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Poignant «Je ne veux plus rouler»

Tous les trois jours, une personne se suicide sous un train en Suisse. Un conducteur, qui a changé de poste suite à pareil drame, témoigne.

Alain n’oubliera jamais le double suicide dont il a été une victime collatérale et qui l’a contraint de mettre un terme à une carrière de chauffeur de 10 années.

Alain n’oubliera jamais le double suicide dont il a été une victime collatérale et qui l’a contraint de mettre un terme à une carrière de chauffeur de 10 années. Image: Jean-Guy Python

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Le 2 août 2008 à l’aube, en l’espace d’une seconde, quelque part entre Vufflens et Bussigny (VD), Alain, conducteur CFF a vécu l’un des pires jours de sa vie. Ce matin-là, un couple de sexagénaires s’est suicidé sous son train. «Je leur en ai longtemps voulu de m’avoir fait subir ça», explique le Vaudois de 47 ans. Des drames comme celui-là se sont reproduits pas moins de 131 fois en 2012 sur les 3000 km du réseau CFF. Sans compter les autres «accidents de personne» qui, eux, en sont vraiment. Le dernier en date en Romandie étant celui de la jeune Nèa, 17 ans, morte écrasée par un Intercity en gare de Pully alors qu’elle traversait les rails un écouteur vissé sur les oreilles.

Déchiquetés à 120 km/h

A chaque fois, le conducteur, condamné à l’impuissance, devient victime collatérale. «J’ai aperçu une seule silhouette sur les voies quelques secondes avant l’impact. J’ai actionné l’avertisseur sonore, puis le frein d’urgence, mais pour rien», se souvient Alain. Quand il comprend que l’issue est inéluctable, le Vaudois de 47 ans ferme les yeux et se bouche les oreilles. «Je l’ai fait car des collègues m’avaient expliqué que le regard de leurs victimes juste avant le choc les hantait.» Au moment de l’impact, la vitesse du régional est encore de 120 km/h. Dans un «bruit de tôle froissée», les deux corps sont déchiquetés. Des collègues le rejoignent sur les lieux du drame. Ensuite, Alain reprend les commandes, dépose ses passagers à Bussigny, puis file au terminus seul avant de rentrer chez lui pour trois jours de congé. «Je devais reprendre le travail juste après ce repos, mais avant d’ouvrir la porte de mon domicile pour sortir, j’ai été pris d’une grosse angoisse un peu enfantine. Je n’y suis pas allé et j’ai demandé l’aide d’un psy.» Quelques jours plus tard, Alain croit avoir récupéré. Il reprend les commandes de sa locomotive, mais sa route croise celle d’un autre homme suicidaire. «J’ai freiné et klaxonné. Quand je suis passé devant lui à 20 km/h, il s’était ravisé. Nos regards se sont croisés et ça m’a vidé. Là, je me suis dit: «C’est fini, je ne veux plus rouler.» Je l’ai fait encore quelque temps, mais avec un sentiment d’oppression.»

Changement de voie

Alain décide alors de se reconvertir en électricien, toujours aux CFF. Ce choix représente une perte de salaire net de 1800 fr., mais pour lui c’est «plus un soulagement qu’un regret». Aujourd’hui, Alain reprend systématiquement les gens qui traversent les voies. «Certains m’insultent, mais si je leur raconte mon histoire, ils se calment.» Lorsqu’il attend lui-même un train, le quadragénaire ressent une angoisse à la vue de ceux qui s’approchent trop des rails ou qui ont l’air tristes. «Les suicides, on sait qu’on y est tous exposés, mais chaque chauffeur de train espère passer entre les gouttes. Certains en vivent dix dans une carrière et d’autres aucun. Je me demande si ces gens se rendent compte du mal qu’ils font aux conducteurs et aux témoins de leurs actes.» (Le Matin)

Créé: 05.06.2013, 15h54


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