Mardi 19 novembre 2019 | Dernière mise à jour 11:47

BD Zep et Bertail nous téléportent à Paris, dans un siècle

Le duo imagine un futur angoissant dans une capitale française digne des visions de Moebius, Bilal et Mézières.

«Paris 2119»
Par Zep et Bertail
Ed. Rue de Sèvres
80 pages
En librairie

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Dommage que les auteurs de BD romands ne fassent pas davantage de science-fiction. Cela nous permettrait de découvrir des Genève, Lausanne, Sion ou Neuchâtel futuristes. Paris, en revanche, a déjà été transportée dans l'avenir par de nombreux dessinateurs français. Et Zep est certes genevois, mais il passe beaucoup de temps dans la capitale française. De plus, le créateur de Titeuf est, sur ce «Paris 2119», scénariste, pas dessinateur. Il a certes réalisé le story-board de cette histoire, mais surtout pour donner le rythme et la mise en scène du récit. La création visuelle des personnages, des costumes et, donc, des décors, il l'a laissée au dessinateur français Dominique Bertail, avec qui il a déjà travaillé sur la série «Infinity 8».

Or Bertail est friand des visions futuristes de Paris qu'ont eues ses illustres prédécesseurs. Adolescent, il découvre ce que font de la capitale Moebius dans «Le garage hermétique», Bilal dans «La foire aux immortels» et Mézières dans l'album de Valérian, «Métro Châtelet direction Cassiopée». Quand il monte à Paris pour la première fois, il se rend même sur les lieux que ces grands auteurs ont projeté dans le futur. Normal donc que, dans «Paris 2119», on a parfois, au détour d'une case, comme une impression de déjà-vu, comme si un fragment de Bilal ou de Mézières s'était détaché pour atterrir ici. Pour Moebius, c'est encore plus évident.

Des lapsus de dessin

«C'est une influence que j'avais essayé de dissimuler dans mes albums «Ghost Money», en mettant du Japon dans mon graphisme. Là, je la laisse davantage ressortir, même s'il y a des lapsus. Quand j'ai voulu dessiner une capuche à mon héros est apparu le costume d'Arzak de Moebius. Ce n'était pas prévu, contrairement à une case qui est clairement une référence au «Garage hermétique».

Ce héros, il s'appelle Tristan Keys. Dans ce Paris du futur, en partie déglingué, mélange de ruines et d'architectures futuristes, il fait de la résistance face à certaines nouvelles technologies, comme la téléportation. On peut, grâce à des cabines, se faire projeter dans d'autres lieux, même à l'autre bout du monde. Mais Tristan, lui, préfère le métro, que seul les nostalgiques utilisent encore. «La téléportation, c'est un classique de la scence-fiction, explique Zep mais elle est souvent présentée dans les histoires comme acquise, sans réellement réfléchir à ses implications. Dans ce récit aussi, tout le monde (ou presque) l'applaudit, sans chercher à savoir ce qu'il y a derrière. Comme pour les inventions technologiques actuelles, les smartphones et les réseaux sociaux: c'est formidable, mais sait-on vraiment ce qu'on fait de nos données?»

Une histoire humaine

En tant que scénariste, Zep ne se perd pas dans un futur qu'il imaginerait de bout en bout. «On ne sait pas qui gouverne ce futur, ni comment on en est arrivé à la situation actuelle. J'essaie de décrire quelques évolutions technologiques possibles, comme une drogue qui permet de se projeter dans un film. Le divertissement aujourd'hui est de plus en plus immersif, alors pourquoi pas à l'avenir une substance qui s'attaquerait directement au cerveau pour faire croire qu'on vit dans une fiction. Mais je n'abuse pas de ces descriptions, cela reste avant tout une histoire humaine.»

Et d'amour. Tristan, à la peau si blanche, aime Kloé qui est d'un noir ébène. Un contraste visuel d'autant plus saisissant que, alors que les autres personnages sont dessinés au crayon, elle, est peinte. «Mais elle fut très délicate à trouver et, comme un film dans lequel la star n'arrive qu'à la fin, j'ai dessiné ses scènes en dernier, explique Bertail. Il fallait qu'elle ait ce côté inaccessible.»

Décorations d'intérieur, bâtiments, véhicules, baleines et requins flottants: «J'ai pris mon pied avec tout», s'enthousiasme Bertail. Zep, lui, quand il est scénariste, est heureux de voir son récit se transformer sous les crayons d'un autre: «L'histoire se met à vivre différemment.»

Quant au lecteur, il est d'abord emporté par la beauté graphique de cet univers et des personnages, avant d'être accroché par le suspense concocté par Zep. Un séjour dans le futur qui vaut le détour. Après ce récit commun qui est un one-shot, les deux auteurs retournent chacun de leur côté, Bertail pour préparer un 2e tome de «Mondo Reverso». Et Zep un nouveau «Happy Sex».

Créé: 01.02.2019, 15h28

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