Dimanche 27 mai 2018 | Dernière mise à jour 00:20

Neuchâtel Procès: Le médecin n'admet pas sa responsabilité

Le généraliste neuchâtelois, qui n’avait pas prescrit d’antidote après avoir validé l’administration d’un médicament surdosé à un patient, dit n’avoir rien à se reprocher.

Le médecin traitant de la victime a comparu hier devant le Tribunal régional de Neuchâtel.

Le médecin traitant de la victime a comparu hier devant le Tribunal régional de Neuchâtel. Image: Laurent Crottet

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La volte-face est saisissante. Elle émane d’un médecin de Fleurier (NE) accusé d’homicide par négligence, prêt à revenir sur ses déclarations antérieures dans l’espoir d’un acquittement.

Il y a cinq mois, son avocat avait écrit aux conseils des trois filles de feu Jacques*, que le docteur ne «contestait pas le fondement de sa responsabilité» et qu’il ne «minimisait pas la gravité des faits». Mais hier, lors de son procès devant le Tribunal régional du Littoral et du Val-de-Travers, auquel assistaient les proches de la victime, le généraliste de 65 ans n’a pas hésité à affirmer le contraire. Il encourt une peine pécuniaire avec sursis.

Les faits sont pourtant accablants. Dimanche 9 octobre 2016, le praticien contresigne un document, préparé par une infirmière du home de Couvet, qui résume la médication de Jacques. Son patient, âgé de 79 ans, a été admis dans l’établissement trois jours plus tôt, en provenance d’un EMS de Fleurier.

Problème: le médicament de la liste comportant le risque de toxicité le plus élevé – le Methotrexat – a été inscrit avec une posologie erronée: une dose par jour. Alors que le traitement contre la polyarthrite, dont souffrait cet ex-fonctionnaire cantonal, ne nécessitait qu’une seule administration par semaine.

«C’était basé sur la confiance»

«Ça ne m’a pas frappé au moment où j’ai signé», a déclaré le médecin, en réponse aux questions de la juge unique, Corinne Jeanprêtre. «C’était basé sur la confiance…» Car aux yeux du généraliste, il n’y avait pas lieu de relire attentivement ce document – qui faisait pourtant office d’ordonnance pour la pharmacie – dès lors que les données provenaient du home précédent. Établissement dans lequel le praticien avait déjà signé une fiche identique lors de son admission trois mois plus tôt.

Retour à la chronologie de l’affaire: mardi 11 octobre au soir, soit le surlendemain, un infirmier téléphone au docteur pour lui signaler l’erreur de posologie et l’aggravation de l’état du patient (douleurs à la bouche et fièvre persistante). Il précise alors que le septuagénaire s’est vu administrer quotidiennement du Methotrexat depuis le vendredi déjà. Soit six doses en moins d’une semaine, en comptant le comprimé initial du mercredi. «J’ai ordonné l’arrêt du médicament et ai prescrit un antibiotique, tout en disant qu’il faudrait hospitaliser le patient si son état s’aggravait», a expliqué le généraliste. Et le même d’ajouter: «J’ai responsabilisé le home.»

À la veille de ses vacances…

Seulement voilà: le Compendium, la base de données nationale des médicaments, que l’accusé dit pourtant avoir consulté le jour en question, prescrit qu’un antidote doit être administré «aussi rapidement que possible» en cas de Methotrexat surdosé. Ce qui n’a pas été fait. Le docteur s’apprêtait alors à partir six jours dans le sud de la France, dès le mercredi 12.

«Il n’y avait de toute façon quasi aucune chance de réussite», a-t-il prétendu hier, en référence au délai maximum de 36 à 48 heures pour que le remède puisse contrer les effets toxiques. «Je regrette cette issue fatale, sans admettre pour autant ma responsabilité», a-t-il conclu. Verdict mardi prochain.

*Prénoms d'emprunt (Le Matin)

Créé: 14.02.2018, 07h40

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