Dimanche 16 juin 2019 | Dernière mise à jour 22:33

Reportage Les solutions se multiplient pour échapper au contrôle de la toile

En réponse aux géants du Net qui collectent les données des internautes, les pirates de la Toile se mobilisent. Initiatives artistiques ou politiques fleurissent pour permettre de surfer de manière totalement anonyme. Exemple avec les hackers de Manhattan.

Pour 20 dollars, la PirateBox permet d’échanger des données sans passer par Internet.

Pour 20 dollars, la PirateBox permet d’échanger des données sans passer par Internet. Image: DR

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«Ce serait le pied que des PirateBox fleurissent un peu partout. Imaginez, où que vous vous arrêtiez, vous trouverez de nouveaux partages…» Cet internaute francophone peut sourire: son rêve est en train de devenir réalité. La «PirateBox»? Cette boîte noire ornée d’une tête de pirate a l’air d’une de ces lunch-boxes dont lesquelles les petits Américains emmènent leur repas à l’école. Mais elle permet en fait de chatter et d’échanger des données sans passer par Internet, et donc sans se faire repérer. Complètement autonome, elle a simplement besoin d’un Wireless. Elle est, promet son concepteur, David Darts, facile à réaliser. Pour l’heure, sa zone d’atteinte reste limitée à quelques centaines de mètres, mais cela, aussi, devrait évoluer. L’idée est venue à son créateur, professeur d’art digital à la New York University, alors qu’il partageait des fichiers avec ses étudiants. David Darts se définit comme un «Linux geek», du nom du système d’exploitation libre Linux. Il y a deux ans, il se dit qu’il doit être possible de créer une plate-forme locale d’échange. Il se procure du matériel informatique bon marché, un logiciel gratuit, et l’aide d’autres passionnés. La PirateBox est née. Au départ, elle coûtait 200?dollars, contre une vingtaine aujourd’hui.

Provocation artistique «Tout ce qui préserve un tant soit peu de vie privée est bienvenu», souligne l’enseignant. Ce hacker en costume-cravate ne prétend pas changer le monde. «La PirateBox se veut avant tout une provocation artistique. Mais l’idée est bien de stimuler l’imagination, de proposer des manières de communiquer de manière anonyme sans être sous contrôle globalisé.» Il poursuit: «La vie privée est intimement liée au concept de liberté individuelle. Des entreprises comme Google, Facebook ou Yahoo détiennent des masses d’informations, et nous n’avons aucune idée de ce qu’elles vont en faire. Bien sûr, ces informations sont passionnantes, mais il faut voir comment elles vont être utilisées…» Parano? «Mais il faut l’être! Le slogan de Google, c’est «do no evil». Mais l’image sympa de Google n’empêche pas qu’elle reste une entreprise à but commercial, qui doit rendre des comptes à ses actionnaires.» A son instar, ils sont des centaines, probablement des milliers, à tenter de contourner une Toile dans laquelle ils se sentent pris au piège. Outre-Atlantique, l’émergence du mouvement Occupy a fait des petits virtuels, comme les plate-formes «Global Square» et «Federated General Assembly», qui visent à aider les activistes à communiquer par le biais de serveurs décentralisés, ce afin que le procédé reste le moins contrôlable mais aussi le moins cher possible. Autres bureaux, autres hackers. Près de Central Park, le 17e?étage d’un immeuble sur Broadway héberge le Software Freedom Law Center, créé par Eben Moglen, professeur de droit à Columbia. Cette semaine, Eben Moglen se trouvait à Berlin pour la conférence re: publica, où il a martelé son message d’alerte vis-à-vis du Big Brother virtuel. L’institut planche actuellement sur la «Freedom Box», qui permettrait de surfer en tout anonymat partout dans le monde. «L’insouciance avec laquelle nous surfons est très inquiétante. Nous n’avons aucune idée de ce qui pourrait être fait avec toutes les traces que nous laissons derrière nous», souligne James Vasiles, directeur de projet de la Freedom Box.

Défis politiques Un scénario orwellien? James Vasiles réfute à son tour toute paranoïa. «Le gouvernement s’est déjà servi d’informations privées pour arrêter et persécuter des internautes qui s’étaient mis dans des positions vulnérables. La Toile a grandi si vite que toutes les lois qui protègent la vie privée sont dépassées et insuffisantes. Nous sommes allés très, très loin dans l’abandon de nos libertés individuelles, et nous sommes en train d’essayer de revenir en arrière.» «Les moyens pour communiquer de manière cryptée existent bel et bien. Nous essayons de les rassembler et d’en permettre une utilisation simple», souligne James Vasiles. Qui précise que «pour l’heure, nous n’avons rien à craindre du gouvernement américain. Sa position actuelle est que ces outils servent l’intérêt du pays et de la démocratie dans le monde.» Sans vouloir citer d’autres pays, il indique que l’un des plus gros défis de la Freedom Box est d’aider la communication virtuelle «dans ces pays où la liberté d’expression n’existe pas. Un grand nombre sont dotés de firewalls nationaux qui empêchent les citoyens de communiquer au-delà des frontières et qui changent au jour le jour.» D’ici la fin de l’année, une première version devrait «aider des gens, concrètement, dans le monde». David Darts, lui, a abandonné les droits de sa création, et se réjouit qu’elle soit en train de faire des petits partout dans le monde. Depuis la Suisse, le vice-président du Parti Pirate, Pascal Gloor, salue ces initiatives. Il estime que «la surveillance d’une part et la volonté de s’en protéger de l’autre ne vont que s’accentuer, par effet de balancier. L’équilibre entre contrôle et liberté doit encore être trouvé.» (Le Matin)

Créé: 06.05.2012, 09h16

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