Lundi 1 juin 2020 | Dernière mise à jour 01:47

BD L’apocalypse zen selon zep

Dans son nouvel album, «The End», le Genevois s’interroge sur les vraies racines du pouvoir sur Terre et en profite pour remettre l’humanité à sa place.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Zep doit être un peu fou. Déjà dans son avant-dernier album qui n’était pas un Titeuf, «Un bruit étrange et beau», il nous racontait une histoire tout en nuances. La brève romance d’un moine qui sortait de son silence imposé, le temps de quelques jours. Loin donc de l’agitation de cour d’école dans laquelle évolue le petit héros qui a fait la gloire du dessinateur.

Et voilà qu’aujourd’hui il nous annonce la fin du monde. Mais de quelle manière! Si sa nouvelle BD, «The End», devait servir de scénario à un film catastrophe, celui-ci serait sans doute le moins cher de toute l’histoire du cinéma. Imaginez: la menace est immobile, les victimes meurent sans verser une goutte de sang, les protagonistes sont des scientifiques plus prompts à dégainer une chaîne d’ADN qu’une chaîne de vélo et l’héroïne ne s’effeuille même pas. Si les producteurs attendent encore quelques années, la musique des Doors, qui accompagne tout le récit et dont l’une des chansons donne son titre à l’album, sera même tombée dans le domaine public.

Pourtant, l’apocalypse zen de Zep se révèle un récit passionnant et profondément original dont il est difficile de parler sans en révéler la chute. Essayons. Il est question ici de chercheurs qui s’interrogent sur la nature des arbres, et notamment les stratégies incroyables qu’ils déploient pour survivre alors qu’ils sont condamnés à rester sur place. Car oui, Zep s’intéresse particulièrement aux arbres. «Pas au point d’avoir envie de leur faire des bisous, mais j’ai développé une déférence envers eux à force de les dessiner. Un arbre, c’est plus qu’un tronc, des racines et des feuilles. Et quand on passe une heure à l’observer, on sent qu’il nous observe aussi.»

Compagnons de l’homme depuis toujours, celui-ci a pourtant tendance à les ignorer, sauf lorsqu’il s’agit de les abattre. «Nous regardons toujours tout à travers notre propre prisme. Quand on prend quelque chose, on est censés donner en échange, mais l’homme ne le fait pas. Nous sommes en train de nous mettre en péril nous-mêmes et nous nous sommes déconnectés de notre planète. La preuve: on réfléchit à aller en coloniser d’autres quand la Terre sera devenue inhabitable. C’est une vision à très court terme. Ce qu’il faut, c’est éviter de la rendre inhabitable.»

Scientifiquement, ça se tient

Du haut de son arrogance, l’homme est pourtant fragile, contrairement à la nature. «Après la catastrophe de Tchernobyl, celle-ci s’est très bien adaptée et a reconquis les lieux, contrairement à l’homme.» Si l’album de Zep est une fable écologique, elle n’est pas pour autant fantaisiste. L’auteur y a glissé suffisamment de recherches scientifiques récentes pour la rendre crédible. Notamment celles du botaniste Francis Hallé, auteur d’un «Plaidoyer pour l’arbre» que Zep a rencontré pour écrire son album. Il a d’ailleurs donné ses traits au Pr Frawley de son histoire.

Cet aveuglement humain face aux plantes, Zep n’est donc pas le seul à le constater. Le neurobiologiste italien Stefano Mancuso, dont le livre «L’intelligence des plantes» vient d’être traduit en français, y explique que l’homme filtre ce qui n’est pas intéressant pour sa survie immédiate, d’où son manque d’intérêt pour le monde végétal, qui ne représente pas une menace.

Décor faussement rassurant

Une attitude qui n’a pas échappé à Zep: «J’ai choisi la Suède pour décor, parce qu’elle présente un cadre rassurant, alors que dans une jungle, la notion de menace aurait été plus présente dans l’esprit du lecteur qui risquait donc d’être moins surpris par la suite des événements.» Laissons place au silence de la forêt avant d’en dire trop.

Créé: 26.04.2018, 13h08

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.