Lundi 21 janvier 2019 | Dernière mise à jour 21:19

Cinéma Dolph Lundgren: «Mon père nous battait ma mère et moi»

Adversaire redoutable de Stallone dans «Rocky IV», le colosse suédois retrouve le rôle emblématique de sa carrière dans «Creed II». Et exorcise ainsi un traumatisme d’enfance. Rencontre.

«Je voulais être en forme parce qu’Ivan Drago est le genre de gars qui est toujours en forme», raconte l'acteur de 61 ans.

«Je voulais être en forme parce qu’Ivan Drago est le genre de gars qui est toujours en forme», raconte l'acteur de 61 ans.

«Creed II», États-Unis, 130'. De Steven Caple Jr. Avec Michael B. Jordan, Sylvester Stallone, Tessa Thompson, Phylicia Rashad, Dolph Lundgren.
En salle le 9 janvier.

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En 1985, Dolph Lundgren envoyait Sylvester Stallone au tapis et à l’hôpital après un direct à la poitrine un peu trop vigoureux sur le tournage de «Rocky IV». En incarnant le redoutable boxeur russe Ivan Drago, le champion de karaté suédois – introduit dans le showbiz par sa copine Grace Jones - devint une star mondiale du jour au lendemain.

À 61 ans, il retrouve le rôle emblématique de sa carrière dans «Creed II», où un Drago lessivé et revanchard joue son va-tout en entraînant sans pitié son rejeton (Florian Munteanu) pour combattre Adonis Creed (Michael B. Jordan), le fils de celui qu’il tua autrefois sur le ring. Tout sauf méchant, le colosse blond se confie avec humour et sincérité dans un palace londonien.

Avez-vous sauté sur l’occasion de reprendre ce rôle?

Non, j’ai dû réfléchir un peu. Le personnage est iconique et a été bon pour moi mais je craignais de jouer à nouveau un méchant sans relief. La qualité du scénario et le talent du réalisateur m’ont rassuré. Et puis, j’ai trouvé Florian balèze, suffisamment dur et bon acteur donc c’était tout bénef pour moi.

Quel souvenir gardez-vous de «Rocky IV»?

Celui d’une formidable aventure. À l’époque, je faisais du karaté mais j’étais aussi ingénieur chimiste et je comptais faire carrière dans ce domaine. Et puis j’ai rencontré Grace Jones, fait la connaissance de Stallone, d’Andy Warhol et de quelques autres personnalités et soudain, je me suis retrouvé dans le showbiz.

Comment votre relation avec Stallone a-t-elle évolué en trente ans?

Quand je l’ai rencontré, «Rambo II» cartonnait au box-office et il était probablement la plus grande star de cinéma du monde. J’étais juste un gamin suédois qui n’avait pas fait de film, juste secoué des éprouvettes et combattu sur le ring. Au fil du temps, j’ai gagné en expérience, on a joué trois fois ensemble dans la saga «Expendables», nous sommes devenus amis et nos filles – j’en ai deux, lui trois – sont copines à Hollywood. Ce qui est intéressant avec «Creed II», c’est que nous sommes juste deux acteurs dirigés par un réalisateur. Cela nous a rapprochés, pas personnellement mais en tant que comédiens.

Vous l’aviez envoyé à l’hôpital sur le tournage de «Rocky IV»…

J’en suis navré. Je ne sais pas si c’était vraiment de ma faute. Si c’est le cas, cela n’a pas trop dû lui plaire. C’est peut-être pour ça qu’il ne m’a plus donné de nouvelles pendant dix ans après ça!

Avez-vous suivi un entraînement spécial pour «Creed II»?

Je voulais être en forme parce qu’Ivan Drago est le genre de gars qui est toujours en forme. Il est fauché et n’a pas les moyens de se payer un abonnement au fitness alors il soulève des rocs ou des bûches en Russie. J’ai invité Florian à s’entraîner avec moi et on a appris à se connaître en tant qu’hommes en plus de partenaires d’entraînement.

Quel type d’entraînement?

Ce gars est plus balèze et jeune que moi, très fort, et j’ai trouvé ça intéressant. Quand je m’entraîne avec les gars des «Expendables», c’est OK mais beaucoup ont le même âge que moi. Florian est comme une version plus jeune de moi et m’a fait réaliser que j’ai vieilli mais j’ai essayé de tenir la route. Ce qui était cool sur ce tournage, c’est d’être entouré de jeunes plutôt que d’écouter Sly et Arnold comparer la taille de leurs montres. (Ndlr.: Il imite la voix d’Arnold Schwarzenegger): «La mienne est plus grosse que la tienne.» J’ai trouvé cette nouvelle énergie revitalisante.

Avez-vous puisé dans votre propre expérience pour jouer ce rôle de père dur?

J’ai eu une relation très conflictuelle avec mon père. Cela ne veut pas dire que je ne l’aimais pas. On aime nos parents, quoi qu’ils nous fassent. Mon père était violent avec moi quand j’étais jeune. J’ai donc pu utiliser mon expérience de cette relation très compliquée pour ce rôle. C’est totalement inattendu et dingue que je puisse m’inspirer de ce que j’ai vécu lorsque j’étais gosse pour incarner Ivan Drago.

Votre père vous battait?

Oui, il nous battait beaucoup, ma mère et moi. Quand une personne qu’on aime nous bat et qu’on ne se sent pas en sécurité, on agit comme un soldat. Quand un soldat se réveille le matin et ne sait pas s’il va survivre la journée, il va souffrir de stress post-traumatique. C’est un trouble dont on souffre aussi quand on vit une situation comme la mienne quand j’étais enfant. J’ai réglé ça en suivant une thérapie ces 5 à 10 dernières années. Et quand j’ai terminé, j’ai reçu ce beau cadeau du réalisateur Steven Caple Jr et de Sly Stallone et pu utiliser mon énergie de manière positive.

C’est à cause de votre père que vous avez fait du karaté?

Exactement. Si vous parlez à des boxeurs, des flics et des soldats, ils sont nombreux à avoir eu souvent des rapports conflictuels avec leur père. Cela a été le petit truc en plus qui les a poussés à faire des choses dingues.

Votre carrière connaît un nouvel élan. Vous y attendiez-vous?

Non. Je ne sais pas jusqu’où cela va me mener mais manifestement je joue dans deux films qui ont un grand succès. Cela ne m’était jamais arrivé avant. J’ai bossé dur et je savais quelque part en moi que je devais surmonter ce traumatisme avec mon père pour que ma carrière puisse peut-être changer.

«Aquaman» a aussi été un challenge pour vous?

Physiquement, oui, parce que tout a été tourné sous l’eau. On vous suspend à des câbles et des harnais qui ont la même taille pour tout le monde. Quand on est balèze, ils font très mal aux parties intimes. Mieux vaut avoir eu ses enfants avant de subir ça 3 à 4 heures par jour! (Le Matin)

Créé: 07.01.2019, 19h47

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