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BD «Choc» ou la (re)naissance d'un tout grand méchant

Celui qui fut le plus dangereux adversaire de Tif et Tondu est le héros d'une trilogie flamboyante qui dévoile ses origines.

Un personnage nommé en fonction de la première impression qu'il donne en le voyant: un choc!

Un personnage nommé en fonction de la première impression qu'il donne en le voyant: un choc! Image: Maltaite-Colman/Dupuis

Choc

«Les fantômes de Knightgrave», T. 3
de Maltaite et Colman
Ed. Dupuis
88 pages

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En 1955, Tif et Tondu vont rencontrer un inquiétant personnage, un génie du mal en smoking, fumant à l'aide d'un long porte-cigarette et dissimulant son visage sous... un heaume de chevalier: c'est Choc. Une silhouette qui marquera durablement l'univers de la BD et qui deviendra le méchant récurrent de la série. Les aventures de Tif et Tondu ont pris fin en 1997, mais Choc est de retour. Il est le héros d'une trilogie dont l'ultime tome vient de paraître et qui raconte comment un gamin infortuné est devenu un tel monstre. Au scénario, Stéphan Colman et au dessin Eric Maltaite.

Ce dernier connaît bien la série «Tif et Tondu». Et pour cause, puisque Will, qui en a été le principal dessinateur, s'appelle de son vrai nom Will Maltaite et est donc le papa d'Eric. «Il n'a jamais rien fait pour m'encourager ni pour me décourager de faire de la BD, nous raconte Eric Maltaite, rencontré au Salon du Livre à Genève. J'étais l'aîné et j'étais souvent dans le bureau de mon père. A 3 ou 4 ans, je dessinais, mais avec du matériel réservé aux pros. J'ai vite été premier de classe en dessin.»

Mais pas en maths, qui lui font planter ses études à 14 ans. «J'ai alors dit à mon père que je voulais faire de la BD. Il m'a répondu «D'accord, mais tu vas apprendre le métier». Il m'a inscrit aux Beaux-Arts à Bruxelles et m'envoyait dès qu'il le pouvait chez ses copains. J'ai fait les couleurs chez Jo-El Azara (Taka Takata) et Jijé (Jerry Spring) m'a poussé à dessiner d'après modèle vivant. Pendant deux ans, je n'y arrivais pas du tout et puis, d'un seul coup, ça y était, j'ai eu l'anatomie humaine dans la tête.»

Un cadeau de papa

Will n'a pas créé Tif et Tondu. Il a repris ces personnages (certes, très vite) de Fernand Dineur. Après plusieurs scénaristes, c'est Rosy qui fait son apparition sur la série en 1954. Et dès sa première histoire, «La main blanche», en 1954, il crée le personnage de Choc. «Mon père l'aimait beaucoup et une fois que je suis devenu auteur de BD, il m'a dit: «Prends-le, je te le donne.» Mais il m'a fallu 20 ans pour me décider.»

Will est décédé 2000. De son côté, Eric Maltaite a créé ses propres personnages: 421, Carmen Lamour ou encore Zambada. «Aux éditions Dupuis, on rêvait d'un retour de Tif et Tondu. Ma mère et Rosy, de leur côté, recevaient un tas de mauvais projets pour ressusciter Choc. Avant que quelqu'un ne commette une mauvaise reprise, je me suis lancé. Mais il n'était pas question d'inventer un nouveau héros qui allait à son tour affronter Choc. Il fallait que ce soit lui le personnage principal. J'ai filé la patate chaude à mon ami scénariste Colman.»

Qui décide donc de raconter comment Choc est devenu Choc. «Au début, je trouvais l'idée un peu simpliste, mais Colman m'a dit: «Attends, tu verras que son passé regorge d'événements intéressants.» Le scénariste a raison: sa genèse de Choc est passionnante, palpitante, violente, cruelle... Bref c'est une saga flamboyante qu'on lit d'une traite et servie par un Maltaite qui n'a jamais été aussi bon. «Je n'ai pas réfléchi à savoir si j'allais imiter le trait de mon père ou pas. J'ai fait comme ça sortait, sans forcer mon style. J'ai commencé à dessiner de manière classique, puis je suis passé à l'informatique qui me permet d'exprimer tout ce que je veux.»

L'angoisse du costume

L'une des grandes forces de ces trois albums, c'est que les dessins osent prendre de la place. Les planches ne sont pas surchargées de cases, comme c'est devenu si souvent le cas. «C'était impératif. L'éditeur voulait d'abord qu'on raconte l'histoire en 200 pages, mais au milieu du 2e tome on a vu qu'il nous en faudrait 300. Il fallait se laisser le temps et l'espace.» Maltaite a réussi son pari et rendu un magnifique hommage à son père, même si sa main a parfois tremblé. «On voit Choc surtout sans son masque, avant qu'il ne le porte. Mais à chaque fois où j'ai dû le dessiner en costume, j'ai été angoissé: vais-je parvenir à restituer la classe et l'élégance du personnage?»

Sans trahir de secret, la dernière image de la trilogie (avant un épilogue) est l'exact contrechamp de la case de «La main blanche» où il rencontre pour la première fois Tif et Tondu. C'est également pour cela que son heaume a, comme dans cet album, huit ouvertures verticales, qui seront remplacées par des horizontales dans les suivants. La boucle est donc bouclée. «Je ne dis pas que, si j'ai une idée, je ne reprendrai pas Choc, mais pour l'instant, j'en ai fini avec lui. Je travaille sur un album avec le scénariste Zidrou.

Quant aux lecteurs qui ont aimé ce Choc et qui ne connaissaient pas Tif et Tondu, je leur dis: lisez «La main blanche», vous devriez apprécier.»

Créé: 14.05.2019, 13h41

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