Dimanche 26 mai 2019 | Dernière mise à jour 10:02

Fou Vététiste abattu: «Le chasseur était à 20 m de lui maximum»

Tué par un jeune tireur, le restaurateur anglais des Portes du Soleil n'a eu aucune chance alors qu'il pédalait sur son VTT. Pour la première fois depuis le drame, un proche s'exprime sur cet énième accident de chasse.

Habitant de Morzine (F), Steven Downs (à g.) était un très bon ami de Marc Sutton, tué par un chasseur samedi 13 octobre. Tous deux faisaient partie d'un groupe d'une dizaine de personnes, très liés par l'amour de la montagne et du sport.

Habitant de Morzine (F), Steven Downs (à g.) était un très bon ami de Marc Sutton, tué par un chasseur samedi 13 octobre. Tous deux faisaient partie d'un groupe d'une dizaine de personnes, très liés par l'amour de la montagne et du sport. Image: Facebook/DR

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Marc Sutton, pris pour un cerf et désormais pour un sanglier selon l'avocat du jeune chasseur de 22 ans, qui l'a mortellement atteint samedi dernier en fin de journée. L'Anglais de 34 ans s'adonnait à l'une de ses multiples passions sportives sur une piste appropriée, à quelque 1350 m d'altitude. C'est là, à Montriond (F), près de la Côte-d'Arbroz où il vivait depuis plusieurs années avec sa compagne Jo, que le restaurateur et traiteur a terminé son ride de VTT. Définitivement projeté à terre. Le projectile l'a touché dans le dos, traversant son corps de l'omoplate gauche à la clavicule droite. «Un tir unique par balle, a rapidement certifié le procureur de la République de Thonon-les-Bains, Philippe Toccanier, Elle a perforé les deux poumons et sectionné la colonne vertébrale.» La visibilité était pourtant parfaite et la zone découverte. Par téléphone, la conjointe de la victime n'a pas la force de nous parler. Il est bien trop tôt.

«On évalue les risques et on vérifie»

«Les chasseurs doivent connaître leur terrain et le délimiter. Savoir s'il est accidenté, montagneux, s'il y a des collines. Ou si, et surtout, s'il y a potentiellement du monde. Après, on évalue les risques et les dangers. Et on vérifie.» L'homme qui accepte de témoigner est Steven Downs. Cet architecte de 43 ans est un très bon ami du défunt. Depuis une semaine, il offre avec son épouse tout son soutien à la compagne de Marc Sutton, à son père, à sa belle-mère et à tous ses proches, membres de la famille ou amis. «Nous n'avons rien contre la chasse, mais la législation doit vraiment changer.» Un groupe Facebook «Changeons Le Décret Chasse de Montriond/Morzine *this Can't Happen Again» a été créé en ce sens au lendemain du drame. Plus de 1330 personnes l'ont rejoint. Tandis qu'une pétition pour interdire la chasse en France les week-ends et les jours fériés a déjà récolté 155 000 signatures. Objectif avoué: les adeptes du grand air doivent pouvoir sortir en forêt sans craindre une balle perdue, sans avoir la peur au ventre.

«Il ne connaissait pas la région»

La France détient du reste un triste record européen. On dénombre environ 150 accidents par an, le dimanche étant le jour le plus assassin. Steven Downs en sait quelque chose. Il y a 15 ans, alors qu'il se trouve dans le sud de la France chez sa mère, une balle a traversé la véranda qui venait d'être installée. «Sans la vitre, je n'aurais pas fini mon petit-déjeuner.» C'est dire que le quadra est sensibilisé à la problématique qui perdure et au laxisme des autorités françaises. «Le jeune chasseur, qui a tiré sur Marc, vit à Taninges (ndlr. à 20 km de Montriond). Il était invité ce jour-là par l'association communale de Montriond. Il ne connaissait pas la région. Chacun chasse chez lui», poursuit Steven. «A cet endroit, il y a deux pistes cyclables, une spécialement pour les VTT et encore un chemin pour les randonneurs. Tout le monde passe par là. Les fusils sont plus puissants aussi. Les mentalités ont changé, c'est un gros problème. Les vieux chasseurs savent, ils connaissent. Un ami militaire m'a dit que l'on pouvait comparer la balle tirée à celle d'une kalachnikov...» Ces projectiles entraînent des lésions internes gravissimes, ne laissant que très peu de chance de survie à la cible visée.

Funérailles mercredi

A quelle distance du cycliste se trouvait l'auteur du coup mortel quand il a appuyé sur la détente? Steven Downs: «Maximum à 20 m. A mon avis, entre 10 et 15 m.» La réponse est stupéfiante. Remise dans le contexte des propos du père du chasseur fautif, elle interpelle d'autant plus: «C'est un accident. Mon fils n'a pas tiré n'importe où. Il a visé un cerf qui avait aussi été identifié par un autre chasseur.» A ce stade, une enquête pour homicide involontaire aggravé a été ouverte par le Parquet. Traumatisé par son geste fatal, le jeune garçon n'a toujours pas pu être auditionné. Dimanche, la Faculté excluait encore une mise en garde à vue, afin de procéder à son interrogatoire. Tant que les circonstances de cet accident inouï et que les conditions de cette battue restent aussi floues, le maire de la commune de Montriond persiste à interdire la chasse sur son territoire.

Samedi soir, une semaine jour pour jour après la tragédie du 13 octobre, sa concubine depuis dix ans, entourée de John Sutton, le père de Marc, ses proches et ses amis se sont réunis devant la mairie de Morzine. Une centaine de personnes avaient répondu à l'appel, assorti d'une minute de silence en guise de recueillement. «Nous voulions honorer sa mémoire, c'est très important. Tout le monde l'adorait. Il avait un sourire tellement contagieux.» Les funérailles du vététiste, abattu comme une bête, auront lieu mercredi matin. «En principe, dans l'intimité», note encore son ami Steven.

evelyne.emeri@lematin.ch

(Le Matin)

Créé: 21.10.2018, 17h58

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