis pas, je m’en prends aux filles» – et livre ainsi en pâture la chair de sa chair.

SPJ mandaté depuis 2001

L’acte d’accusation de vingt-quatre pages est si détaillé et documenté qu’il révulse. Tout ne peut être écrit. On y apprend aussi avec effroi que les services sociaux vaudois savaient que le couple était complètement dépassé et en détresse. Dès 1997, l’année qui suit la naissance de la première, une curatelle d’assistance éducative est mise en place et cela pour chaque enfant à venir.

En outre, le Service de protection de la jeunesse (SPJ) est mandaté dès 2001, un service d’accompagnement et d’aide, l’AEMO, également. Aujourd’hui, les frères et sœurs ont entre 4 et 22 ans. Ils sont tous placés, sauf la future maman. Uniquement les trois jeunes majeurs sont venus aux débats hier.

À commencer par la bienveillante «dénonciatrice», qui n’avait qu’une idée en tête: sauver ses frères et sœurs. Elle a du reste accepté la confrontation avec ses parents. A contrario, ses deux cadets, Simona et Romain, ont témoigné en leur absence.

Excepté leurs effroyables récits, la stupeur de leur traumatisme respectif est visible et audible: questions simples non comprises ou à reformuler, incapacité de répondre, impossibilité de raisonnement, bloqués par les mots. Les ravages des sévices sur leur développement et leur construction sont partout dans la salle cantonale d’audience de Renens, où siège la Cour criminelle de la Broye et du Nord vaudois. La fratrie, dans son entier, est atteinte à différents degrés.

«Il abusait déjà de ses sœurs»

Les aînés veulent que leur père reste en prison et que la justice reconnaisse la véracité de leurs allégations. Simona dit qu’elle vit «la peur au ventre qu’il soit libéré et qu’il vienne se venger». Romain affirme vivre avec sa maman, tandis qu’Elena déclare encore que leur bourreau «abusait déjà de ses tantes (ndlr: sœurs du prévenu).»

Le Vaudois, originaire de la vallée des Ormonts, tout comme son épouse, conteste en bloc. Pour lui, les accusations portées contre lui visent la destruction du cocon familial. Il devrait être confronté à la version des plaignants demain, après les passages des experts psychiatres.

*Prénoms d'emprunt (Le Matin)

Créé: 14.03.2018, 07h05


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