Jeudi 23 mai 2019 | Dernière mise à jour 08:30

New York Débat autour d'un portrait créé par algorithme

Un portrait créé par un algorithme va être mis en vente pour la première fois chez Christie's à New York.

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Une toile créée par un logiciel d'intelligence artificielle est-elle une oeuvre d'art? La maison d'enchères Christie's veut contribuer au débat, en proposant pour la première fois aux enchères jeudi à New York un tableau créé par algorithme.

De loin, la toile intitulée «Portrait d'Edmond de Belamy», dans son cadre doré, ressemble à de nombreux portraits du XVIIIe ou XIXe siècle, avec un homme représenté de trois-quarts, en veste noire et col blanc.

De près, elle est intrigante: visage flou, inachevé, avec pour toute signature, en bas à droite, une formule mathématique.

Pierre Fautrel, membre du collectif français Obvious, a conçu le portrait avec pour objectif de démocratiser la création via l'intelligence artificielle. Pour réaliser cette toile, explique-t-il, il a fallu nourrir un logiciel de 15'000 portraits classiques, du XIVe au XXe siècle.

Le logiciel a ainsi appris à «comprendre les règles du portrait», explique M. Fautrel. Grâce à un nouveau type d'algorithme mis au point par un chercheur de Google, Ian Goodfellow, il a ensuite généré lui-même une série de nouvelles images.

Les trois membres d'Obvious en ont choisi onze, composant la «famille Belamy», Belamy étant une traduction de Goodfellow, en hommage au chercheur.

«Comme la photographie des débuts»

Pour M. Fautrel, 25 ans, la démarche est clairement artistique.

«Même si l'algorithme crée l'image, c'est nous qui avons l'intention», dit-il. «On s'en sert comme d'un outil, très puissant, avec peut-être une forme de créativité. Mais les gens qui ont décidé de faire ce sujet, c'est nous. Ceux qui ont décidé d'imprimer sur de la toile, la signer d'une formule mathématique, mettre un cadre en or, c'est nous».

Il compare les créations issues de l'intelligence artificielle à la photographie des années 1850.

Les critiques disaient que «c'était flou, qu'il fallait des ingénieurs très qualifiés, que ce n'était pas de l'art et que ça détruirait les artistes», même si par la suite il a été reconnu que la photographie n'était qu'un simple outil, fait-il valoir.

Reste que pour l'instant, le débat est vif, souligne Richard Lloyd, responsable des imprimés chez Christie's.

Instigateur de cette première vente aux enchères, M. Lloyd dit avoir avant tout voulu alimenter la discussion, à une époque où de plus en plus d'artistes s'intéressent à l'intelligence artificielle.

C'est en partie pour ça que la toile a été estimée entre 7.000 et 10.000 dollars: «pour que les gens la prennent au sérieux, sans être dissuadés», explique-t-il à l'AFP.

«Quelles implications?»

Son choix s'est porté sur un portrait de la famille Belamy car, comparé à d'autres créations de l'intelligence artificielle, la toile était «beaucoup plus proche de ce que nous produisons en tant qu'humains», détaille-t-il.

«J'ai pensé qu'on était d'une certaine façon à un tournant», poursuit-il. «En le faisant entrer chez Christie's, à l'épicentre du monde de l'art traditionnel, on donnait une chance à tout le monde de se demander ensemble: Qu'est ce que ça veut dire? Quelles sont les implications pour le monde de l'art?»

Le débat ne fait que s'ouvrir, et par exemple beaucoup de questions juridiques restent à trancher, remarque-t-il. Le collectif en est-il l'auteur, ou est-ce l'algorithme? Des droits d'auteur peuvent-ils être perçus pour sa reproduction?

Quelles que soient les réponses, M. Fautrel estime que la vente aux enchères va changer la vie du collectif, car il sera désormais «publiquement reconnu que nos oeuvres valent à peu près le prix de l'estimation».

Quant à Richard Lloyd, il est certain que ce type de créations va se multiplier.

«Les artistes sont prompts à adopter les technologies. Ils vont s'emparer de l'intelligence artificielle, qui va proliférer et faire sentir ses effets de nombreuses façons, étranges et magnifiques», prévoit-il.

Bientôt, peut-être, chacun pourra se faire fabriquer son propre tableau en nourrissant un logiciel de multiples exemples de ses tableaux préférés. «Un privilège réservé autrefois uniquement aux très riches». (afp/nxp)

Créé: 25.10.2018, 08h34

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