Lundi 21 octobre 2019 | Dernière mise à jour 20:17

E3 2019 Ce que nous a appris le salon mondial du jeu vidéo

Nouvelles consoles, nouveaux acteurs, nouvelles polémiques. L'imposante industrie du divertissement ne sera plus la même dans 18 mois.

Arrivée messianique de Keanu Reeves sur la scène du Show Xbox lors de l'E3 2019 à Los Angeles. Dans quelques secondes l'acteur va annoncer la date de sortie du jeu «Cyberpunk 2077» (16 avril 2020) sous les applaudissements et les cris extatiques des fans.

Arrivée messianique de Keanu Reeves sur la scène du Show Xbox lors de l'E3 2019 à Los Angeles. Dans quelques secondes l'acteur va annoncer la date de sortie du jeu «Cyberpunk 2077» (16 avril 2020) sous les applaudissements et les cris extatiques des fans. Image: AFP

Microsoft, Sony et Nintendo interpelle Trump

Les géants technologiques Microsoft, Nintendo et Sony s'unissent contre les tarifs douaniers que l'administration Trump souhaite mettre en place sur des produits chinois, et en particulier contre ceux qui pourraient toucher les consoles de jeux, rapporte l'agence Belga.

Les trois entreprises ont envoyé une lettre commune à la Maison Blanche, dans laquelle ils mettent en garde contre les conséquences économiques que cela pourrait avoir sur les ventes de Xbox, Switch ou PlayStation. Les trois sociétés ont envoyé cette lettre le 17 juin dernier au bureau de l'administration du commerce des Etats-Unis.

Elles souhaitent que les consoles de jeux vidéo soient retirées de la liste des produits concernés par ces augmentations de tarifs. Selon elles, une telle hausse rendra leurs produits un quart plus chers. Microsoft, Nintendo et Sony soulignent en outre que 96% des composants sont produits en Chine. Des emplois pourraient dès lors être menacés, de même que l'innovation et l'économie seront affectées, préviennent-elles.

D'après les trois géants, l'industrie américaine du jeu vidéo a généré l'an dernier un chiffre d'affaires de 43,4 milliards de dollars, apportant une contribution importante à l'économie. Le secteur fournit des emplois directs et indirects à 220 000 Américains. L'intérêt de ce groupe est menacé par ces potentiels tarifs douaniers plus élevés, alors que la facture finale revient au consommateur, mettent-ils en garde.

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Le salon mondial du jeu vidéo, l'Electronic Entertainment Expo ou E3, s'est ouvert en fanfare au cœur du mois de juin à Los Angeles et s'est achevée comme à son habitude dans un soupir quelques jours plus tard (normal, les grosses annonces se font toujours au début). Bien que petit millésime, avec des participants qui ont fait étalage de muscle (Microsoft, Ubisoft) et un grand absent (Sony), la manifestation n'en a pas moins donné le pouls de l'industrie du jeu vidéo pour les 18 mois à venir. Et si on ne devait retenir qu'une chose, c'est la certitude que ce secteur est en train de vivre une profonde mutation. Découvrons les briques qui façonnent déjà les nouveaux édifices.


Une nouvelle génération de consoles oui mais pas que...

En terme de consoles de jeu, l'E3 2019 a au moins clarifié la plupart des choses. Oui, il y aura une nouvelle génération de machines. Oui, elles seront puissantes. Oui elles arriveront dans 18 mois, en fin d'année 2020. C'est officiel pour Microsoft, qui n'a montré ni boîte, ni manette mais une vidéo d'intention de son «Project Scarlett» qui ressemblait furieusement à ce que le géant avait fait 18 mois avant l'arrivée sur le marché de la Xbox One X. Aucune évocation en revanche de l'existence d'un second modèle dit d'entrée de gamme qui aurait été lancé en même temps.

La présentation de la prochaine console Xbox, nom de code «Project Scarlett». Encore très, très allusive. (Video YouTube/Xbox)

C'est encore officieux pour Sony qui, en avril 2019, avait laissé parler parcimonieusement Mark Cerny, le grand architecte de la PlayStation. La prochaine machine verra-telle le jour avant? On en doute. Dans la même fenêtre que la prochaine Xbox? C'est le plus probable. Légèrement plus tard? Ce serait ballot. Mais un des point mis en avant est que ces briques verront la quasi disparition des temps de chargement grâce à l'ajout d'une nouvelle génération de disque dur (SSD) spécialement optimisés.

D'importantes questions subsistes et notamment une cruciale: quel sera le prix de cette «Next Gen»? Proche des 400 francs comme la génération actuelle? Ou plus? Car en 2020, elles ne seront pas seules les bestioles, puisque, en plus de l'univers du gaming PC, toujours vaillant, elles devront se frotter à un nouvel arrivant, Google dont le service de jeu vidéo Stadia, sans consoles (via le «nuage», en flux continu, avec les puissants serveurs du géant qui font tout le travail), devrait avoir achevé sa période de rodage.


Car le jeu vidéo via le nuage veut percer...

... Et Google a les dents longues. La firme de Mountain View a ainsi profité de la proximité de l'E3 pour exhiber un peu plus son biceps (le gauche) pour un lancement de son service dématérialisé cet automne aux Etats-Unis et une grosse partie de l'Europe (mais, inexplicablement, pas en Suisse. Pas en 2019 du moins.).

Le «Stadia Connect» du 6 juin 2019. (Vidéo: YouTube/Stadia)

Son accès sera lié à un abonnement mensuel qui inclura quelques jeux gratuits diffusables sur tous les écrans connectés imaginables mais laissera payants la plupart des grosses sorties. Certes, le modèle économique dévoilé a le cul entre deux chaises (on est très loin du Netflix du jeu vidéo) avec un catalogue manquant encore d'attraits, mais les acteurs bien installés auraient tort de négliger le nouvel adversaire. A l'E3, Microsoft a été le plus convaincant à montrer qu'il prenait la menace très au sérieux: la firme de Redmont a évoqué un service global qui réunirait sous le même chapeau, le gamer PC, le joueur console et même, mais cela reste à confirmer, l'amateur de jeu dématérialisé à la Stadia. Avec, pour lier la gerbe, la possibilité de souscrire un seul abonnement à moins de 20 francs libellé «Game Pass Ultimate».

Avant l'E3, on chuchotait que Sony, Nintendo et Microsoft (seul détenteur de l'infrastructure à même de contrer Google) discutent de l'opportunité de quelques rapprochements stratégiques mais l'E3 n'a confirmé aucun de ces deals supposés.


Pas d'E3 sans polémiques

La salon du jeu vidéo de Los Angeles a connu certes quelques défections, dont la plus tonitruante et celle de Sony qui, cette année, n'avait rien de particulier à annoncer et qui, on le suppute, reviendra en 2020 avec du lourd. Quant à Nintendo, cela fait plusieurs éditions que Mario est sorti de la boucle des présentations sur scène (en prélude au salon proprement dit) au profit d'une vidéo diffusée en ligne qui lui permettent de mieux contrôler sa communication.

Le «Nintendo Direct» diffusé marge de l'E3 2019. (Vidéo: YouTube/Nintendo France)

Cette année, la tactique a si bien fonctionné que beaucoup ont considéré que Nintendo avait volé le show avec un bête «Nintendo Direct» de 42 minutes (cf ci-dessus) qui comprenait notamment l'annonce d'une suite à «Zelda - Breathe of the Wild» et le retour au bercail de «Banjo & Kazooie». Autant d'éléments, parmi d'autres, qui ont fait s'étrangler de bonheur les fanboys et girls.

Le coup de sac de Nintendo est survenu alors qu'Electronic Arts, pourtant géant du secteur, nous gratifiait d'une véritable contre-performance en tentant mollement de masquer ses déboires récents dans le domaine des «jeux en tant que service» – Anthem» étant le plus récent représentant – en dévoilant 15 minutes de gameplay du prochain Star Wars titré «Jedi: Fallen Order».

Quinze minutes de Gamepelay du prochain «Star Wars - Jedi: Fallen Order» chez Electronic Arts. (Vidéo: YouTube/EA Star Wars).

Une présentation qui a fait l'effet d'une douche froide pour beaucoup (on vous laisse vous faire votre opinion via la vidéo ci-dessus) ce qui explique peut-être pourquoi – autre polémique – très peu de vidéos de gameplay pur ont été montrés à l'E3 cette année. Les éditeurs préférant généralement faire le spectacle avec des bandes-annonces.

Bethesda pas mieux

Enfoncé dans un bourbier similaire après le catastrophique lancement de «Fallout 76», Bethesda à au moins tenté de faire amende honorable en prétendant que tout serait fait pour améliorer cette variante multijoueur en ligne, présentée en beauté en juin 2018 et sortie laide et percluse de bugs juste avant Noël 2019. Comment un studio adulé par la communauté des gamers à pu ternir son image aussi vite et avec un seul jeu, laisse songeur.

Dans ce contexte morose, Microsoft (Xbox) et Ubisoft n'ont pas eu à forcer leur talent pour proposer des spectacles de qualité supérieure.

La plus grosse polémique a cependant éclaté autour du prochain blockbuster de CD Project Red, studio acclamé, concepteur de «The Witcher» et qui lancera en avril 2020 «Cyberpunk 2077».

L'arrivée triomphale de Keanu Reeves à la conférence Xbox. (Vidéo: YouTube/Xbox)

Elle est d'autant plus violente (et injuste) que, jusqu'ici, le studio polonais s'est donné une image d'élève modèle dans une jungle infestée d'éditeurs adeptes de méthodes contestables pour prendre dans la poche droite du consommateur ce qu'il a déjà sorti de sa poche gauche. Inattaquable par ailleurs, voilà donc le studio accusé à demi mot de racisme pour la façon dont sont représentées les ethnies qui composent sa prochaine dystopie à base d'humains augmentés. On croit rêver.


Et alors en 2020?

Le jeu en boîte, sur disque, poursuivra son déclin mais restera dans une niche. Dématérialisé, il se téléchargera majoritairement. Il commencera à se pratiquer sans console sur n'importe quel écran, calculé en temps réel sur des serveurs extérieurs. Le jeu pour mobiles sera secoué mais pas assommé.

Blockbusters ou indépendants, les jeux vidéo s’achèteront toujours à l'unité mais pourront aussi être loués en tir groupé façon Netflix. Ils seront de plus en plus tributaire des réseaux. Les modèles économiques des superproductions resteront expérimentaux et sujets aux dérapages. Les grandes annonces se feront de plus en plus en marge de l'E3. Le salon pourrait être devenu totalement obsolète.

Les jeux à forte composantes narratives subsisteront et cohabiteront sans trop se mêler au jeu considéré comme une compétition sportive (eSport). La réalité virtuelle devrait être un peu plus concrète, mais sans explosion. Et enfin, le secteur questionnera de plus en plus notre rapport au monde.

Il n'y a plus qu'à se téléporter 18 mois en avant.

Créé: 28.06.2019, 18h35

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