Vendredi 28 février 2020 | Dernière mise à jour 10:43

Livres 2020, c'est l'année de la BD et elle démarre en fanfare

Larcenet s'autopsychanalyse, Donjon fait son grand retour et Ric Hochet son service militaire: c'est déjà Noël en ce mois de janvier.

Oui, Larcenet est un génie, oui, il est de retour avec «Thérapie de groupe» et oui, il nous fait rire.

Oui, Larcenet est un génie, oui, il est de retour avec «Thérapie de groupe» et oui, il nous fait rire. Image: Larcenet/Dargaud

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Le Ministère français de la culture a décrété que 2020 serait l'année de la BD. Les auteurs attendent donc que leur statut, précaire pour la grande majorité d'entre eux, s'améliore, mais le gouvernement semble traîner un peu les pieds. Du coup, lors du Festival d'Angoulême qui aura lieu du 30 janvier au 2 février et où Emmanuel Macron est attendu, cela risque de chauffer. Un appel à la grève des auteurs a déjà été lancé.

Reste que si toute l'année 2020 est au niveau des premières sorties de janvier, elle sera bien l'année de la BD, et ceci pour tout le public francophone, pas que pour les Français. L'un des premiers à avoir dégainé son nouvel album est Manu Larcenet. L'homme est génial, on le dit et on le répète. Et un brin angoissé, comme cela s'est déjà reflété dans plusieurs de ses livres. Cette fois, il aborde le problème de front dans «Thérapie de groupe». L'histoire d'un auteur de BD connu et reconnu, complètement névrosé, qui se retrouve face à sa plus grande angoisse (parmi toutes celles qui l'assaillent): celle de la page blanche.

C'est évidemment en partie autobiographique, le héros s'appelant Manu Larcenet, et tout aussi fictif, les situations étant plus délirantes les unes que les autres. Mais outre une succession de gags hilarants, Larcenet s'interroge sur le sens même de la bande dessinée, démontrant par ailleurs, en alternant des styles très différents, que non seulement il est un scénariste brillant, mais aussi un dessinateur de haut vol. Follement brillant.

«Thérapie de groupe: l'étoile qui danse» Tome 1, par Manu Larcenet, Ed. Dargaud, 56 pages


Donjon

Preuve que 2020 fera date dans l'histoire de la BD, c'est déjà l'année qui voit le retour d'une série mythique: «Donjon». Lancée en 1998, cette saga est unique en son genre. Ses créateurs, Lewis Trondheim et Joann Sfar, l'avait imaginée alors qu'ils passaient ensemble des vacances en famille et, vu qu'ils n'aiment pas les vacances en famille, s'étaient occupés en travaillant (comme ils le racontent dans une grande interview au «Parisien»).

Basée sur les jeux vidéo dans lesquels des aventuriers doivent déjouer tous les pièges mortels d'un donjon pour trouver le trésor et/ou sauver une princesse, cette série imagine ce qui se passe du côté des propriétaires du donjon, avec un humour délirant. La saga avait pris de l'ampleur, avec une série, «Donjon Potron-Minet» se déroulant avant le récit principal, une autre après, «Donjon Zénith», une faite d'histoires courtes, «Donjon Parade» et une centrée sur les différents personnages de l'histoire, «Donjon Monsters». Après 34 tomes, dessinés par une kyrielle d'auteurs, la série s'était arrêtée en 2014, Sfar en Trondheim en ayant assez.

Mais l'envie leur est revenue et voici donc pas un mais deux nouveaux volumes. «Hors des remparts» est la suite de l'histoire originelle, donc le tome 7 de «Donjon Zénith». Boulet reprend les crayons pour l'occasion. L'autre album, «L'armée du crâne», confié au dessinateur Grégory Panaccione, inaugure une nouvelle série, «Donjon Antipodes moins», qui se situe... 10 000 albums avant Zénith. Il y aura encore trois autres volumes cette année, dont une septième série, «Antipodes plus», se déroulant évidemment 10 000 albums dans le futur. C'est dingue! Et toujours aussi drôle.

«Donjon Zénith: hors des remparts», Tome 7, par Sfar, Trondheim et Boulet, Ed. Delcourt, 48 pages

«Donjon Antipodes: l'armée du crâne» Tome -10 000, par Sfar, Trondheim et Panaccione, Ed. Delcourt, 48 pages


Les nouvelles enquêtes de Ric Hochet

Ce grand classique de la BD, créé par Tibet et Duchâteau, a été ressuscité par Van Liemt et Zidrou. Qui ont réussi l'exploit de transformer une série qui avait plutôt mal vieilli en récits beaucoup plus modernes, tout en situant les histoires dans les années 1960. En fait, c'est comme de regarder aujourd'hui un bon film de Lautner. La sauce prend une nouvelle fois dans ce tome 4.

Ric, qui a récemment découvert que son père est vivant, se voit accuser de désertion puisque son statut d'orphelin lui avait permis d'échapper à la guerre d'Algérie. Mais il se voit condamner aujourd'hui à rattraper son service militaire. C'est donc dans une ambiance de caserne qu'il va devoir enquêter sur un nouveau mystère. Tout en ayant une saveur rétro, cet album se permet des scènes inimaginables dans l'ancienne série, que ce soit au niveau des relations sexuelles du héros avec sa fiancée, de la visite médicale à poil ou même de certaines mœurs au sein de l'armée. Comme quoi, Ric Hochet a su rebondir!

«Les nouvelles aventures de Ric Hochet: tombé pour la France» Tome 4, par Van Liemt et Zidrou, Ed. Le Lombard, 56 pages


Babel

Même Lone Sloane revient en 2020! Et, incroyable mais vrai, pas sous les pinceaux de Philippe Druillet. L'auteur a accepté de léguer son mythique personnage à d'autres auteurs. Et le scénariste Xavier Cazaux-Zago ainsi que le dessinateur Dimitri Avramoglou font honneur à une telle marque de confiance en réalisant une aventure que Druillet n'aurait pas reniée. Tout en y apportant leur propre touche, ils parviennent a recréer le délire graphique et narratif de cette saga de science-fiction. Un space opéra silencieux mais qui résonne pourtant des airs de Wagner, une grandiloquence pompeuse dans les récitatifs, comme la faisait si bien passer Druillet: Lone Sloane a toujours du feu dans ses yeux rouges lorsqu'il part à la recherche de la mythique Babel et l'univers n'a pas fini de trembler face à tant de folie.

«Lone Sloane: Babel» par Cazau-Zago et Avramoglou, Ed. Glénat, 88 pages


Aldobrando

Il y a des albums que l'on ouvre sans attente particulière et qui se révèlent être de petits bijoux: «Aldobrando» en est le parfait exemple. C'est peut-être parce que sa couverture n'attire pas spécialement le regard que l'on est surpris en découvrant les trésors que renferme ce livre. Le dessin à l'aquarelle de Luigi Critone est à la fois doux et élégant. Il n'est pas sans rappeler le graphisme du grand Manara. Et l'histoire signée Gipi est un véritable conte de fées, au propre comme au figuré. On suit le jeune Aldobrando, laissé aux soins d'un vieux mage par son père, forcé d'aller au devant d'une mort certaine. Mais l'apprenti blesse son maître et doit d'urgence aller chercher l'herbe du loup, seule capable de guérir la blessure. Dans cet univers médiéval, Aldobrando va rencontrer l'aventure, la douleur, l'injustice, l'amour et l'amitié. C'est une fable philosophique qui se lit comme un roman de chevalerie, c'est passionnant et émouvant. C'est simplement beau.

«Aldobrando» par Critone et Gipi, Ed. Casterman, 208 pages


Le lion de Judah

Après «Black Op» et le 3e tome de «L'étoile du désert», le duo Hugues Labiano au dessin et Stephen desberg au scénario se reforme. C'est dans le Kenya des années 1920 qu'il nous entraîne cette fois. John Wallace, un colon accusé du meurtre de deux Africains est envoyé aux travaux forcés. Bizarrement, il ne conteste guère son crime. Il n'aurait pas eu le choix, mais on ignore pourquoi. Qui plus est, une femme mystérieuse le traque. Bon début de série, avec un dosage judicieux entre exotisme, suspense et aventure. Desberg s'inspire clairement du film «La colline des hommes perdus» pour la punition du bagne qui consiste à gravir une grosse dune de sable avec de lourds sacs sur le dos, mais comme c'est une bonne référence, on le lui pardonne volontiers.

«Le lion de Judah» Tome 1, par Labiano et desberg, Ed. Dargaud, 56 pages

Michel Pralong

Créé: 26.01.2020, 15h48

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