Samedi 21 septembre 2019 | Dernière mise à jour 21:18

BD Pico Bogue, le héros qui nous ébouriffe avec ses mots

Le personnage créé par Dominique Roques et Alexis Dormal a conquis le cœur du public. Rencontre. avec un duo d'auteurs pas comme les autres.

Dans cet album, on pleure parfois de tristesse, mais aussi souvent de rire.

Dans cet album, on pleure parfois de tristesse, mais aussi souvent de rire. Image: Roques-Dormal/Dargaud

Pico Bogue

«L'heure est grave» Tome 11
Par Dominique Roques
et Alexis Dormal
Ed. Dargaud
48 pages

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En un peu plus de 10 ans, Pico Bogue a su se faire une jolie place parmi les enfants héros de BD. Mais, contrairement à des Cédric ou autres élèves Ducobu, ce personnage ne s'adresse pas en premier lieu aux enfants (même si ceux-ci le lisent aussi). Il est plus proche des Mafalda, Charlie Brown ou Calvin et Hobbes. Ses auteurs ne cachent pas que c'était d'ailleurs leurs références pour créer Pico. «Nous les admirons, mais ils atteignent de tels sommets que je n'imaginais pas possible de créer notre propre série dans ce genre-là, de pouvoir faire nous-mêmes des BD que nous aimerions lire», avoue Alexis Dormal, le dessinateur.

Alexis Dormal et Dominique Roques, un duo de BD composé d'une maman et de son fils. Photos Rita Scaglia/Dargaud

Et pourtant, avec sa mère, Dominique Roques, ils ont réussi. Car oui, c'est sa maman qui a créé Pic Bogue pour, dit-elle, «donner du travail à mon fils». Après des études de cinéma et de dessin animé, Alexis souhaitait en effet se tourner vers l'illustration et la BD, qui lui semblaient plus naturelles pour lui. Encore fallait-il trouver une bonne histoire. Et c'est en voyant dans la poubelle de son fils le dessin d'un gamin à la grosse tignasse que Dominique a eu le déclic. «Je l'avais jeté, car je lui avais fait cette lèvre supérieure rebondie, comme moi à 3 ans sur une photo, explique Alexis. Mais on devrait toujours garder ses dessins et les regarder quelques jours plus tard, pour voir si on les déteste ou si on les aime toujours.»

Tête de châtaigne

Pour le nom de Bogue, Dominique s'inspire des cheveux, qui ressemblent aux bogues d'une châtaigne, hérissée de piquants. Et Pico vient d'une expression tirée de l'«Exobiographie» de l'écrivain René De Obaldia, «Pico de oro», qui veut dire bec d'or, beau parleur ou celui qui est bon avec les mots, en espagnol. Car oui, Pico Bogue ne parle pas comme un enfant. Il n'est que l'interprète des extraordinaires dialogues que lui écrit Dominique Roques.« J'adore les mots, je les ai toujours aimés», reconnait-elle avec enthousiasme. Et c'est avec leur logique, leur sens propre ou figuré (un deuxième album de «L'étymologie avec Pico Bogue» sortira d'ailleurs cet automne) ou même avec leurs absurdités que Pico et sa petite sœur Ana Ana tentent d'avoir entre eux, avec leurs parents, leurs copains ou le marchand de bonbons... eh bien, le dernier mot justement. Sauf que dans l'univers de Pico Bogue, tout le monde sait manier la langue comme un fleuret qui fait mouche. Ce qui nous réserve de belles joutes verbales.

Des sketches plus longs

«Nous ne racontons pas la vie de ces enfants, nous parlons de nous, des épreuves de nos vies, de choses qui parlent, on l'espère, à tout le monde», dit Dominique. «Ma mère sculpte la grammaire linguistique et moi je sculpte les dessins sur la base de ses textes, explique Alexis. J'adore monter ces récits en sketches, alterner les sujets, créer des contrastes. Les gags sont un peu comme des haïkus, ces courts poèmes japonais.»

Pico, un pauvre au royaume des friandises. Roques-Dormal/Dargaud

Sauf que dans ce 11e tome, certaines histoires courent sur plusieurs pages. «Oui, il s'agissait de faire durer un certain sentiment un peu plus longtemps», explique Dominique. Car, comme le titre de cet album l'indique, Pico va être confronté à une certaine gravité et à l'idée que ses proches vont mourir un jour. Rassurez-vous, aucun risque de déprime pour le lecteur, surtout que les tentatives de Pico pour extorquer des bonbons au marchand font également l'objet de sketches plus longs. De vraies friandises.

Pico Bogue ravit donc les amoureux de la langue, séduit par son dessin au pastel d'une rafraîchissante légèreté et enchante par ses trouvailles graphiques. Comme cette chute de gags à répétition où Ana Ana (qui a sa propre série) et sa copine se roulent par terre, littéralement, en riant de leurs bons mots. «J'avais adoré la scène du «Combat des chefs» d'Astérix où les druides tombent en arrière tellement ils rient», dit Alexis. Encore une bonne référence.

Quand Ana Ana et sa copine rigolent, c'est pour de bon! Roques-Dormal/Dargaud

Créé: 07.05.2019, 17h54

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