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Hommage Claire Bretécher, une pionnière dans un monde d'hommes

Grande dame de la BD, la créatrice d'Agrippine et de Cellulite, fondatrice de «L'Écho des savanes», a disparu à 79 ans, laissant ses lecteurs frustrés.

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Quand ses collègues de «Pilote» ou de «L'Écho des savanes» parlaient de Claire Bretécher, ils évoquaient souvent ses yeux verts. Mais aucun ne ne se laissait obnubiler par son charme félin au point d'oublier son oeuvre. Car Claire, sur ses pattes de velours, est parvenue à pousser la porte d'un monde entièrement masculin pour s'y imposer sans que personne ne conteste jamais son droit d'être là. Un sacré exploit pour celle que l'on peut vraiment considérer comme la première auteure à part entière de la BD franco-belge.

Preuve que Bretécher était considérée comme faisant partie des grands, sa participation au début des années 1970 à l'émission Tac au tac aux côtés de Gotlib, Druillet et Gir/Giraud/Moebius. Archives INA

Premier regard sociologique

Dès ses travaux initiaux, elle marque sa différence. Graphique d'abord, avec ce trait épuré, minimaliste, mais tellement expressif. Puis dans ses dialogues et le choix de ses sujets. Travaillant avec des scénaristes comme Goscinny, Delporte ou Cauvin, elle n'hésite pas à se lancer rapidement seule dans des récits. Privilégiant les héroïnes puis les personnages de la vie quotidienne avec ses célèbres «Frustrés», Bretécher a apporté un regard sociologique au monde de la BD, qui en manquait singulièrement jusque-là. Aujourd'hui, on ne compte plus les auteurs, et surtout les auteures (ou autrices, comme vous préférez) qui noircissent des planches et des planches sur la vie qui les entoure, les copines, les mecs,les états d'âme. Mais c'est Bretécher qui leur a ouvert la voie. Sans jamais être réellement égalée.

Une tendresse vache

Pas de gnangan (sauf dans l'un de ses titres), de chichis ou de psychologie à deux balles dans les pages de Bretécher. Elle a su décrire les gens avec un humour caustique, lucide, mais jamais méchant. Et nous rendre sympathiques mêmes les plus imbus et suffisants de ses personnages. Bretécher avait certainement de la tendresse pour eux. Comment ne pas en éprouver pour elle, même sans bien connaître cette femme qui privilégiait la discrétion.

Le monde de la BD non seulement ne l'a jamais rejetée, mais l'a honorée. Elle fut la première femme à recevoir le Grand Prix à Angoulême en 1982, même si ce fut un prix spécial décerné pour les 10 ans du festival en 1982. Depuis, seule deux autres l'ont reçu, Florence Cestac en 2000 et Rumiko Takahashi en 2019. Elle a connu le succès à la fois critique et public. Et même si elle a commencé à nous habituer à son absence en se faisant de plus en plus rare depuis les années 2000, Claire va désormais terriblement nous manquer. Aujourd'hui, nous sommes tous des frustrés.

Hommages

Sur Twitter, le monde de la BD et les admirateurs de Claire Bretécher lui ont rendu hommage.

Michel Pralong

Créé: 11.02.2020, 16h55

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