Dimanche 7 juin 2020 | Dernière mise à jour 11:17

Bébés secoués Vaud: le tueur de poupons gagne encore une année

En décembre, ce boulanger vaudois écopait de 7 ans de prison ferme pour avoir failli tuer son troisième bébé en le secouant. Il en avait déjà purgé 11 pour la mort de ses deux premiers. Il vient d'obtenir une réduction de peine.

4 décembre 2017: Marc* arrive de la prison de La Croisée (Orbe) pour comparaître devant le Tribunal criminel de Montbenon, à Lausanne.

4 décembre 2017: Marc* arrive de la prison de La Croisée (Orbe) pour comparaître devant le Tribunal criminel de Montbenon, à Lausanne. Image: Sébastien Anex

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Serial baby shaker. C'est ainsi que nous avions surnommé Marc*, 43 ans, lors de son procès début décembre dernier devant le Tribunal criminel de Lausanne. Parce qu'en 1997 déjà à Yverdon (VD), il secouait trop fort L., son premier nouveau-né qui ne comptabilisait que trois petites semaines de vie. En 2000, alors qu'il vit à Beaune (F), sa fillette de trois mois, O., meurt, également victime du syndrome du bébé secoué. La justice vaudoise n'aura pas le temps de faire comparaître le Franco-Suisse qu'il a déjà récidivé. Les causes seront jointes à Besançon (Doubs), qui instruira les deux actes aux similitudes avérées. Jugé en France voisine, le natif de Vevey est condamné à 20 ans, puis à 15 en appel pour homicide non volontaire. Il n'en purgera que onze dans le nord de la France.

A peine sorti de prison, il fonde une nouvelle famille. Avec sa compagne du moment, il est à nouveau père d'une fillette. La seule de ses quatre enfants qu'il épargnera. Puis une quatrième femme surgit dans sa vie. Un coup de foudre entre le Vaudois et une vendeuse en boulangerie. Le couple vit à Lausanne. Leur idylle donne très vite naissance à S., le 8 juillet 2016. La maman est dans l'ignorance des lourds antécédents pénaux de son compagnon, mais mesure par contre son penchant pour la dive bouteille. Deux mois après la naissance, la maman laisse Marc avec leur enfant qui fait la sieste, tandis que son papa récupère de sa nuit de travail. La petite pleure et réveille son père.

«Secouée gentiment»

En audience, le quadra avait expliqué «qu'elle crachait du lait et qu'elle était en train de s'étouffer. Elle était pâle, ses yeux étaient dans le vague. Je l'ai prise et secouée gentiment. J'ai voulu la sauver. Sa tête est partie en arrière, elle ne la tenait plus.» Dans un élan de peur, expliquera-t-il, il la conduit au CHUV. S. est en état de choc. Elle convulse. Un important hématome sous-dural contraint les médecins à procéder à une craniotomie d'urgence. Soins intensifs, soins continus, elle en réchappe miraculeusement. Le tableau clinique ne laisse planer aucun doute. Il est typique du syndrome du «shaken baby». Et pour la troisième fois. En tenant compte d'une légère diminution de responsabilité, le ministère public requiert 8 ans de prison ferme pour tentative de meurtre par dol éventuel (ndlr. l'auteur s'accommode du risque de donner la mort sans pour autant en avoir l'intention). «La violence sur des nouveau-nés est insupportable. Ces êtres sont vulnérables, incapables de fuir. Comment imaginer que quelqu'un qui a déjà tué deux fois récidive une troisième fois?», questionnera le procureur Christian Buffat.

La Cour criminelle, elle, retiendra l'enfance difficile de Marc, un repentir actif et une légère diminution de responsabilité en regard des multiples expertises ordonnées depuis 1998. Les experts l'estiment limité intellectuellement, immature, souffrant de troubles mixtes de la personnalité rares et d'une difficulté majeure à se maîtriser (ndlr: accès de colère). Les juges vaudois suivent le parquet, y compris pour la qualification, mais réduisent sa peine d'un an et condamne le serial baby shaker à 7 ans au lieu des 8 requis. La défense fait recours. La Cour d'appel cantonal vient de rendre son jugement motivé. Marc gagne une année d'emprisonnement en moins: ce sera 6 ans.

«Il éprouve, à sa manière, des sentiments réels pour S.»

Les juges de deuxième instance considèrent que la culpabilité du récidiviste est «a priori écrasante et justifierait une peine de l'ordre de 12 ans si l'enfant était décédée». Sa faute devient un peu moins écrasante au fil de l'argumentaire. «Compte tenu d'une légère diminution de responsabilité et de sa pathologie qui l'empêche d'apprendre de ses erreurs passées», la Cour cantonale descend à 9. Puis à 7, en raison de son repentir actif: «Le prévenu a eu un sursaut de parentalité en amenant son enfant à l'hôpital. Il a sauvé sa vie, pas sa santé qui a été atteinte, son développement futur restant encore incertain.»

Le bouquet final pour réduire la quotité de la peine à 6 ans tient dans ce passage surprenant, alors que l'on parle de tentative de meurtre par dol éventuel: «En revanche, il faut tenir compte du fait que Marc n'avait pas le souhait de tuer sa fille et qu'il éprouve, à sa manière, des sentiments réels pour l'enfant, reconnus par la mère.» Contacté par lematin.ch, le procureur Christian Buffat nous livre une version alambiquée qui traduit son désaccord: «Le ministère public prend acte sans nécessairement partager l'opinion de la Cour d'appel sur l'ensemble des considérants et renonce à aller au Tribunal fédéral compte tenu de l'impact limité (ndlr. peine réduite de seulement une année).»

evelyne.emeri@lematin.ch

*Prénom d'emprunt

Créé: 24.07.2018, 15h38

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