Vendredi 16 novembre 2018 | Dernière mise à jour 11:03

Exclusif «Je suis tombée avec la voiture!»

La miraculée qui a survécu, il y a dix ans, après avoir été précipitée en bas du Grand-Pont par un chauffard fou, parle de la tragédie pour la première fois.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Lausanne, mardi 8 juillet 2003. Il y a foule dans les rues du centre-ville en cette chaude journée d’été, à l’heure de la pause de midi. Puis, vers 12 h 30, arrive place Saint-François une Opel Vectra bordeaux, en provenance de l’avenue du Théâtre. A la hauteur de la rue du Grand-Chêne, la voiture dévie soudainement de sa trajectoire, grimpe sur le trottoir, continue sa course folle à 50 km/h le long du bâtiment UBS sur près de 60 mètres, avant de défoncer la petite barrière de sécurité qui surplombe la rue Centrale. Dans sa folle embardée, le chauffard fauche dix personnes, dont une femme enceinte et son bébé de 2 ans. Quatre d’entre elles, toutes des femmes entre 22 et 40 ans, sont précipitées dans le vide, et chutent d’une douzaine de mètres. Une seule survit. Aujourd’hui âgée de 36 ans, cette miraculée accepte pour la première fois de revenir sur ce drame qui a bouleversé sa vie.

Accrochée au pare-brise

«C’était il y a dix ans, mais il n’y a pas un jour où je n’y pense. Cet accident fait partie de moi.» A première vue, rien ne permet d’imaginer que Mary a survécu à une chute de 11 mètres, accrochée au pare-brise d’une voiture. «Je n’ai aucune cicatrice au visage, Dieu merci, mais le reste est bien amoché», explique cette pétillante trentenaire, de son appartement de Prilly (VD), avant de nous montrer les séquelles de son terrible accident, au dos, aux jambes et au pied. «Le plus dur, c’est le regard des gens. Certains se retournent et vont jusqu’à me pointer du doigt. Ça me fait mal.»

Retour en 2003. Mary travaillait comme secrétaire pour une multinationale active dans l’industrie alimentaire, alors établie rue Pépinet, à deux pas du Grand-Pont. A sa pause de midi, elle se rend à ce qui était alors le restaurant Manora, avec deux collègues de 25 et 40 ans, Salomé et Kim. «Nous avions envie de nous acheter des salades et de les manger au bureau parce qu’il faisait très chaud.» Quand, soudain, Mary entend une voiture percuter le trottoir. «A peine retournée que je me suis retrouvée sur le capot, Kim était sur le toit. Je voyais le conducteur, un homme de couleur au regard figé devant lui. Il allait droit au but…» La jeune Lausannoise donne des coups contre le pare-brise, en vain. Mais elle ne tente pas de s’éjecter du capot, de peur de finir sous une voiture, le trafic étant dense sur la route adjacente. «J’ai mis mes doigts dans un espacement du capot plutôt que de m’accrocher aux essuie-glaces, en imaginant qu’ils ne résisteraient pas.» La scène n’aura duré que trois à quatre secondes, avant le plongeon, dont Mary n’a plus la moindre image.

«Je me suis retrouvée couchée à plat ventre contre le bitume. Je me souviens de la chaleur du sol, c’était horrible; je pleurais. La douleur me tapait, mais ça n’était pas insupportable.» Une secouriste se précipite sur elle et lui dit de rester calme. «Elle m’a touché la jambe, je ne sentais rien. Quand ils m’ont retournée, je me rappelle leur avoir dit de ne pas couper ma ceinture, en précisant que c’était une Gucci.» Et puis plus rien. Plongée dans le coma pendant trois jours suite à une hémorragie interne. «A mon réveil au CHUV, j’ai vu ma maman, pourtant établie en Californie, aux côtés de mon père. J’ai trouvé ça bizarre, d’autant plus qu’ils sont séparés.» Mary passera deux semaines aux soins intensifs. Elle ne quittera son lit d’hôpital que six mois plus tard. «Les médecins ne savaient pas si j’allais pouvoir remarcher un jour. Ça allait dépendre de moi.»

Une trentaine d’opérations

Dix ans et une trentaine d’opérations plus tard, le résultat est spectaculaire. Dans ses bras, Logan, 5 mois: l’incarnation de sa nouvelle vie, fruit de ses amours avec Alessandro, rencontré trois ans après le drame. Alors, bien sûr, Mary ne peut pas se tenir debout avec son bout de chou de 8 kilos dans les bras pendant plus de deux minutes, compte tenu de ses fortes douleurs au dos et de son déséquilibre de 3 cm au niveau des jambes. Un handicap qui l’empêche de reprendre un travail d’employée de bureau. Mais des séquelles qui ne l’empêchent pas de continuer à se rendre au fitness «pour muscler ce que j’ai perdu pendant des années», ou de reprendre le volant. «Je n’ai pas d’autre choix que d’aller de l’avant, même si je n’arrive pas à tourner la page; notamment à cause des assurances sociales, qui n’ont toujours pas pris une décision définitive quant à mon pourcentage d’invalidité. Je crois que je n’y arriverai jamais.»

Traumatisme toujours présent

Le traumatisme est ravivé lorsque la miraculée se rend aux abords du Grand-Pont. «Je revois des flashes, même lorsque je passe en voiture. Je n’arriverais plus à m’y promener seule. Même en restant à la hauteur du passage piéton, je ne suis pas à l’aise.» Sa maman a bien tenté de la réconcilier avec les lieux, un an après l’accident. «Elle est immédiatement devenue pâle, elle dégoulinait, c’était impressionnant», rapporte la grand-maman de Logan, à Lausanne pour l’été. «Mary a cru qu’elle allait tomber de nouveau; j’avais bien failli appeler l’ambulance.»

Si la Lausannoise a eu la vie sauve, c’est probablement grâce à l’une des trois victimes; du sang qui n’était pas le sien a en effet été retrouvé sur sa tête. Selon elle, il pourrait s’agir de sa collègue Kim, la seule à être restée sur la voiture au moment du plongeon. «Je pense souvent à elle, mon ange gardien…» (Le Matin)

Créé: 08.07.2013, 14h00

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.