Dimanche 21 juillet 2019 | Dernière mise à jour 16:08

Haute-Savoie Sportifs abattus: la chasse ouverte en plein été!

Le tir risque bien d'être autorisé en pleine saison estivale et touristique. La colère gronde. Un vététiste et un trailer ont déjà péri sous les balles de jeunes chasseurs, qui les ont confondus avec du gros gibier.

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Marc Sutton, 34 ans, restaurateur et traiteur aux Gets (Portes du Soleil/F), abattu le 13 octobre 2018. La balle d'un jeune chasseur de 22 ans l'a touché dans le dos alors qu'il ridait en VTT près de la Côte-d'Arbroz à Montriond où il vivait avec sa compagne. Le tir unique a perforé ses deux poumons et sectionné sa colonne vertébrale. Ce samedi-là, la visibilité était idéale et la zone découverte. Il a été pris pour un sanglier.

Gaël Lavy, 43 ans, fondu de trail, papa de deux fillettes, abattu le samedi 5 décembre 2015, alors qu'il courait dans le bois de Quintal, direction le Mont Semnoz (Annecy). La balle d'un autre très jeune chasseur – il avait 19 ans – le touche en plein visage. L'expert en développement commercial meurt dans les bras de son épouse, qui s'entraînait avec lui. Le terrain était dégagé. Ils cheminaient ensemble, parlaient fort et Madame était vêtue de rose fluo. Le tireur l'a aussi confondu avec du gros gibier.

Une extension qui fait peur

Deux accidents – mortels – en Haute-Savoie en l'espace de trois ans. La France détient le triste record européen. On y dénombre environ 150 incidents par an. Face au spectre de nouvelles tragédies et de nouvelles pertes humaines, la préfecture de la Haute-Savoie n'a pas trouvé de meilleure idée que de mettre en consultation des projets d'arrêté autorisant le tir d'été du sanglier et du chevreuil de juin à septembre. Mais à certaines conditions. Pour les sangliers par exemple, ce ne sera accepté qu'en cas de gros dégâts agricoles.

Autre restriction: cette chasse, à l’approche et à l’affût, pourra se pratiquer du lever du jour jusqu’à 10 heures, puis après 19 heures jusqu’à la tombée de la nuit. Une consultation publique a été ouverte du 9 au 29 avril 2019. «La synthèse et la prise en considération des observations seront mises en ligne prochainement», indique le service de l'État. La Fédération des chasseurs de Haute-Savoie prétend être une des seules fédérations françaises à ne pas pouvoir chasser durant cette période de l'année.

Pétition en marche

Le procédé a fait bondir les Haut-Savoyards qui ont vécu ces deux décès de plein fouet, sans compter la douleur des proches des victimes, soudainement ravivée. Ceci d'autant que ces drames sont survenus en octobre et en décembre. «La préfecture de Haute-Savoie souhaite ouvrir la chasse en été, à la période de plus haute fréquentation par les familles, les sportifs et l'ensemble des touristes venus profiter des beautés de la montagne!», tonne Nicolas Baillon, qui vit dans la région du massif du Semnoz. C'est lui qui a lancé la pétition en ligne «Alerte, les autorités veulent ouvrir la chasse en été en Haute-Savoie», pétrifié d'être mis devant le fait accompli.

«Notre sécurité est en jeu»

Relayée sur les réseaux sociaux, cette pétition veut clairement stopper l'élan des autorités. Elle mobilise du reste bien au-delà des stations et des villages encore sous le choc. Plus de
100 000 personnes ont signé sur la Toile. Et le score ne cesse d'augmenter. «Les justifications données dans les projets d'arrêtés sont: faire face aux dégâts dans les cultures (sangliers, renards) et répondre à un but éducatif et pédagogique (chevreuils, renards). Il n’est aucunement fait mention des risques spécifiques au département de la Haute-Savoie, liés à la forte fréquentation estivale de la nature», note encore le lanceur d'alerte.

«Ce projet d’ouverture de la chasse estivale a été pris sans concertation préalable, en contradiction avec la démarche des dernières années (ndlr. concertation de 2016 à 2018 entre les sportifs, les chasseurs, l'Office national des forêts...). C’est donc notre sécurité et celle de nos enfants qui est en jeu, lors de la pratique de sports, de balades en famille...»

Un an ferme

Le 28 septembre 2018, le chasseur, qui a tué Gaël Lavy, a été jugé pour homicide involontaire par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence. Il a écopé de trois ans de prison, dont un an ferme, et d'un retrait définitif de son permis de chasse. Un verdict tombé quinze jours avant le décès de Marc Sutton, lui aussi tiré comme un lapin. Le procès de celui qui l'a visé n'a pas encore eu lieu.

evelyne.emeri@lematin.ch

Créé: 15.05.2019, 06h41

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