Dimanche 17 février 2019 | Dernière mise à jour 22:21

Equateur L'incroyable scandale des cliniques anti-gays

Son attirance pour les femmes lui valut le pire des châtiments. Denisse Freire a été violée et torturée dans l'une des ces cliniques proposant de «guérir» les homosexuels. Des établissements longtemps tolérés.

Denisse Freire a été la victime d'une de ces cliniques.

Denisse Freire a été la victime d'une de ces cliniques.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Incroyable scandale en Equateur: des cliniques où l'on se propose de «guérir» les homosexuels et où les «patients» sont torturés.

Le cas de cette femme de 25 ans, internée dix ans plus tôt par sa mère dans un centre évangélique de désintoxication à la périphérie du port de Guayaquil (ouest), illustre un scandale aujourd'hui admis par les autorités.

«Ma mère m'a découvert dans ma chambre avec une copine du collège et elle m'a internée parce que j'étais lesbienne. On devait soi-disant me soigner», raconte Denisse dans un entretien.

«Ils me torturaient avec des électrochocs, m'empêchaient de me baigner pendant trois jours, me donnaient à peine à manger, me frappaient beaucoup, me pendaient par les pieds», confie-t-elle. «Ils me disaient que c'était pour mon bien».

La jeune femme a partagé ce calvaire avec quatre autres «patients» dans cet établissement, qui utilisait comme une façade le centre d'attention aux toxicomanes.

Après deux mois de cet effroyable traitement, qui comprenait des sévices sexuels, Denisse a réussi à prendre la fuite, mais a dans un premier temps gardé le silence. «Je n'ai rien dit, car ma mère était la responsable. Elle m'a dit qu'elle voulait juste me faire changer et pas que je subisse tout ça», explique-t-elle.

Un cas qui n'est pas nouveau

Le cas de Denisse n'est pas nouveau. Les autorités équatoriennes reconnaissent qu'il s'agit d'un problème de grande ampleur, impliquant parfois des fonctionnaires.

La semaine dernière, une responsable du ministère de la Santé, précisément chargée du contrôle des cliniques, a été interpellée pour avoir dirigé ce type d'établissement.

«Ce ne sont pas des cas isolés, nous sommes en présence d'une mafia, d'un réseau qui opère au niveau national», a dénoncé la ministre de la Santé, Carina Vance, elle-même ouvertement lesbienne et militante pour les droits de la communauté homosexuelle, lors d'une réunion avec les correspondants de la presse étrangère.

Dans ce pays andin de 15,8 millions d'habitants, il existe environ 200 centres de désintoxication pour drogués et alcooliques, dont à peine plus de la moitié, 120, disposent d'une licence, tous les autres étant illégaux, selon Carina Vance.

L'an dernier, deux personnes sont mortes dans ce type de cliniques clandestines, désormais dans le collimateur des autorités.

La ministre a dévoilé d'autres type de maltraitance comme l'aspersion d'eau glacée ou la consommation de produits dopants. «Deux lesbiennes ont aussi dénoncé ce que ces cliniques appellent la +thérapie sexuelle+, qui consiste à être violée par un homme», a-t-elle décrit.

Dix-huit centres fermés

Depuis mars 2012, 18 centres de désintoxication ont été fermés, dont 15 pour des cas de violations des droits de l'homme et trois pour infractions aux normes sanitaires.

La loi équatorienne autorise l'internement de force pour les toxicomanes, sous réserve de l'aval d'un juge, mais elle ne permet pas les traitements contre l'homosexualité, a rappelé la ministre.

En juin dernier, Zulema Constante, une étudiante en psychologie homosexuelle de 22 ans, a ainsi quitté une clinique dans la localité de Tena (est), où elle avait été emmenée de force par sa famille.

Elle y a été enfermée, menottée et revêtue d'une camisole de force. «Je devais prier, on me donnait de la mauvaise nourriture, je nettoyais les toilettes avec mes mains», se souvient-elle. «On me disait que c'était mal d'être lesbienne», a-t-elle témoigné à la presse.

Durant son internement, Zulema a été déclarée comme personne disparue. Son amie avait alors lancé l'alerte avec une campagne à travers les réseaux sociaux qui a permis sa libération.

Malheureusement, beaucoup de plaintes n'aboutissent pas dans ce genre d'affaires. «C'est parce que c'est la famille qui t'a retenu de force, et la question affective a un grand poids», explique Lia Burbano, membre du collectif lesbien «Mujer y Mujer». (afp/nxp)

Créé: 28.07.2013, 10h50

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters