Vendredi 17 novembre 2017 | Dernière mise à jour 18:05

Téléphonie Les opérateurs européens préparent la fin du roaming

Les frais d'itinérance vont disparaître le 15 juin dans l'Union européenne, une décision qui va affecter un secteur déjà très concurrentiel.

Les frais de roaming ont été longtemps une importante source de revenus pour les opérateurs.

Les frais de roaming ont été longtemps une importante source de revenus pour les opérateurs. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«L'itinérance, intra et extra-européenne, c'est environ 5% du chiffre d'affaires des opérateurs en moyenne. Mais l'impact est différent selon qu'on parle du marché entreprise ou du grand public», rappelle Sylvain Chevallier, spécialiste télécoms chez BearingPoint.

Sur le marché espagnol, soumis à de fortes variations saisonnières en raison du tourisme, le principal opérateur Telefonica estime que la fin de l'itinérance dans l'UE va entraîner une baisse de 1,2% de son chiffre d'affaires sur l'exercice en cours. Pour autant, selon Victor Marçais, spécialiste des télécoms et médias chez Roland Berger, «ce ne sera pas un choc pour les opérateurs, les discussions avancent depuis plusieurs années et les effets ont pu être largement anticipés». «Si les opérateurs ne sont pas prêts, ce sera plus de leur faute qu'autre chose», abonde Dexter Thillien, analyste chez BMI Research. «Cela a été très graduel.»

Les opérateurs n'ont pas tous préparé de la même manière la fin de l'itinérance. En Italie par exemple, le premier opérateur Wind-Tre assure s'être «aligné sur les demandes européennes en avance de deux mois» quand son principal concurrent, l'opérateur historique TIM, a prévu de «s'aligner sur le nouveau règlement à partir du 15 juin», jour de son entrée en vigueur.

En France, Free a élargi la gratuité de l'itinérance dès mars tandis qu'Orange et Bouygues ont mis fin aux frais en mai et SFR suivra le mouvement le 15 juin. Difficile de savoir exactement ce que la fin de l'itinérance représentera pour les opérateurs qui ne publient plus leurs recettes en la matière.

Perte de 1,2 milliard d'euros

La Commission européenne estime pour sa part que la fin de l'itinérance - souvent appelée «roaming» - devrait représenter une perte de 1,2 milliard d'euros (1,3 milliard de francs) pour l'ensemble des opérateurs européens. Ce marché représente 4,7 milliards d'euros par an, selon un rapport l'organe des régulateurs européens des télécoms, le BEREC.

Mais la part de l'itinérance dans l'activité a largement reculé ces dernières années car les prix des appels et SMS ont baissé de 90% depuis 2007, alors que ceux des données ont chuté de 96% depuis 2012 pour un trafic multiplié par 100, selon l'UE. Dans les faits, la situation varie fortement d'un pays à l'autre, entre ceux qui profitent des revenus liés au tourisme, principalement le sud de l'Europe, quand d'autres sont moins concernés, au nord.

Itinérance hors-UE pour compenser

«Les pays du sud, tels que le Portugal ou la Grèce, ont beaucoup de clients de manière fluctuante mais moins d'abonnés, les revenus de l'itinérance permettaient aussi de financer le renforcement du réseau pour faire face aux pics saisonniers», reconnaît Isabelle Jégouzo, cheffe de la représentation en France de la Commission européenne.

Le marché de gros, entre opérateurs, a dès lors été l'un des principaux points d'achoppement des discussions, entre ceux qui espéraient des prix élevés et ceux qui au contraire voulaient les voir baisser. «Sans grande surprise, les pays du sud voulaient les prix les plus élevés, ceux du nord voulaient l'inverse. Au final, on voit un accord européen typique, avec du donnant donnant, où personne n'est totalement gagnant mais chacun obtient un peu», détaille Dexter Thillien.

Ainsi, le prix du Gigaoctet (Go) est pour l'instant fixé à 7,70 euros, puis il déclinera jusqu'en 2022, avec cependant la possibilité pour un opérateur d'appliquer une surcharge, en accord avec son régulateur, si la perte liée à l'itinérance dépasse les 3% de son bénéfice net annuel.

«Les consommateurs vont prendre l'habitude de consommer de la donnée en Europe et seront du coup sans doute également enclins à le faire en dehors également, cela peut compenser une partie des pertes», estime cependant Sylvain Chevallier.

Stimuler l'économie numérique

C'est également le pari fait par la Commission européenne, rappelle M. Jégouzo, qui a pour «objectif de stimuler l'économie numérique en Europe par les usages et les services. Les prix baissent, mais la consommation augmente bien plus. Le gain est là pour les opérateurs».

«Il y a des aspects positifs que l'on sous-estime, en particulier dans la perception des opérateurs auprès du grand public, c'est une occasion d'améliorer leur image mais également de profiter de la hausse des usages», considère également Victor Marçais. (ats/nxp)

Créé: 10.06.2017, 09h17


Sondage

Faut-il préserver le secret bancaire pour les citoyens suisses?




S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.