Jeudi 17 janvier 2019 | Dernière mise à jour 12:17

Viral? Des tatouages interactifs transformés en écrans vidéo

Grâce à la réalité augmentée, les tatouages se font évolutifs, en utilisant des sons ou des images. Bref, ils deviennent vivants!

Avant: un tatouage dont le centre sert de fond vert.
Après: le même tatouage mais vu au travers de l'écran d'un smartphone.

Avant: un tatouage dont le centre sert de fond vert. Après: le même tatouage mais vu au travers de l'écran d'un smartphone. Image: DR

Au service de la médecine

L’idée du tatouage connecté ne date pas d’hier. En 2012, Nokia inventait une encre qui, par des ondes magnétiques, vibrait en même temps que sonnait le téléphone de la personne tatouée.

Mais aujourd’hui, l’idée creuse surtout son sillon dans le domaine médical, avec des tatouages permettant un suivi de l’état de santé en direct. Des chercheurs du MIT ont ainsi mis au point des tatouages destinés aux diabétiques qui changent de couleur lorsque le taux de sucre évolue, l’encre traditionnelle étant remplacée par des biosenseurs réagissant au pH, au sodium et au glucose du corps du malade.

L’université du Texas a également développé un tatouage sous forme de patch s’appliquant sur la peau et qui surveille différents signaux biométriques: fréquence cardiaque, activité musculaire ou température du corps.

Quant à l’équipe de la Carnegie Mellon University, elle a mis au point des tatouages électroniques capables de procéder à des analyses de sang, en changeant de couleur dans certains cas, évitant aux patients de se rendre chez leur médecin.

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Il est loin, le temps où le tatouage n’était qu’un symbole de contre-culture. Aujourd’hui, la pratique se démocratise de plus en plus. Jusqu’à devenir de la culture tout court. Avocats, médecins, architectes… qui n’a pas son petit dessin, symbole ou mot d’amour gravé à même la peau? D’autant plus que les tatoueurs rivalisent d’ingéniosité pour moderniser leur travail, lui donner plus d’ampleur grâce aux nouvelles technologies, jusqu’à le rendre carrément vivant! Il y a quelques années, on avait vu apparaître des QR Code tatoués qui déclenchaient une animation sur l’écran d’un smartphone, une fois celui-ci braqué dessus. Plus récemment, les Soundwave Tattoo, sorte d’ondes sonores tatouées, délivraient, là aussi une fois scannée par le smartphone, un son enregistré au préalable: la voix d’un proche décédé, celle de son bébé ou encore le ronronnement du moteur de sa moto adorée.

Roy Lee Rowlett, lui, a poussé les choses un peu plus loin. En associant le tatouage au principe de l’écran vert utilisé au cinéma où à la télé, visant à incruster un acteur au milieu d’un décor virtuel, ou une carte météo derrière un présentateur, ce tatoueur de Louisville, dans le Kentuky, a créé ce qu’on appelle aujourd’hui le «Green Screen Tattoo». Une petite merveille interactive où une partie du dessin est constituée d’une zone verte qui, sous l’écran du téléphone, s’anime pour laisser place à une séquence vidéo de son choix en réalité augmentée.

Son tatouage hommage à la série animée «Rick & Morty», exécuté sur la jambe d’un fan, en août dernier, est très rapidement devenu viral.

On y voit les deux héros de la série, Rick, le savant déjanté, et son petit-fils Morty, regarder le portail spatio-temporel qu’ils ont l’habitude d’emprunter pour passer d’une dimension à une autre. A l’aide d’une application mobile conçue pour projeter des vidéos sur un fond vert (comme Chromavid ou KineMaster), il devient alors facile de diffuser ce que l’on veut à l’intérieur de ce portail: la bande-annonce de la série, un épisode complet ou pourquoi pas, ses propres photos de vacances.

Une technique toute simple

«Honnêtement, il n’y a rien de bien compliqué dans cette technique, explique-t-il sur le site d’Insider. Il suffisait juste de trouver le bon chroma à appliquer. Il n’est même pas nécessaire qu’il soit vert, juste le plus vif possible». Et contrairement aux Soundwave Tattoos, qui doivent être effectués par un tatoueur agréé, ici, n’importe qui de compétent avec une aiguille peut s’en charger. «C’est le tatouage idéal pour cette nouvelle génération férue de nouvelles technologies, poursuit ce fan comics, de films d’horreur et de pop culture, dans «Pain Magazine». On est en plein dans l’ère numérique: le visuel prime sur tout le reste».

A vrai dire, Roy Lee Rowlett n’est pas l’inventeur de la technique. Il l‘a juste popularisée en créant un tattoo parfaitement intégré au concept surfant sur la vague du succès de la série. Quelques jours avant lui, un certain Josh Herman, à Denver, avait posté sur Instagram la première œuvre du genre répertoriée (https://www.instagram.com/p/Blf13yalWoi/), un téléviseur doté d’un «écran vert» capable de diffuser n’importe quelle vidéo.

Dans la foulée, tat2worthy, à Dover, dévoilait sur YouTube son propre tattoo, une fille portant des lunettes de soleil dont le reflet permettait d’afficher les images de son choix. Là aussi: gros buzz.

Bombardé de question sur son compte Facebook, l’auteur avait laissé le message suivant: «Non, je ne voyage pas pour venir réaliser des tatouages à domicile. Oui, il faut une application pour lancer les vidéos. Et non, je ne compte pas faire ce genre d’œuvre le reste de ma vie. C’est juste un concept fun destiné aux gens à l’esprit ouvert et aux créatifs».

Difficile, par contre, de trouver en Suisse des tatoueurs adeptes de ce genre de pratiques. A Genève, Sylvain Liengme, du salon Add Ink Tatoo, rappelle que les tatoués sont surtout attachés aux techniques traditionnelles. «Et puis il ne faut pas oublier qu’avec le temps et les années, la peau retient bien moins les pigments, les tissus se détendent et le dessin devient un peu flou, rappelle-t-il. Du coup, la précision que l’on peut apporter à un tatouage perd de sa solidité. Le motif devient moins lisible, que ce soit à l’œil nu ou pour une application».

Qu'est-ce que c'est moche!

Même son de cloche du côté de Bienne, avec le salon Candem Town, comptant pourtant parmi les rares tatoueurs du pays agréé par Soundwave Tattoo. «Quand on a découvert cette technique d’ondes sonores à Los Angeles, on a adoré, nous explique David Candem, le propriétaire. C’est fort, quelqu’un qui grave sur sa peau la voix d’un être cher. Techniquement, je trouve ça super, c’est interactif, ça a un sens… mais après, qu’est-ce c’est moche (il rit)! On a d’ailleurs eu très peu de demandes. Même les tatoueurs, ça les saoule de faire ce genre de travail. L’écran vert, c’est aussi une idée rigolote, qui permet surtout plus de liberté dans le tatouage lui-même. Mais attention, plus les couleurs sont vives, plus elles ont de la peine à le rester avec le temps. Je serais curieux de voir si l’application reconnaît toujours la zone verte après six mois».

Une manette de jeu vidéo sur le bras

Autre exemple: Olo Sabandija, un fan du jeu «Sonic the Hedgedog», s’est tatoué la semaine passée sur l’avant-bras une manette de Nintendo NES, mythique console 8 bits sortie en 1987. Là encore, le système est simple puisque le tatouage n’est qu’un marqueur destiné au smartphone pour afficher en réalité augmentée, sur une application dédiée, une immense plateforme tirée du jeu entièrement animée.

L’application détecte même lorsque l’on passe le doigt sur les différentes télécommandes de la manette tatouée et il est ainsi possible de faire sauter Sonic ou de le faire se déplacer latéralement.

Difficile d’imaginer tatouages plus fascinants pour les fans de jeux vidéo ou plus généralement de pop culture. Nous sommes encore toutefois là dans le domaine expérimental. L’idée de ne pouvoir profiter pleinement de son tatouage qu’avec un smartphone étant encore diablement contraignant. Mais les géants de la tech nous promettent maintenant des lunettes de réalité augmentée destinées à de multiples usages, à la manière des Google Glass, et qui permettront de scanner ces différents marqueurs d’un simple regard. Ce genre de tatouage interactif prendrait alors toute son ampleur. (Le Matin)

Créé: 26.12.2018, 14h07

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