Lundi 9 décembre 2019 | Dernière mise à jour 10:42

Vaud Elle cloue sa fille dans une chaise: peine de 8 ans confirmée

Le Tribunal cantonal vaudois suit l'appréciation des premiers juges. La mère de Patrizia Mori écope de la même sentence en appel pour tentative d'assassinat. La défense va recourir au Tribunal fédéral.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

En déposant son appel, l'avocat de l'accusée, Me Fabien Mingard, visait une diminution de la quotité de la peine arrêtée à 5 ans maximum et une requalification de la tentative d'assassinat en tentative de meurtre. Le ministère public requérait, quant à lui, une sanction plus lourde comme en première instance: 10 ans ferme. Les deux appels sont rejetés par le Tribunal cantonal (TC) qui vient de notifier le dispositif de son jugement aux parties. Le TC ne va ni plus haut ni plus bas que le tribunal de Montbenon en juin dernier. Et confirme la condamnation de la prévenue à 8 ans de prison ferme.

La bataille et le pardon

Le 14 novembre, la Cour d'appel pénale a hérité d'une affaire qui a largement dépassé nos frontières. L'affaire de cette sexagénaire d'origine italienne, qui a tenté d'abattre sa propre fille de 27 ans en vidant le chargeur de son Beretta, le 29 juin 2017 à Lausanne. Depuis, la belle jeune femme est paraplégique et vit assise dans un fauteuil. Dans la bataille des émotions, dans le combat qu'elle mène pour retrouver l'usage de ses jambes, dans la recherche de fonds pour y parvenir via un financement participatif .

La première balle, dans son dos, a suffi pour le handicap. Les autres toucheront notamment l'aorte. Deux arrêts cardiaques, un pronostic vital sans espoir. Et le miracle de la vie, qui dépasse la Faculté et le CHUV. Patrizia Mori survit, privée de sa motricité. Injustement punie, elle pardonne à celle qui lui a à la fois donné la vie et a voulu la lui ôter. Victime, elle va jusqu'à demander à la justice d'être clémente envers sa mère, qui a pourtant cassé son corps, développé et accru un cruel sentiment d'amour-haine.

La défense: pas de préméditation

Dès le départ, Me Mingard, défenseur de la mère de la jeune fille, réfute la tentative d'assassinat à la faveur de la tentative de meurtre, et, partant, la préméditation, tout en concédant qu'il a fallu charger l'arme, mais que «cela ne suffit pas à prouver l'acte prémédité». S'agissant du mobile égoïste et de la froideur extrême, là encore, Me Mingard conteste. Pour lui, sa cliente était dans un état de détresse profond. Cette pharmacienne divorcée abusait d'alcool et s'automédiquait depuis des années pour pallier son mal-être qu'elle reportait sur sa fillette, devenue adulte et ravissante.

«Les experts psychiatres parlent d'un épuisement psychique et d'un intense désespoir au moment des faits», insiste l'avocat, qui rappelle également que sa mandante «a sauvé son enfant en appelant les secours». Une diminution moyenne de responsabilité avait du reste été retenue par le Tribunal criminel de Lausanne en juin lors du verdict. La prévenue, glaciale et peu amène, évoque la «panique» et la «confusion à cause des médicaments».

La procureure: un mobile futile et égoïste

A contrario, la procureure Ximena Paola Manriquez a suivi sa ligne du mobile «futile et égoïste» de la mère: «Elle n'avait aucune raison objective d'attenter à la vie de Patrizia si ce n'est la déception, l'amertume et la désillusion de sa propre existence. Elle a ainsi déchargé sa colère et focalisé toute sa rage sur sa fille». Malgré les troubles psychiques dont souffre la Lausannoise, la représentante du Parquet considère qu'il n'y a pas lieu de s'écarter de la tentative d'assassinat. Et avait requis à nouveau 10 ans ferme en audience d'appel la semaine passée.

La défense annonce d’ores et déjà qu'elle va déposer un recours auprès du Tribunal fédéral contre la décision de la Cour d'appel pénale.

Evelyne Emeri

evelyne.emeri@lematin.ch

Créé: 19.11.2019, 10h53

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.