Vendredi 3 juillet 2020 | Dernière mise à jour 23:30

Image «J'étais sous le choc», témoigne le photographe suisse

Nominé parmi les finalistes du Photographe animalier de l'année, ce Zurichois nous raconte la terrible scène à laquelle il a assisté.

Le mâle dominant broie le bébé hippopotame dans sa gueule, sous le regard de sa mère.

Le mâle dominant broie le bébé hippopotame dans sa gueule, sous le regard de sa mère. Image: Adrian Hirschi/Wildlife Photographer of the Year

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Début septembre, le Musée d'histoire naturelle de Londres dévoilait une quinzaine de photos figurant parmi les finalistes de son concours du Photographe animalier de l'année. Parmi elles figurait celle, terrible, d'un hippopotame mâle en train d'écraser dans sa gueule un nouveau-né de son espèce. Ce cliché à la limite du soutenable, intitulé «Dernier soupir», a été pris par un Suisse, Adrian Hirschi, que nous avons pu contacter pour qu'il nous explique comment il a pu assister à un pareil drame.

Photographe amateur

Ce Zurichois de 33 ans n'est pas un photographe professionnel. Il travaille dans le milieu de la finance, mais la photo est pour lui un hobby auquel il consacre beaucoup de temps et d'argent. Et il voyage beaucoup, notamment en Afrique, pour prendre ses clichés.

En mai 2018, il était au Zimbabwe, près du lac Kariba. «Nous avons parqué notre Land Rover près d'une baie pour nous dégourdir les jambes et prendre une pause thé. Près de nous, il y avait une troupe d'hippopotames dans l'eau peu profonde et nous admirions cette scène magnifique. Puis nous avons remarqué un tout petit bébé près de sa mère. Habituellement, les jeunes se tiennent près du flanc de leur maman, mais celui-ci était proche de sa tête. Selon le guide, ce comportement indique qu'il s'agit de très jeunes bébés, particulièrement vulnérables. Il a estimé que ce petit ne devait pas avoir plus d'un ou deux jours et, plus probablement devait être né la nuit précédente car il n'avait pas remarqué de bébé quand il était passé par là ces derniers jours.»

Le guide a alors expliqué au Zurichois que la mère devait faire très attention et qu'elle devait en particulier se tenir à l'écart du reste du groupe tant que le bébé était tout petit, car les hippopotames mâles essaient parfois de tuer ces jeunes. «À peine m'avait-il raconté cela que nous voyons deux mâles, dont le dominant du groupe, se diriger vers la mère. Elle a tenté de résister, mais les mâles l'ont rapidement séparée de son bébé et le dominant s'en est aussitôt pris à lui. »

Il tente de le noyer

Alors que le photographe se précipite vers le véhicule pour attraper son appareil, le gros mâle maintient le petit sous l'eau pour essayer de le noyer. Après un moment, réalisant que le bébé était toujours vivant, il le projette en l'air puis, le prenant dans son énorme gueule, tente de le mordre à mort. C'est cet acte terrifiant que montre la photo prise par Adrian Hirschi, sur laquelle on voit même du sang jaillir des narines du petit. Tout ceci sous le regard de la mère qui, dès le début de l'attaque, n'a eu d'autre choix que de se tenir à l'écart, sachant qu'elle ne pourrait rien faire pour sauver son enfant.

«Tout s'est déroulé en quelques minutes et j'étais sous le choc, témoigne le Zurichois. Cette morsure n'a pas instantanément tué le petit, mais nous avons décidé de quitter les lieux, tant la scène était terrible. À ce moment-là, le bébé était encore vivant.» Quand lui et son guide sont revenus le lendemain, ils ont trouvé le cadavre du petit à moitié immergé sur le rivage. Le jour d'après, celui-ci avait disparu, probablement dévoré par un crocodile qui attendait que les hippopotames quittent les lieux pour s'en saisir. Car l'hippopotame n'est d'ordinaire ni carnivore, ni cannibale. Si les mâles tuent parfois les petits c'est pour deux raisons, selon les scientifiques: soit parce qu'ils estiment que leur plan d'eau est surpeuplé, soit, en supprimant un bébé qui n'est pas d'eux, pour pousser la mère voulant refaire un petit à s'accoupler avec eux.

Un témoignage exceptionnel

Quand Adrian Hirschi a vu la photo qu'il avait prise, il a réalisé qu'elle était l'un des rares témoignages existant d'infanticide chez les hippopotames. «Je n'ai trouvé qu'une autre observation directe, qui remontait à 1951.» D'ailleurs, quand il a montré son image à des gens qui vivaient dans ce parc tanzanien depuis parfois plus de 30 ans, tous ont dit n'avoir jamais auparavant assisté à une telle scène. «C'est pour cela que j'ai décidé d'envoyer ma photo au concours du Photographe animalier de l'année. Et quand j'ai appris qu'elle était sélectionnée parmi les finalistes, j'ai été très fier.»

Le palmarès sera dévoilé à Londres le 15 octobre prochain.

Michel Pralong

Créé: 27.09.2019, 07h05

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.