Mardi 19 mars 2019 | Dernière mise à jour 22:07

EPFL Un amputé ressent sa prothèse comme si c'était un membre réel

Grâce à la réalité virtuelle et à des stimulations nerveuses artificielles, le patient associe son faux bras à son membre fantôme.

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Une prothèse, aussi perfectionnée soit-elle, ne remplace pas totalement le membre manquant d’un amputé. Si, mécaniquement, il parvient à reproduire de nombreux gestes qu’il faisait avec son vrai membre, le sens du toucher, notamment, lui manque.

En 2014, l’EPFL avait déjà réalisé une avancée technologique en redonnant des sensations à un amputé. Des capteurs au bout des doigts d’une main artificielle étaient reliés chirurgicalement aux principaux nerfs du moignon, permettant ainsi de faire ressentir un contact. Une technique qui a été améliorée en 2016, permettant au patient de différencier plusieurs textures.

Membre fantôme plus petit

Mais une sensation de toucher ne suffit pas à faire croire au cerveau qu’un membre artificiel fait réellement partie du corps. Il est important d’y associer la vue. Un amputé ressent toujours son membre manquant. On appelle cela un membre fantôme. S’il porte une prothèse, l’œil la voit mais le cerveau ne parvient pas à faire coïncider cette image avec le membre fantôme ressenti. Curieusement, ce dernier est parfois perçu comme plus petit que ce qu’il était. Par exemple, un amputé au niveau du coude, peut ressentir sa main fantôme comme directement attachée au moignon, comme si l’avant-bras n’existait pas. Cela même si la prothèse comporte la main et l’avant-bras artificiel.

Beaucoup abandonnent leur prothèse

L’impossibilité à faire coïncider membre fantôme et prothèse pousse de nombreux amputés à renoncer à une utilisation prolongée de leur membre artificiel, le cerveau n’arrivant pas à l’assimiler totalement. Mais des chercheurs de l’EPFL sont parvenus à surmonter cet obstacle. Giulio Rognini, du Laboratoire de neuroprosthétique cognitive dirigé par Olaf Blanke, en collaboration avec Silvestro Micera de l’EPFL et de l’École supérieur de Sant’Anna en Italie, ont combiné les deux sens: le toucher et la vue. Ils ont ainsi stimulé artificiellement les nerfs de deux amputés, pour avoir une sensation au bout de leur doigt fantôme. Et, grâce à un casque de réalité virtuelle que les cobayes portaient, ils ont simultanément éclairé le doigt artificiel. Le cerveau a ainsi été dupé, croyant sentir ce qu’il voyait. Ce qui l’aide à s’approprier le membre factice en le faisant coïncider avec le membre fantôme..

Les deux patients ont en outre expliqué que leur avant-bras fantôme, qu’ils ne sentaient pas au début de l’expérience, comme si leur main était directement attachée au moignon du coude, leur semblait grandir dans la prothèse. Une sensation qu’ils ont conservé jusqu’à 10 minutes après la fin du test. C’est la première fois qu’une approche multisensorielle permet de faire croire au cerveau qu’un membre artificiel fait partie du corps.

Un outil thérapeutique

L’idée n’est pas dans le futur d’équiper constamment un amputé d’un casque de réalité virtuelle. Mais, ce dispositif étant portatif, il pourrait servir d’instrument thérapeutique permettant aux patients de s’approprier de manière permanente leur membre synthétique. On espère également pouvoir atténuer les douleurs fantômes que certains amputés ressentent sur leur membre manquant. (Le Matin)

Créé: 14.08.2018, 16h23

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