Samedi 14 décembre 2019 | Dernière mise à jour 23:13

Procès-fiction L'auteur de l'attentat de Lausanne jugé le 29 septembre

L'étudiant, qui a frappé la capitale vaudoise, est prévenu de terrorisme et d'hyperconnectivité. Radicalisé via les réseaux sociaux, Tristan est-il coupable ou victime? Une audience-spectacle s'attaque aux algorithmes.

La place Saint-François à Lausanne a été le théâtre d'un attentat sanglant. Recruté sur le net, son auteur, Tristan, est traduit en justice. Et si les algorithmes et la technologie étaient les vrais coupables? Vidéo: YouTube/Empowerment Foundation


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Tristan était pourtant un jeune homme sans histoires, un étudiant assidu. Jusqu'à ce qu'il faute, par obsession. Et choisisse la place Saint-François à Lausanne comme cible de son premier attentat. Arrêté, incarcéré, le jeune homme doit répondre d'actes terroristes et d'infraction grave à la loi fédérale sur le surf (LSurf). Il n'a surfé ni sur la vague, ni sur la poudre. A son insu, sans s'en rendre compte, il a développé une addiction qui l'a mené à l'irréparable. En consommant des vidéos sur le net jusqu'à plus soif. Jusqu'à l'emprise absolue.

Le poseur de bombes

L'accusé a fini par basculer, happé par une hyperconnectivité qui le nourrissait et l'intoxiquait à la fois. Phagocyté par les réseaux sociaux, les convictions qui y circulent et les certitudes qui ne l'ont plus lâché. Dirigé par les algorithmes et la pensée computationnelle. Il s'isole, se radicalise, obéit à la perception unique d'un monde parallèle, virtuel, traître et funeste. Et voilà ce garçon, bien sous tous rapports, mué en poseur de bombes. Le 29 septembre, Tristan sera jugé par une Cour pas tout à fait comme les autres. Et dans un tribunal pas tout à fait comme les autres, non plus.

Du pouvoir des algorithmes

L'affiche épurée et efficace de ce procès-fiction mis en scène par Lorena Rossetti. Copyright: Empowerment Foundation

L'audience se déroulera au Casino de Montbenon à Lausanne un dimanche (!): le 29 septembre, à 17h, dans la salle Paderewski. Non pas que le Palais de Justice de Montbenon a été détruit dans l'attentat perpétré par le présumé coupable, mais bien parce qu'il s'agit là de fiction et de théâtre. Qu'il s'agit de disserter et de s'interroger sur les algorithmes, qui font aujourd'hui partie intégrante de notre quotidien, leurs pouvoirs et leurs conséquences. Sont-ils neutres? Impactent-ils nos décisions, nos opinions, nos réflexions? Devons-nous les subir? Que faire pour s'en défaire? Sortir de leur emprise? Les détecter, les apprivoiser?

Le procès de la tech

Pour tenter de répondre à cette actualité et sensibiliser le public à cette (r)évolution inéluctable, l'Empowerment Foundation, crée à Lausanne en 2018, produit un nouveau procès surréaliste de la tech: «Mortel Algorithme – Vous ne verrez plus jamais les réseaux sociaux de la même manière». La fondation vaudoise se mobilise pour une technologie qui se développe au service des individus et non à leurs dépens. «Les algorithmes nous enferment et nous endoctrinent, explique son directeur Charles Foucault-Dumas, Le choix du divertissement permet de toucher et de faire réfléchir le plus grand nombre à l'impact de la transformation numérique, d'expliquer autrement son fonctionnement et d'interagir aussi directement avec le public.»

Une distribution réaliste

Une instruction fictive menée par des professionnels de la loi avec la présence d'experts scientifiques et philosophes. Copyright: Empowerment Foundation

Si l'audience est fictive, la distribution est en revanche des plus réalistes. Katia Elkaim y tiendra son propre rôle, elle est présidente au Tribunal d'arrondissement de Lausanne; Alexandre Feser, son collègue président et ancien procureur, reprendra sa fonction à l'accusation le temps d'une représentation; tandis que Me Marc Bonnant, qui (se) joue de la rhétorique et du verbe acéré, défendra le terroriste, campé par Charles Foucault-Dumas de l'Empowerment Foundation. Trois experts de haut vol seront appelés à la barre et à interagir avec les spectateurs: Paul-Olivier Dehaye, lanceur d'alerte dans le scandale Facebook Cambridge Analytica; Johan Rochel, Dr en droit et philosophe; et David Delmi, expert de la confiance numérique.

La robote qui tuait

En octobre 2018 et en janvier 2019, l'Empowerment Foundation avait déjà mis en scène «Le Robot qui m'aimait». Ce premier procès surréaliste traduisait en justice une robote qui avait tué son propriétaire humain. Il traitait de la délicate question de la cybersécurité et de la responsabilité légale des intelligences artificielles. La pièce pourrait être rejouée à l'étranger.

evelyne.emeri@lematin.ch

*«Mortel Algorithme», dimanche 29 septembre à 17h, Casino de Montbenon, Lausanne. empowerment.foundation

Créé: 11.09.2019, 06h57

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