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Rome L'avenir des studios Cinecittà inquiète

Les employés sont en grève. Ils sont soutenus par des réalisateurs internationaux, du Britannique Ken Loach au Français Claude Lelouch, qui mènent campagne à leurs côtés.

Un décor de film à Cinecittà.

Un décor de film à Cinecittà. Image: AFP

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Une promenade dans les studios de Cinecittà à Rome - du Florence de la Renaissance au New York du 19e siècle - est un voyage à travers une histoire du cinéma mondial qui, selon ses employés en grève, est menacée de disparaître à jamais.

L'objet du litige est un projet de modernisation prévoyant l'éclatement des studios en plusieurs points non loin de la capitale, avec un nombre croissant de sous-traitants, et la construction d'un hôtel destiné aux équipes de tournage. Une façon, selon les promoteurs du projet, de rendre à Cinecittà sa vocation internationale.

Mais selon les représentants des quelque 220 salariés des studios, le plan pourrait entraîner la suppression de postes d'ingénieurs du son, de concepteurs de décors et de costumiers qui ont des décennies d'expérience.

Certains ont travaillé avec Federico Fellini qui y tourna de nombreux films, de «Casanova» à «La nave va»..., ou bien Martin Scorsese, qui y a planté le décor de «Gangs of New York», dont certaines façades sont encore intactes.

L'activité continue

«C'est un morceau d'Italie qui s'écroule. Ils utilisent la crise économique pour leurs propres intérêts», affirme Roberto Casula, 53 ans, ingénieur du son, employé de Cinecittà depuis 28 ans, en vendant des T-shirts devant le piquet de grève.

Les protestataires, qui vivent sous des tentes devant le bâtiment, menacent de rester sur place jusqu'à ce que la direction abandonne son plan.

Toutefois, l'activité - visite touristique des studios, tournage...- continue sur le site de 40 hectares, avec des sous-traitants.

A l'angle d'une fausse rue de la Rome de la Renaissance, des dizaines de figurants, vêtus de haillons pour la célèbre série américaine «Les Borgias», dévorent des sandwiches et fument pendant une pause.

Dans une autre zone, une équipe technique s'affaire autour des acteurs pour le tournage d'une scène du «Médecin de famille», un feuilleton télévisé très populaire en Italie, tourné à Cinecittà depuis 14 ans.

Construits sur ordre de Mussolini

Les studios de Cinecitta ont été construits en 1937 sur ordre du dictateur fasciste Benito Mussolini pour rivaliser avec les grands studios hollywoodiens d'alors. Ils ont connu leur plus grande gloire avec le tournage de grosses productions comme «Ben Hur» et «Cléopatre» avec des milliers de figurants.

La zone est restée quasi inchangée depuis, les méthodes de travail artisanale de ses salariés sont jugées surannées par la direction, et de moins en moins de films - qu'il s'agisse de télévision ou de cinéma - y sont tournés.

Constructeur de décor, Francesco Mancini, 49 ans, a commencé à y travailler en 1984 avec Fellini. Il faisait alors partie d'une équipe de 45 peronnes. Maintenant, ils ne sont plus que six. Et à présent, il est surtout appelé pour reconstruire des décors de supermarchés ou de parcs à thème. Rien à voir avec le cinéma.

«J'ai appris le métier avec quelqu'un de plus âgé que moi. Mais maintenant personne ne prendra ma suite, plus personne ne fera ce boulot», déplore-t-il.

Développer les services

Selon lui, la direction veut se concentrer sur l'activité non cinématographique et déplacer l'activité hors de Rome avec des employés précaires.«Ils cherchent juste à nous mettre dehors», poursuit Francesco Mancini, qui gagne quelque 1100 euros (1300 francs) par mois.

Des allégations qualifiées d'«absolument fausses» par le patron des studios Cinecittà, Luigi Abete, qui est aussi président de BNL, l'une des plus importantes banques italiennes.

«Si nous voulons rester sur le marché et attirer des productions internationales, nous devons développer nos services, comme les autres studios», déclarait dans une récente interview Luigi Abete qui a acheté Cinecittà lors de sa privatisation dans les années 1990.

Il défend sa décision de construire sur le site un hôtel et un centre de remise en forme.

«Ou nous restons en phase avec le monde extérieur ou nous restons immobiles pendant que tout change dehors et nous risquons vraiment de fermer», argumente-t-il, jugeant la position des syndicats «absurde et rétrograde».

L'association des réalisateurs italiens a adressé une lettre ouverte au président de la République Giorgio Napolitano, signée par de grands metteurs en scène internationaux et louant «l'extraordinaire professionalisme» des artisans de Cinecittà. (afp/nxp)

Créé: 23.07.2012, 08h11

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