Samedi 19 octobre 2019 | Dernière mise à jour 13:47

BDFIL Rentrée BD: les Nombrils, un bijou et un missionnaire suisse

Profitez du festival lausannois pour aller acheter les derniers albums ou précipitez-vous chez votre libraire, il y a des pépites.

Les vacheries des Nombrils sont toujours d'une rare cruauté. C'est pour cela qu'on les aime.

Les vacheries des Nombrils sont toujours d'une rare cruauté. C'est pour cela qu'on les aime. Image: Delaf et dubuc/Ed. Dupuis

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Les vacheries des Nombrils

Honneur, aux filles, même si celles-ci ne le méritent pas vraiment. Le duo québécois Delaf et Dubuc nous régale depuis des années avec les aventures de ces trois adolescentes, deux chipies égocentriques (et canons) et leur copine souffre-douleur. Des personnages qui se sont bien développés au fil des albums. Mais pour la deuxième fois, les auteurs nous proposent de faire un pas de côté, avec un recueil de gags, tous ayant un rapport avec l'infinie cruauté dont fait preuve le duo terrible. Cruel, oui, mais terriblement drôle.

«Les vacheries des nombrils: une fille en or» T. 2, par Delaf et Dubuc, Ed. Dupuis, 48 pages


Capitão

Connaissez-vous l'histoire des missionnaires suisses et plus particulièrement vaudois au Mozambique? Stefano Boroni et Yann Karlen, eux, se sont intéressés aux liens tissés entre ces deux pays et nous livrent, avec ce récit, une synthèse des vies d'André Clerc, Henri-Alexandre Junod et Georges-Louis Liengme. Ces missionnaires rassemblés ici en un seul, un vieil alcoolique qui, dans un bar de Lourenço Marques (devenu Maputo), se remémore comment il a vécu aux côtés du dernier roi zoulou. Un récit embrumé qui va enflammer le jeune serveur, un certain Eduardo Mondlane qui, plus tard, libérera son pays du colon portugais. C'est passionnant, instructif, très bien raconté et Stefano Boroni fait preuve d'une imagination graphique épatante pour faire vivre ce récit. L'album et l'histoire des missionnaires suisses et vaudois font l'objet d'une expo à BDFIL.

«Capitão» de Stefano Boroni et Yann Karlen, Ed. Antipodes, 113 pages


L'humain

Robert et June ont un projet fou: se placer en hibernation en orbite autour de la Terre pour y revenir dans 500 000 ans, quand l'humanité aura disparu. Ainsi, aidé par leurs robots, ils pourront repeupler la planète pour donner un nouveau (et meilleur selon eux) départ à la race humaine. Sauf que rien ne va se passer comme prévu, à commencer par leur propre nature. Signé par un duo argentin, cet album propose une histoire étonnante servie par un graphisme efficace et puissant, avec une mise en couleur au minimalisme subtil. Luca Varela est présent à BDFIL pour dédicacer.

«L'humain» de Luca Varela et Diego Agrimbau, Ed. Dargaud, 144 pages


Bijou

Voilà un album qui porte bien son nom, puisque c'est un véritable bijou. Fred Bernard raconte comment un diamant, découvert en 1907 dans une mine sud-africaine puis transformé en bijou va passer de main en main durant un siècle. On y croise des personnages fictifs et des figures historiques, autant des destins qui chevauchent de grands événements, du naufrage du Titanic au décès d'Alain Bashung, le tout raconté avec un certain détachement raffiné. Des textes qui collent donc parfaitement aux dessins (deux par pages seulement, comme de grandes cartes postales) de Loustal. C'est beau, c'est prenant, cela se déguste comme un Martini dry sur la terrasse d'une somptueuse villa de la côte d'Azur: bref, un bijou, comme on l'a dit.

«Bijou» de Loustal et Fred Bernard, Ed. Casterman, 72 pages


Tremen

C'est un album étonnant, magnifique, étrange, angoissant et jubilatoire. Sans aucun dialogue ni récitatif, Pim Bos nous plonge dans un monde en noir et blanc, ou noir et gris plutôt, avec des personnages aux visages en masque blanc avec des yeux en boutons de culotte ou des lunette de soudeur façon Minion. Mais ils n'ont rien de mignons et rappellent bien davantage «Le cri» de Munch. Des paysages désolés, des montures prise-électrique, c'est quasi indescriptible: il faut contempler les dessins, en prendre plein la tronche et se laisser emporter.

«Tremen» de Pim Bos, Ed. Dargaud, 60 pages


Faut pas prendre les cons pour des gens

Quel merveilleux titre! Et qui donne parfaitement le ton de cet album à l'humour absurde dans lequel les profs sont remplacés par des distributeurs à diplôme, où l'on peut faire son autopsie de son vivant (pour gagner du temps) et où les hold-up se font par téléphone. C'est si délicieusement délirant que rien ne vaut une bande-annonce pour en parler:

«Faut pas prendre les cons pour des gens» d'Emmanuel Reuzé et Nicola Rouhaud, Ed. Fluide Glacial, 53 pages


La fin du monde en trinquant

Le tire laisse présager d'un fatalisme joyeux ou d'une ivresse du désespoir, façon âme russe. Et cela tombe bien, puisque nous y sommes, en Russie. Un astronome tente de convaincre la grande impératrice Catherine qu'une météorite va détruire une partie de la Sibérie et de ses habitants. Mais la seule personne qu'elle accepte de dépêcher sur place, c'est justement le savant, flanqué de son incapable d'assistant. Et les villageois menacés ne vont pas les accueillir en sauveurs, mais en otages de choix, car les bougres sont aussi mauvais l'un que l'autre. Avec ses personnages animaliers, Krassinski nous raconte une fable cynique et au goût de vodka qui réussit à nous enivrer aussi.

«La fin du monde en trinquant» de Krassinski, Ed. Casterman, 229 pages

Michel Pralong

Créé: 13.09.2019, 09h59


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