Vendredi 19 octobre 2018 | Dernière mise à jour 17:22

Réseaux Voici à quoi va ressembler le site de rencontres de Facebook

On en sait maintenant un plus sur la nouvelle fonctionnalité de «Dating» du réseau social. Le regard du sociologue des médias Olivier Voirol.

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Mark Zuckerberg l’avait annoncé en mai dernier, son réseau social développait un service de rencontres intégré au sein de son application principale: «Facebook Dating». Objectif? Permettre à ses utilisateurs de trouver l’amour. Mais attention, «des relations authentiques et durables, pas seulement des plans d’un soir», précisait à l’époque le patron de l’entreprise.

Aujourd’hui, on sait enfin à quoi ce service va ressembler. Une chercheuse américaine, Jane Manchun Wong, en a dévoilé les premiers visuels sur Twitter, après avoir déniché une version préliminaire du projet en analysant le code source de la plateforme.

Complètement intégrée

Premier élément, la fonctionnalité sera complètement intégrée au réseau social et les utilisateurs n’auront pas besoin de bouger de la plateforme pour trouver l’âme sœur. Il faudra dans un premier temps activer un onglet spécifique sur l’application principale – pas de panique, son contenu ne sera pas visible sur votre fil d’actualité – et il suffira ensuite de débloquer des groupes ou des événements auxquels vous souhaitez participer en favorisant les rencontres.

L’application se chargera alors de proposer des profils de personnes dont vous partagez les centres d’intérêt, en fonction de ce que Facebook sait de vous. Si les deux personnes expriment un intérêt l’un pour l’autre, l’application les mettra alors en contact, a priori à travers un nouveau service de messagerie uniquement centré sur le texte, de manière à éviter l’envoi de photos à caractère sexuel. Certains informateurs parlent même d’un service d’«aide à la conversation », permettant à ceux qui seraient un peu rouillé niveau drague de se remettre gentiment dans le bain. On découvre également à travers ces premiers visuels une définition plus large du genre et de l’orientation sexuelle.

Ainsi, en sus des catégories usuelles «Homme» et «Femme», Facebook permettra de préciser si l’on est – ou si l’on recherche – un «Transsexuel homme» ou «Transsexuel femme» mais aussi quelqu’un sans orientation définie. «Une bonne nouvelle, pour Olivier Voirol, sociologue de la culture et des médias à l'Université de Lausanne, et spécialiste des rencontres 2.0. Cela évite de reconduire une exclusion couramment ressentie pas les «transgenres». Même si ça ne résout pas le problème pour autant. Car en m’auto-définissant d’une manière ou d’une autre sur le profil, je suis obligé de figer techniquement une définition de moi-même qui, en réalité, préconfigure mes relations futures. En ouvrant à d’autres possibles, la plateforme se montre «tolérante» mais elle masque ainsi, et simultanément, la normalisation qu’elle reproduit ».

Facebook Dating face à Tinder

Actuellement testée par les employés de l’entreprise afin de repérer bugs et imperfections, l’application pourrait donc voir le jour rapidement. Selon toute vraisemblance avant la fin de l’année.

Alors est-ce pour autant le moment de mettre nos Tinder, Adopte un Mec et autres Happn au placard ? Minute, papillon! Car les stakhanovistes du flirt seront peut-être déçus d’apprendre que l’application va brider leur élan. Selon le site TechCrunch, il ne sera en effet possible d’exprimer son intérêt qu’envers un nombre limité de profils à la fois, afin d’éviter le comportement compulsif de ceux qui «like» (ou «swipe» à droite) tout ce qui passe à leur portée. Mais ce n’est pas tout pour le sociologue: «En créant un sous-espace «dating» à l’intérieur du réseau, Facebook est aussi confronté à des difficultés pratiques, techniques et morales inexistantes sur un site de rencontres. Par exemple, comme on ne «date» pas ses amis, ces «dates» sont donc d’emblée définies par le dispositif comme différents de l’amitié! La plateforme fige ainsi des relations qui sont en réalité assez complexes et incertaines dans la vie courante. C’est un révélateur de la manière dont ces interfaces administrent nos relations».

«Facebook Dating» devrait en tout cas compter sur un petit avantage par rapport à la concurrence : l’application se démarquerait ainsi par son fonctionnement entièrement gratuit et, du moins dans un premier temps, vierge de toute publicité.

Crainte d’une nouvelle fuite des données

Reste que le spectre «Cambridge Analytica» est encore présent dans beaucoup de mémoires. Pour Olivier Voirol, l’annonce de ce nouveau service, deux mois à peine après le scandale sur les données d’utilisateurs de Facebook, n’est d’ailleurs pas innocente. «Cette nouvelle s’inscrit clairement à mes yeux dans une stratégie d’occupation du terrain après la chute en bourse de l’entreprise et son discrédit, à juste titre d’ailleurs. D'autant plus que cette nouveauté intervient au même moment que l’annonce de la monétarisation de WhatsApp (fonctions payantes et publicité), un satellite de Facebook».

Surtout, aucun utilisateur n’a bien entendu envie de voir fuiter sur la toile les dessous de ses recherches en matière de cœur. «Et pourtant, dès le moment où nous produisons des données à partir de nos activités et de nos interactions en ligne, détenues par des entreprises qui les accaparent en les privatisant pour les exploiter et les revendre à des tiers, toutes les conditions sont réunies pour que de nouveaux scandales de ce type réapparaissent. Pour s’en prémunir vraiment, il faudrait changer radicalement les règles du jeu».

Quel impact

Difficile, donc, pour l’heure, de dire dans quelle mesure ce nouveau service sera ou non plébiscité. Ou encore, si Tinder et consorts ont du souci à se faire pour leur avenir. A la suite de la conférence Facebook de mai dernier, Match Group, notamment propriétaire des sites de rencontres Tinder, Meetic et OKCupid, avait accusé une chute en bourse spectaculaire de 22%. Mais depuis le groupe a gentiment retrouvé ses couleurs. (Le Matin)

Créé: 09.08.2018, 15h01

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