Vendredi 13 décembre 2019 | Dernière mise à jour 08:23

BD Après «Temps présent», Eric Burnand se met au temps passé

L'ex-journaliste de la RTS signe un premier scénario épatant pour cet album dessiné par Fanny Vaucher: une relecture de la Suisse du XXe siècle.

Fanny Vaucher et Eric Burnand publient «Le siècle d'Emma».

Fanny Vaucher et Eric Burnand publient «Le siècle d'Emma». Image: DR

Le siècle d'Emma

«Une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle»
Par Eric Burnand et Fanny Vaucher
Ed. Antipodes
207 pages
Les auteurs dédicaceront le 12 décembre de 17 à 19 h à la librairie La Fontaine à Vevey
et le 14 décembre de 10h30 à 12h chez Payot à Lausanne

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Les Romands connaissent bien le visage d'Eric Burnand. Entré à la RTS (la TSR à l'époque) à 23 ans, le journaliste a travaillé pour «Tell Quel», «Table ouverte» ou encore «Mise au point». Mais c'est au magazine «Temps présent» qu'il aura le plus goûté, puisqu'il y a participé à ses débuts, y est revenu après son passage à «L'Hebdo» et y a fini. Car depuis 2 ans, les téléspectateurs ne le voient plus. À 64 ans, il a quitté la tour de la RTS, après plus de 40 ans de métier.

L'idée pour une série télé

Aujourd'hui, il est de retour, là où on ne l'attendait pas. Dans la BD. Il signe le scénario du «Siècle d'Emma», dessiné par Fanny Vaucher. Le sous-titre dit tout: «Une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle». Si l'on connaissait le goût pour l'histoire d'Eric Burnand, on ignorait ses accointances avec le 9e Art. «J'ai toujours aimé la BD, mais «Le siècle d'Emma» n'avait pas été pensé pour ce support, nous explique-t-il. Quand je travaillais encore à la RTS, j'ai écrit le synopsis d'une série télé: l'histoire d'une famille dans la Suisse du siècle passé, que l'on suivait aux quatre coins du pays à quatre époques différentes. Cela ne s'est jamais réalisé, notamment en raison des coûts de production que cela aurait impliqué.»

Une fois «retraité», il repense à cette histoire et, épaulé par le dessinateur Chappatte, à qui il loue un bureau, se dit qu'il pourrait en faire une BD. C'est un autre dessinateur, Tom Tirabosco, qui l'aiguille vers Fanny Vaucher. L'autrice de «Pilules polonaises» ou encore de la série jeunesse «Paprika» aime les thèmes historiques et sociaux, mais s'inquiète que son graphisme fasse justement un peu trop jeunesse pour cet album. Eric Burnand la rassure. «Son dessin est un parfait contraste avec un propos un peu dur.»

Une saga familiale passionnante

C'est exactement cela. Passé une première impression d'un trait un peu simpliste, on se laisse totalement emporter par ce graphisme d'une grande lisibilité et qui se met totalement au service du récit. Pareillement, si l'on pouvait craindre de prime abord une histoire trop académique (voire carrément ennuyeuse), ce n'est absolument pas le cas. Le scénario d'Eric Burnand aurait pu faire une excellente saga filmée, comme l'avait été «Nos meilleures années» pour l'Italie. Il fait une excellente BD. Car l'auteur mêle très habilement la vie intime de cette famille fictive aux événements historiques suisses. «Nous avons été extrêmement rigoureux sur le plan factuel», confirme-t-il.

Ainsi, Emma la fictive se retrouve fiancée à Marius Noirjean, ouvrier horloger qui fut l'une des trois victimes réelles de la grève de Granges en 1918. Son frère, Franz, sera séduit par les thèses nazies lors de la Seconde guerre mondiale. Et sa petite-fille, Véronique, participera à la manif contre la centrale nucléaire de Kaiseraugst en 1975.

L'histoire débute à Granges, lors de la grève de 1918. Vaucher/Burnand/Antipodes

Eric Burnand trouve le moyen d'aborder subtilement les problématiques de ce XXe siècle. Comme le neveu d'Emma qui tombe amoureux d'une jeune veuve italienne, saisonnière, et qui veut l'épouser et adopter son enfant. Mais problème, il est mineur: à l'époque, la majorité était en effet à 20 ans. Et en fil rouge de tout l'album, on retrouve l'émancipation des femmes, raison de plus pour dire que ce siècle aura été celui d'Emma, car pour les femmes, beaucoup de choses auront changé, même si ce fut lentement.

Impressionné, enfant, par les baraquements des ouvriers saisonniers, Eric Burnand revient sur les discriminations dont ils étaient victimes. Vaucher/Burnand/Antipodes

L'album est émaillé de notices biographiques des personnages historiques, mais certains en ont plusieurs, car leurs rôles changent. Ainsi Henri Guisan, briseur de grève à Zurich en 1919, opposé au syndicaliste Ernst Nobs qui sera emprisonné. Nobs qui sera le premier conseiller fédéral socialiste en 1944 et qui aura pour défendre la Suisse face aux nazis un général, nommé Guisan.

Burnand à Kaiseraugst

Eric Burnand a placé quelques souvenirs personnels dans son histoire, puisqu'il a manifesté à Kaiseraugst, «même si je n'y suis pas resté camper». Il aura aussi appris à se plier à la BD, «Emma m'a fait enlever du texte pour laisser place à l'image». Il a visiblement pris goût au genre puisqu'il en prépare un autre album, inspiré par une véritable histoire d'espionnage à Berne, qui sera dessinée cette fois par le Valaisan Matthieu Berthod.

D'ici-là, laissez-vous emporter par la saga de la famille d'Emma. Elle va vous faire revivre les turbulences d'une histoire suisse que l'on voit trop souvent à tort comme un fleuve tranquille.

Michel Pralong

Créé: 29.11.2019, 08h50

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