Vendredi 6 décembre 2019 | Dernière mise à jour 16:16

Abus sexuels Polanski, un cas qui embarrasse le cinéma

Le cinéma français ne sait trop comment réagir face aux nouvelles accusations de viol à l'encontre du réalisateur Roman Polanski, déjà épinglé par le passé.

Roman Polanski a toujours trouvé des soutiens en France depuis qu'il a fui les Etats-Unis sous le coup de poursuites pour relations sexuelles illégales avec une mineure.
Vidéo: Keystone

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La situation de Roman Polanski, visé par une nouvelle accusation de viol qu'il nie, embarrasse le cinéma français. Ce dernier est régulièrement soupçonné de trop protéger le réalisateur multi-récompensé toujours poursuivi par la justice américaine.

Depuis la publication vendredi du témoignage de la photographe Valentine Monnier, qui dit avoir été «rouée de coups» et violée par Roman Polanski en 1975 à l'âge de dix-huit ans, le milieu du cinéma est resté plutôt silencieux.

Affaire Haenel

Un contraste marquant avec les nombreux messages de soutien adressés la semaine dernière à l'actrice Adèle Haenel, qui a accusé le réalisateur Christophe Ruggia d'«attouchements» et de «harcèlement sexuel» quand elle était adolescente.

Adèle Haenel est d'ailleurs l'une des seules figures du 7e Art à avoir apporté son «soutien» à Valentine Monnier, dont l'accusation, la première portée par une Française, s'ajoute à celles d'autres femmes ces dernières années. Le réalisateur les nie toutes.

Emissions annulées

A deux jours de la sortie de «J'accuse», le film de Polanski sur l'Affaire Dreyfus - Grand prix du jury à la Mostra de Venise -, la gêne est palpable. Jean Dujardin, l'acteur principal, a annulé sa venue au 20H de TF1 dimanche.

France Inter a annoncé qu'Emmanuelle Seigner, femme de Polanski qui joue dans le film, s'était aussi «décommandée» de l'émission «Boomerang» prévue mardi, tandis que «Pop pop pop» enregistrée avec Louis Garrel, autre acteur du film, n'a pas été diffusée lundi.

L'émission d'Antoine de Caunes ayant été enregistrée en avance, France Inter a jugé «impossible» de la diffuser puisque «la question de cette nouvelle accusation n'était pas posée», a expliqué sur l'antenne la directrice de la radio publique Laurence Bloch. Pour autant, France Inter, partenaire du film, continuera à en faire la promotion, a-t-elle précisé, ajoutant que les «auditeurs sont adultes». France 5 n'a pas non plus diffusée ce lundi l'émission «C à vous», enregistrée avec Louis Garrel.

Des soutiens français

L'ARP (Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs), dont fait partie le cinéaste de 86 ans, a indiqué que s'ils «devaient trancher sur le statut de Roman Polanski, ils le feraient avec l'accord des cinéastes» membres. Mais aucun conseil d'administration n'est prévu «pour l'instant».

Roman Polanski est aussi membre de l'Association pour la promotion du cinéma (APC), qui chapeaute l'Académie des César. Sollicité par l'AFP, son président Alain Terzian n'a pas répondu.

Il fuit en 1978

Le réalisateur franco-polonais, oscarisé pour «Le Pianiste» - et récompensé par plusieurs César et une Palme d'or -, a toujours trouvé des soutiens en France depuis qu'il a fui les Etats-Unis en 1978, sous le coup de poursuites pour relations sexuelles illégales avec une mineure. Mais il fait face à une indignation grandissante des féministes.

En 2017, elles avaient manifesté en France contre une rétrospective qui lui était consacrée à la Cinémathèque. La même année, il avait renoncé à présider les César.

«Inconditonnel cénacle d'intellectuels»

Le cinéaste avait cependant été soutenu par ces institutions - Alain Terzian justifiant son choix comme «indiscutable» - alors qu'aux États-Unis, l'Académie des Oscars a décidé de l'exclure.

Dans sa tribune dans «Le Parisien», Valentine Monnier dénonce l'attitude d'un «inconditionnel cénacle d'intellectuels et d'artistes persistant à (...) soutenir» Roman Polanski malgré «de nombreuses autres accusations de viol» et malgré #MeToo. Catherine Deneuve, qui avait tourné avec lui dans «Répulsion», n'a ainsi jamais cessé de le soutenir, comme elle l'a fait à nouveau avant la Mostra, où la sélection de «J'accuse» avait indigné les féministes.

Le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, avait aussi estimé en 2017 que «c'est une affaire qu'il faut bien connaître pour pouvoir en parler». «Ça fait 40 ans (...) Le pardon est nécessaire dans la société», a encore observé récemment le réalisateur Costa-Gavras, président de la Cinémathèque française.

«Distinguer l'homme et l'artiste»

Cet été, le directeur de la Mostra, Alberto Barbera, a plaidé pour «faire une distinction très claire entre l'homme et l'artiste». Mais la présidente du jury Lucrecia Martel avait affirmé être «très gênée» par la sélection du film. Mais pour l'universitaire Iris Brey, spécialiste de la représentation du genre au cinéma, «séparer l'artiste de l'oeuvre, c'est une question qu'on ne réserve qu'aux hommes».

Valentine Monnier s'interroge en outre sur le fait que le réalisateur bénéficie d'aides publiques. Le ministère de la Culture a confirmé à l'AFP avoir reçu une lettre de la photographe à ce sujet, transmise par le cabinet de Brigitte Macron. Les services de Franck Riester l'ont fait suivre au Centre national du cinéma (CNC) et à France Télévisions, le film étant coproduit par France 2 et France 3. (ats/nxp)

Créé: 12.11.2019, 08h22

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