Jeudi 16 août 2018 | Dernière mise à jour 13:29

Cortaillod (NE) Rapt raté: Ils libèrent leur otage avant la rançon

En novembre 2015, quatre jeunes ravisseurs – dont le fils d’une juge – kidnappaient un étudiant de Cortaillod (NE), persuadés que son père allait leur remettre 3,2 millions de francs… Sauf que l’otage était relâché le soir même. Leur procès s’ouvre ce mardi.

La forêt de Bevaix (NE), où l’étudiant de 22 ans avait été initialement conduit, un sac-poubelle sur la tête...

La forêt de Bevaix (NE), où l’étudiant de 22 ans avait été initialement conduit, un sac-poubelle sur la tête... Image: Maxime Schmid

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Enlèvement et séquestration aggravés. Tentative d’extorsion et chantage par brigandage. Des accusations gravissimes, admises sur l’essentiel par un quatuor au profil inédit, jugés dès aujourd’hui par le Tribunal criminel de Boudry (NE). Tous âgés de 20 à 26 ans à l’époque du rapt, les malfrats – trois Neuchâtelois et un Gruérien – sont pour la plupart des fils de bonne famille. La mère de l’un est juge. Le père d’un autre est élu PLR au sein d’un exécutif communal. L’un était apprenti dans la banque, deux autres aux études. Seul Sven*, le Fribourgeois, était sans emploi et connu des services de police.

La victime de l’enlèvement (Nicolas*, alors âgé de 22 ans) étudiait à l’Université de Neuchâtel. Signe particulier: son père, Jacques*, est millionnaire; membre du conseil d’administration d’une manufacture. Montant de la rançon: 3,2 millions de francs, à remettre au cœur des Arènes d’Avenches…

L’idée folle germe à l’été 2015. Le trio initial (ndlr: l’un des étudiants ne sera approché que dans un deuxième temps) se rencontre à de multiples reprises pour échafauder un «plan». La première mouture sera tentée au mois d’octobre. Il n’est alors pas encore question de rapt, mais de la remise d’un sac contenant un talkie-walkie à Jacques. L’apprenti banquier sonne à la porte de l’intéressé, arme factice en main. Sven est dissimulé devant la maison, muni d’un pointeur laser, afin de faire croire au rayon d’un fusil thermique. Au bout du talkie-walkie, Benoît* – le fils de la juge – a pour mission de menacer de mort le millionnaire ainsi que Nicolas, et de donner les instructions en vue de la remise de la rançon. Manque de pot: le directeur horloger ne se trouve pas à son domicile…

Qu’à cela ne tienne: quelques jours plus tard, le trio tente un appel – depuis une cabine – au futur otage, afin de convaincre l’intéressé de la nécessité de se rendre seul dans la forêt de Bevaix, à 5 km de son appartement de Cortaillod. Encore raté: Nicolas ayant raccroché le combiné, sans laisser le temps à Benoît de lui donner la fameuse marche à suivre…

Courant novembre, les apprentis malfaiteurs passent à la vitesse supérieure et recrutent leur quatrième homme de main: le cadet, 20 ans seulement… Ce jeudi soir d’automne, à l’issue de la «Nuit des carrières» (soirée annuelle de coaching de l’Université de Neuchâtel), le quatuor a pris place à bord de la Subaru Forester du banquier, munie de plaques volées pour l’occasion. Pour mieux suivre l’Alfa Romeo de Nicolas. Encagoulés et gantés, les membres du gang obtiennent de leur victime qu’elle monte à bord de leur voiture et leur remette son téléphone portable avec code de déverrouillage, un pistolet factice pointé dans sa direction…

Menaces de mort

Sac-poubelle (taxé!) sur la tête, l’otage sera conduit en bordure de la forêt de Bevaix. À genoux devant la Subaru, éclairé par les phares et tenu en joue par deux armes factices (dont un fusil d’assaut), Nicolas a été contraint de lire au téléphone un texte rédigé par Benoît et destiné à son père: «Si tu raccroche ou si tu appels la police ou qui que ce soit tu entendra le coup de feu et je serai mort» (sic). Plus loin: «On ne sera pas en sécurité, ni en Angleterre ni dans notre appartement à Cannes, sur aucun bateau, nulle part. Mais si tu donnes cet argent tout ira bien, ils promettent de nous laisser tranquille, toute notre famille.»

L’un des ravisseurs indique encore au millionnaire qu’il pourrait récupérer son fils dans un garage, avec les instructions pour le rendez-vous aux Arènes, prévu six jours plus tard. Sauf qu’au lieu de quitter son domicile, Jacques appellera la police… Le tribunal aura la délicate mission d’établir si l’otage était de mèche. «Un doute subsiste», nous confie l’avocate de l’apprenti banquier, Me Béatrice Haeny.

*Prénoms d'emprunt (Le Matin)

Créé: 12.06.2018, 16h39

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