Samedi 15 décembre 2018 | Dernière mise à jour 17:35

High-Tech Converser avec sa plante verte

Une start-up vaudoise a mis au point une machine qui fait parler les plantes. Assoiffés, délaissés, envahis de parasites? Vos cactus vous diront tout. Nous avons testé.

Les plantes ont-elles quelque chose à nous dire?

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A peine les deux électrodes installées contre sa tige et dans la terre de son pot, elle se met à gémir. Quand on lui arrache une feuille, c’est comme un cri strident qui s’échappe du haut-parleur. Un pic s’affiche sur l’«électrocardiogramme» du végétal. Notre plante de bureau n’a pas l’air d’avoir apprécié. Carrol Plummer, créatrice de la machine, s’approche d’elle en murmurant «shhh, shhh…». Est-ce que cela apaise la plante? En tout cas, le bruit s’atténue.

Signaux amplifiés et convertis

L’expérience paraît relever de la science-fiction, mais n’est en fait pas si invraisemblable. On sait depuis longtemps que les plantes émettent des signaux électriques en réponse à des changements dans leur environnement. Mais jusqu’ici, c’était difficile de les analyser. Selon les concepteurs de PhytlSigns, tout va changer avec leur machine: «Notre système amplifie ces signaux et nous permet de les voir sur un écran et de les convertir en sons. Des découvertes fascinantes nous attendent!» s’enthousiasme Carrol Plummer.

Si tailler une bavette avec ses lilas n’est pas pour demain, cette technologie permet en tout cas d’obtenir des informations provenant directement des végétaux, et pas seulement de leur environnement. «Dans les serres, on surveille l’humidité, la chaleur, le taux de CO2, mais on n’a rien pour monitorer la plante elle-même, s’exclame-t-elle. C’est aberrant, c’est comme le médecin prenait la température de la pièce plutôt que de nous ausculter!»

Carrol Plummer et son mari Nigel Wallbridge, tous deux ingénieurs, ont quitté leur pays – respectivement le Canada et la Grande-Bretagne – pour s’installer à Crans-près-Céligny (VD). La production de la machine, commercialisée dès le printemps prochain au prix de 129 fr., est financée par crowdfunding sur Kickstarter. Près de 100 personnes ont déjà commandé un appareil.

Pour le moment, le prototype est testé par des cultivateurs et des chercheurs en agronomie. L’objectif: être à l’écoute des végétaux pour détecter les tout premiers signes de sécheresse ou de maladie, et pouvoir agir rapidement pour diminuer les pertes. Mais, pour cela, il faudrait déjà comprendre le langage des plantes. «Pour le moment, on n’arrive pas encore interpréter les signaux. Mais on sait qu’ils varient selon le problème: la vitesse et l’intensité du signal ne sont pas les mêmes si la plante présente une carence en nutriments ou si elle est attaquée par un insecte», explique Cédric Camps, chercheur à l’Agroscope à Conthey (VS). Le centre de recherche en agronomie teste depuis un mois la machine sur ses plants de tomate, la principale culture sous serre du pays. L’enjeu est de taille: les serres sont très gourmandes en eau et en énergie. Selon Cédric Camps, optimiser ces ressources, en collant au plus près aux besoins des plantes, permettra d’importantes économies.

PhytlSigns ne cherche pas qu’à mieux faire pousser les tomates. La start-up vise aussi à faire changer notre relation aux plantes. «Avant, pour moi, les plantes c’était un truc posé là. Maintenant, je réalise que c’est un être vivant, qui communique. D’ailleurs, quand je rentre à la maison, mon coléus réagit!» La scientifique ne peut s’empêcher de parler à ses plantes et de les toucher, même si elle garde son esprit rationnel. «Je sais qu’elles n’ont ni sentiments, ni pensées. C’est peut-être le changement de pression dû à l’ouverture de la porte, ou mon propre champ électromagnétique qui font réagir ma plante.»

Ce n’est pas François Felber qui la contredira. Le directeur du Jardin botanique de Lausanne insiste même sur le poids des mots: «Les plantes réagissent, mais cela ne veut pas dire qu’elles communiquent. La laitue ne crie pas quand on la coupe. Contrairement aux vaches, aux poissons et aux humains, les végétaux n’ont pas de système nerveux central.» Si le biologiste préfère s’en tenir à l’observation visuelle simple pour détecter d’éventuels problèmes chez ses protégées, il voit tout de même un intérêt pédagogique à cette machine: «Cela pourrait favoriser chez les gens un certain respect vis-à-vis des plantes.» Au bureau en tout cas, on ne regarde plus notre plante verte comme avant. Et plus personne n’oublie de l’arroser. (Le Matin)

Créé: 14.07.2016, 06h48

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