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Cinéma Pour François Damiens, la surdité est une identité

François Damiens joue un fermier sourd et muet dans «La famille Bélier», une plaisante comédie d’Eric Lartigau. Rencontre et explications.

Le lancement de la Famille Bélier

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Et si c’était lui le Père Noël? Un doux géant belge qui s’apprête à semer le rire et la tendresse dans les cœurs du peuple des salles obscures. François Damiens est cette semaine l’une des attractions principales de «La famille Bélier», le nouveau film d’Eric Lartigau («Prête-moi ta main», «L’homme qui voulait vivre sa vie»). Dans ce «feel good movie» pleinement assumé, le natif d’Uccle (une des 19 communes que compte Bruxelles) incarne Rodolphe Bélier, un agriculteur de Mayenne marié à Gigi, sourde et muette comme lui. Le couple a deux enfants, un garçon sourd et muet lui aussi, ainsi qu’une fille «entendante» prénommée Laura. Cette dernière sert de lien avec l’extérieur et permet à la petite famille de mener une existence relativement paisible. Mais un jour, le professeur de chant de Laura, fasciné par son potentiel vocal, la persuade de s’inscrire au concours de Radio France. Un petit événement qui va, on s’en doute, bouleverser le quotidien des Bélier…

Pour incarner le coriace Rodolphe, Damiens, joint au téléphone dans sa chambre d’hôtel parisien, explique qu’il a, tout comme sa complice Karin Viard, appris durant six mois le langage des sourds avant de se présenter sur le plateau de tournage: «Ça valait la peine de souffrir un peu parce que Rodolphe Bélier est un personnage qui me plaît énormément. Un gars tellement orgueilleux qu’il en devient touchant. Pour lui, la surdité n’est pas un handicap mais une identité!»

Un personnage pudique

L’acteur marque une pause et reprend: «Jouer un tel personnage revenait un peu à se balader sur un fil tendu à plusieurs mètres du sol. C’était difficile de ne pas parler, mais pire encore de s’interdire d’entendre. Le piège à éviter, c’était de compenser ça par la gestuelle…» Sur son metteur en scène, Damiens ne tarit pas d’éloges: «J’avais très envie de travailler avec lui. Comme moi, il adore la comédie, mais pas à n’importe quel prix.» On avoue à notre interlocuteur qu’on a eu plaisir de découvrir qu’il pouvait former un couple de cinéma harmonieux avec Karin Viard, actrice qui faisait subir les derniers outrages à son personnage dans «Rien à déclarer» de Dany Boon. Il se marre: «C’est vrai que dans le film de Dany, j’en prenais plein la tronche. En vérité Karin et moi sommes parfaitement complémentaires dans le jeu. Elle est mon opposé, ce qui permet d’arriver à un certain équilibre…» Comme souvent sur l’écran large, François Damiens campe un individu pudique et nuancé qui se situe à des années-lumière des personnages d’abrutis dont il nous régale dans ses fameuses caméras cachées. «Au cinéma, j’affiche la plupart du temps ma vraie nature. Dans mes caméras cachées, je suis beaucoup plus frontal. Je joue tout ce que je ne suis pas. Je fais tout ce que je n’aimerais pas qu’on me fasse. Mes personnages sont graves, c’est sûr!»

Un DVD de ses plus récents exploits sort d’ailleurs quasi en même temps que «La famille Bélier». Cette fois l’énergumène sème l’incrédulité en Corse. La preuve qu’il aime vivre dangereusement? «C’est vrai que parfois, c’était chaud là-bas. Les Corses, il ne faut pas les pousser beaucoup pour qu’ils réagissent. Surtout le jour où j’ai fait semblant d’être grossier avec des enfants dans un magasin de jouets! Ce qui me sauve c’est que mon personnage est un débile et qu’on ne tape pas les débiles. Enfin, je l’espère. (Rires.) Sur l’île, j’ai eu peur de me prendre des coups, mais pas plus que lorsque j’ai joué au vétérinaire incompétent du côté de Montreux. De toute façon, comme disait Benoît Mariage, le réalisateur belge: «Il ne faut pas éviter l’orage, il faut apprendre à danser sous la pluie.»

Créé: 17.12.2014, 07h12

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