Vendredi 18 octobre 2019 | Dernière mise à jour 05:47

Justice Procès du médecin vaudois: «Il ne m'a pas dit ce qu'il faisait»

Le témoignage du mari de la défunte a été un moment fort de cette première journée d'audience. Il raconte ce 18 juin 2015, le jour où celle qu'il a tant aimée a rendu son dernier souffle.

Ce lundi matin 23 septembre - Le médecin prévenu de meurtre (à dr.) arrive avec son avocat, Me Stefan Disch, au Tribunal de Vevey.

Ce lundi matin 23 septembre - Le médecin prévenu de meurtre (à dr.) arrive avec son avocat, Me Stefan Disch, au Tribunal de Vevey. Image: Darrin Vanselow

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«Elle n'avait pas du tout envie d'aller en EMS. Je savais que c'était inéluctable. Je l'avais admis. Je voulais lui changer les idées en l'amenant à la maison pour un petit dîner et l'ai ramenée ensuite à Sylvana (ndlr. Centre de réadaptation gériatrique du CHUV où elle séjournait). Qu'elle voie son fils et sa belle-fille. Je savais que ça lui ferait aussi plaisir de revoir son médecin. C'est moi qui l'ai informé qu'elle allait venir chez nous.»

L'homme qui est à la barre en cette première matinée d'audience est amoureux comme au premier jour de celle qui est partie trop vite, à 86 ans. Il est l'époux de l'octogénaire décédée après les injections létales prodiguées par l'accusé, prévenu de meurtre. Il est venu raconter leurs derniers instants, ses derniers souvenirs et ceux ayant trait à l'intervention du praticien accusé aujourd'hui.

«C'est bon d'être à la maison»

Sa femme était atteinte de graves pathologies cardiaques et pulmonaires. Le nonagénaire reconnaît avoir provoqué le personnel soignant de Sylvana en lui demandant d'abréger les souffrances de son épouse qu'il voyait décliner et que l'on forçait à faire de la physiothérapie. «Ils me rassuraient, me disaient «Ça va». Quand ils ont accepté son congé pour le 18 juin 2015 (ndlr. la journée à leur domicile de Pully), c'est parce qu'elle était stabilisée. Tout s'est passé gentiment. La porte passée, elle a dit «Ah, la maison. C'est bon d'être là». Elle ne parlait pas beaucoup. Je l'ai installée au salon. Je lui avais préparé des tartelettes aux épinards et un dessert qu'elle aimait bien. Elle était heureuse.»

«Elle était moins sereine»

«Vers 15h, elle était fatiguée. Elle avait revu ses enfants. J'avais fait le café pour tout le monde. Elle a demandé à aller dans son lit. Vers 17h, sa sœur a téléphoné. La sonnerie a dû la réveiller. Elle lui a dit 2-3 mots, c'était cinq minutes avant l'arrivée de notre médecin. Je suis restée auprès d'elle. Elle était couchée. Au réveil, elle avait une toute petite voix, elle allait moins bien. Elle était moins sereine alors que j'avais espéré que ça lui ferait du bien. Notre médecin est arrivé. En lui ouvrant, j'ai dû lui dire quelque chose comme «C'est pas folichon ou ça va pas fort». Il a tout de suite été la voir dans la chambre. Et là, tout se bouscule, ce sont des moments terribles, pénibles.»

«J'étais impuissant»

Bravement et le plus clairement possible, le veuf continue à répondre aux questions difficiles et douloureuses de la présidente Sandrine Osojnak, du procureur général Eric Cottier et de l'avocat de la défense, Me Stefan Disch. «Mon petit bout de bonne femme, j'espérais qu'on me la remette sur pied. Je devais la ramener à Sylvana puis ce devait être l'EMS. Normalement ça aurait dû se passer comme ça. Je faisais des allers-retours entre le salon et la chambre. Elle peinait à respirer et à parler. J'ai vu que c'était sérieux. Je n'ai pas de mots. Je n'ai pas compris ce qu'elle disait au médecin. J'étais impuissant.»

«Elle était belle»

«Je n'ai pas compris qu'il lui injectait des produits (ndlr. de la morphine, du Dormicum et du curare qui provoquera la mort). Je voyais qu'il s'occupait d'elle. Il m'a dit que c'était grave. Il ne m'a pas dit ce qu'il faisait. Ni qu'elle allait mourir. Au moment du décès, j'étais à côté d'elle. Elle était belle. Son visage était plus détendu. Avec tout ce qui se passait, j'étais en dehors de moi. Quand on a beaucoup de peine, le cerveau bloque la pensée. Ce n'est que trois ou quatre jours après que j'ai su ce que le médecin avait fait. Il n'a pas pris cette décision au hasard. J'ai une entière confiance en lui. C'est encore mon médecin.»

Le procès se poursuit.

Evelyne Emeri

evelyne.emeri@lematin.ch

Créé: 23.09.2019, 14h48


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