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Procès Pistorius a utilisé des balles interdites car trop meurtrières

La possession d'armes est répandue en Afrique du Sud mais celles utilisées par le champion paralympique faisaient l'objet d'interdictions.

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Le type de balles avec lesquelles le champion handisport Oscar Pistorius a tué sa petite amie le 14 février 2013 a fait l'objet d'interdictions répétées. Ce type de balles, appelées «Black Talon», «s'ouvre une fois dans le corps et lacère les tissus», explique Jacobus Steyl, un expert balistique basé à Durban.

Comparables aux balles artisanales qu'on voit les assassins préparer au cinéma en sciant une croix au bout du projectile, elles ont comme propriété que la chemise de la balle s'ouvre comme les pétales d'une fleur lors de l'impact, sur plusieurs centimètres dans les chairs. «Cela provoque de graves dégâts... et c'est assez dangereux», ajoute Jacobus Steyl, corroborant la déposition du médecin légiste Gert Saayman qui depuis lundi détaille crûment l'état du corps de Reeva Steenkamp, autopsié au lendemain de la sinistre Saint-Valentin.

Les «Black Talon» sont conçues pour faire «un maximum de dégâts», a dit Gert Saayman à la Cour «Les victimes de ces balles ont très peu de chances de survie à cause de l'hémorragie interne massive qu'elles causent», souligne aussi Andy Fuller, propriétaire au Cap d'un club de tir.

Tirées de près, elles tuent presque à coup sûr, comme dans le cas de Reeva qui se trouvait à quelques mètres de Pistorius, uniquement séparée de lui par une porte fermée.

Le sportif, qui ne se séparait jamais de son calibre 9 mm, affirme avoir tiré par accident, croyant à un cambrioleur caché dans ses WC fermés à clé. Plusieurs voisins ont cependant témoigné à la barre des bruits d'une dispute et des appels au secours d'une femme qui les ont réveillés la nuit du drame.

Apartheid

Fabriquées par une usine américaine Winchester Ammunition à partir de 1991, les «Black Talon» étaient très vendues en Afrique du Sud durant les terribles années précédant la fin du régime d'apartheid en 1994, théâtre de tueries entre l'ANC de Nelson Mandela et l'Inkatha Freedom Party, un parti zoulou, en raison de rivalités en partie attisées par les services secrets du gouvernement.

Interdites ensuite, juste avant 1994, elles ont continué d'être commercialisées sous le nom de «Ranger», nonobstant les efforts remontant au XIXe siècle pour bannir les balles à fragmentation, mises à l'index dès 1899 par la convention de La Haye.

Reste que les forces de l'ordre leur trouvent deux avantages: elles évitent de tuer des innocents par ricochet car elles ne transpercent pas le corps de la victime et elles ont aussi un pouvoir d'arrêt très important, la balle «s'expansant» dans le corps au lieu de ressortir.

Selon les sources, l'Afrique du Sud compte 1,5 à 3 millions de détenteurs d'armes à feu enregistrées, un chiffre en baisse depuis quinze ans, notamment grâce à une réforme de la législation en 2004.

Cela a permis de réduire de 50% les morts causées par des armes de poing, selon l'association Gun Free SA, qui milite pour une interdiction totale aux civils.

Le texte avait été adopté quelques semaines après la terrible mésaventure arrivée à un ex-joueur de rugby, Rudi Visagie, meurtrier de sa fille, confondue avec un voleur. Il avait été relaxé.

Pour avoir un port d'armes comme Pistorius, il faut un brevet d'aptitude au tir et des témoignages favorables de voisins sur sa santé mentale, ses éventuelles addictions et son agressivité.

Une réglementation visiblement mal appliquée puisque plusieurs imprudences commises avant le meurtre commis par Pistorius sont restées sans suite.

En mars 2013, son père Henke Pistorius avait justifié les nombreuses armes détenues dans la famille par sa passion de collectionneur, par son activité de chasseur mais aussi par le besoin de se défendre. «C'est la faute du gouvernement de l'ANC, regardez les niveaux de criminalité, pourquoi la protection est-elle aussi mauvaise dans ce pays, c'est aussi un aspect de notre société (...) On ne peut pas se fier à la police (...)», avait-il dit.

L'Afrique du Sud affiche un taux d'homicides de 31,9 pour 100'000 habitants en 2012 (contre 66 pour 100'000 en 1994), rappelle Gun Free SA. (si/nxp)

Créé: 11.03.2014, 13h45

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