Mercredi 11 décembre 2019 | Dernière mise à jour 17:00

Polémique «Mes 600 taureaux seront heureux!»

Un éleveur neuchâtelois construit une très grande halle d’engraissement. Ses opposants la qualifient d’«usine à viande». Mais il reste serein.

La halle d’engraissement, un mois avant l’arrivée des taurillons angus, de Montbéliard, du Limousin et du Simmental, dont 350 transférés de sa ferme de Montmollin (NE).

La halle d’engraissement, un mois avant l’arrivée des taurillons angus, de Montbéliard, du Limousin et du Simmental, dont 350 transférés de sa ferme de Montmollin (NE). Image: Jean-Guy Python

Edito

Portes ouvertes à la mégaferme

La ferme à mille vaches, c’est une expression française qui peut s’appliquer à Stéphane Jeanneret, même si cet éleveur neuchâtelois ne détiendra que 600 taureaux dans sa halle d’engraissement. Un record romand? Sous un même toit, sans doute. Dans une même ferme, sans doute pas.

Le tabou brisé à Coffrane est d’abord symbolique. En appliquant dans un vallon romand un concept qu’on croyait texan, un éleveur neuchâtelois met du hamburger dans notre assiette, pas une entrecôte! Cette déduction est mensongère, bien entendu, mais elle vient à l’esprit: une mégaferme n’est pas à l’échelle helvétique.

Les militants véganes ont-ils raison de manifester aujourd’hui à Neuchâtel? Leur crainte d’une agriculture déshumanisée est légitime. En brandissant des pancartes tout de noir vêtus, ils exercent un droit d’expression bafoué par ceux qui ont écrit «Auschwitz» sur la halle d’engraissement, il y a deux semaines à peine. Le hic, c’est qu’ils condamnent un format tout en sachant que vingt éleveurs qui maltraitent chacun 30 bovins valent moins qu’un éleveur qui en respecte 600.

La surveillance vidéo aidera l’éleveur à contrôler son troupeau, mais aussi à identifier des vandales. Devra-t-il sécuriser le périmètre de sa halle, comme dans la ferme française à mille vaches? La meilleure réponse que Stéphane Jeanneret apporte à ses détracteurs, c’est son ouverture au dialogue, saluée par un militant de la cause animale. Et l’an prochain, ce seront ses journées portes ouvertes qui permettront à chacun de forger son opinion. Y compris ceux qui manifestent aujourd’hui.

Vincent Donze
vincent.donze@lematin.ch

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La halle aux 600 taureaux est presque prête: dans un mois, les premiers bovins entreront dans une grange grande comme un terrain de football (100 m x 37,5 m). «Mes 600 taureaux seront heureux, dans le respect des normes fédérales!» promet l’éleveur Stéphane Jeanneret, pour qui le bonheur du bovin est une condition à son engraissement.

Les militants appelés à manifester aujourd’hui dans la cour du Château de Neuchâtel par le mouvement PEA (Pour l’égalité animale) qualifient cette halle d’engraissement d’«usine à viande». À Coffrane, Stéphane Jeanneret hausse les épaules: «Manifester contre un projet déjà réalisé? C’est leur droit.»

Sa halle de béton, de bois et de tôle n’est pas conçue d’un seul tenant: elle est subdivisée en 20 boxes de 30 taurillons, qui pèseront 500 kilos après un an. Destination finale: les abattoirs d’Estavayer-le-Lac (FR) ou des Ponts-de-Martel (NE).

Au plafond, la tôle «sandwich» est antigouttes, avec une verrière au faîte du toit. Au sol: de la paille pour la couche, du caoutchouc pour l’alimentation et du béton sur la terrasse. Dans cet espace aéré et éclairé, reste à poser des filets coupe-vent, complément des stores thermostatiques.

«Je veux pouvoir travailler dans la tranquillité. «Chacun son point de vue: je ne vais pas au marché casser de la salade sous prétexte de manger de la viande», insiste l’éleveur. Sa halle d’engraissement est validée par les autorités, contre l’avis de 60 opposants et des 13'500 pétitionnaires.

Dans la fumière, le fumier déjà accumulé provient d’autres exploitations. Au final, les déjections produiront de l’énergie par biogaz avant de servir d’engrais dans les champs avoisinants, comme du terreau. Le biogaz fait perdre au purin de son odeur. Dans les silos, la réserve de fourrage garantit cinq mois d’approvisionnement. Chacun des deux silos de 24 mètres de haut peut contenir 900 tonnes de maïs, dans 1350 m3. Avantage écologique revendiqué: une limitation maximale des transports.

Un hangar abritera les machines agricoles. Sur son toit, une installation photovoltaïque est déjà posée. Une autre suivra sur la halle d’engraissement. L’énergie sera injectée dans le réseau, la consommation propre étant limitée.

Créé: 26.06.2018, 10h19

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