Dimanche 17 novembre 2019 | Dernière mise à jour 13:16

Sorties «Spider-Man» doit son univers visuel à une Suissesse

La Vaudoise Jessica Rossier a contribué à la personnalité graphique du film «Spider-Man: New Generation», la claque visuelle de cette fin d’année! Entretien.

Jessica Rossier, 29 ans, originaire de Puidoux-Chexbres. En fond, un des «artworks» du long métrage d'animation «Spider-Man: New Generation». «L’idée était de garder notre patte graphique sur les couleurs et les lumières mais en changeant notre style pour quelque chose de plus réaliste.»

Jessica Rossier, 29 ans, originaire de Puidoux-Chexbres. En fond, un des «artworks» du long métrage d'animation «Spider-Man: New Generation». «L’idée était de garder notre patte graphique sur les couleurs et les lumières mais en changeant notre style pour quelque chose de plus réaliste.» Image: DR

«Spider-Man» se multiplie pour deux fois plus de plaisir

Dès ses premières images, dévoilées il y a quelques mois, «Spider-Man: New Generation» laissait présager une expérience unique, du moins visuelle. Des promesses aujourd’hui largement tenues.

Avec son univers graphique démentiel, mariant à la perfection une animation photo-réaliste et l’univers des comics, le film de Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman est une vraie claque visuelle, qui vous scotchera plus d’une fois à votre fauteuil. Mieux: l’histoire est l’une des plus entraînantes que l’on ait vu depuis longtemps dans l’univers du tisseur. On y suit les aventures de Miles Morales, jeune afro-américain aux origines latines qui se retrouve un beau jour lui aussi piqué par une araignée radioactive.

Le hic, c’est qu’il évolue dans une réalité alternative où Peter Parker, seul et unique Spider-Man, est tué au début du film. Morales doit alors reprendre le flambeau et apprendre à maîtriser ses nouveaux pouvoirs. Mais bientôt, suite à une rupture dans le tissu de la réalité, le voilà rejoint par 5 Spider-Man issus d’univers parallèles: une spider-woman, un spider-cochon, un spider-black (dans le sens film noir des années 40, doublé par un formidable Nicolas Cage en V.O.), Peter B. Parker, version alternative du héros que l’on connaît, et enfin Peni Parker, une héroïne de manga.

C’est drôle, bourré d’action, parfaitement rythmé et rempli d’hommages et de clins d’œil à l’univers de notre bon vieux homme-araignée. Soit une vraie déclaration pleine de tendresse et de passion pour celui-ci. On attend avec impatience la suite.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Mercredi, c’est une nouvelle aventure de l’homme-araignée qui débarque sur les écrans: «Spider-Man: New Generation». Mais un Spidey aussi novateur dans le fond (voir critique ci-contre) que dans la forme. Un film d’animation ébouriffant, bourré à craquer d’idées visuelles folles, reprenant le style des comics de l’époque, jusqu’à reproduire à l’image la trame du papier et le décalage de couleur des rotatives des année 60-70. Cette petite révolution visuelle, complètement grisante, on la doit – en partie – à une jeune Suissesse: Jessica Rossier, 29 ans, originaire de Puidoux-Chexbres. Avec son mari, Bastien Grivet, lui Genevois, ils ont travaillé durant 18 mois au sein d’une petite équipe pour élaborer l’univers visuel du film.

Après avoir œuvré sur des jeux vidéo AAA comme «Call of Duty», les voilà donc maintenant au cœur d’un long métrage fraîchement nommé aux Golden Globes (en tant que meilleur film d’animation), avec une plus que probable nomination itou aux Oscars d’ici quelques semaines. Hollywood à leurs pieds? Jessica Rossier nous raconte leur parcours.

Le film donne l’impression d’avoir été fait par des fans purs et durs de «Spider-Man». C’était aussi vôtre cas?

Je connaissais surtout «Spider-Man» à travers les films de Sam Raimi, ceux avec Tobey Maguire. Je me suis vraiment mise aux comics au moment où on a décroché le job. L’idée était de s’inspirer du côté graphique de ceux-ci pour concevoir les décors. Et toute l’idée a été de savoir comment nous allions réussir à mélanger ces univers, animation et BD.

Qu’est-ce qui était déjà défini à ce niveau quand vous êtes arrivé sur le projet?

Rien. On avait juste un scénario. On a commencé avec une petite équipe de Concept Artists, une vingtaine de personnes, et il y avait tout à inventer. Il fallait trouver la patte graphique qui allait définir tout le film. On a passé 3 mois à explorer différents styles avant d’enchaîner sur 1 an et demi de travail pour élaborer les décors. Pour nous guider, on avait un formidable directeur artistique, Alberto Mielgo. Un gars au style très atypique, qui vient de la peinture traditionnelle et qui souhaitait trouver un style reproduisant la qualité graphique d’une peinture à l’huile mais en digital painting.

En quoi consiste exactement le travail de Concept Artist?

Mettre en image, créer visuellement un univers, des objets, des vaisseaux spatiaux ou des décors décris dans un scénario.

Qu’est-ce qui fait la particularité de l’animation employée sur le film?

D’habitude, le travail de conception s’effectue principalement en images de synthèse. Là, il a fallu tout peindre, de A à Z. Ça a été un travail colossal. Chaque fenêtre, chaque cadre en bois, chaque brique, feuilles et bouches d’égout étaient à peindre trait pour trait sur Photoshop. C’est ce qui donne une patte exceptionnelle à ce film et un style si particulier. Dans le jeu vidéo, une image nous prend en général entre 2 et 5 jours. Là, il nous fallait entre 2 et 4 semaines. Après, pour l’animation à proprement parler, le côté innovant du film a été d’appliquer tous les décors et personnages conçus sur une base 2D à des volumes 3D pour qu’on puisse se déplacer à l’intérieur des décors et tourner autour des personnages.

Gamine, vous étiez déjà passionnée de cinéma?

J’ai passé mon enfance à Puidoux-Chexbres, entre Lausanne et Vevey. Mon papa est designer graphique et conçoit des timbres pour la poste depuis 30 ans mais il a toujours été passionné par les effets-spéciaux, fan de «Star Wars», «Star Trek» et tous ces films de science-fiction. C’est lui qui m’a transmis sa passion.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans le milieu?

A 15 ans, je me suis inscrite aux Arts décoratifs de Genève. Je m’étais d’abord tournée vers la céramique. J’avais fait un stage et j’avais trouvé ça génial: mon avenir était tout tracé! Mais on m’a recommandé d’en faire un autre dans le multimédia, pour voir ce que c’était. J’y suis allé en traînant les pieds, je suis tombé sur ce gars, Bastien, et je suis restée la langue pendante en voyant ce qu’il pouvait faire avec un ordinateur. Et là, j’ai dit au-revoir à la céramique. Et puis on a fini par se faire renvoyer tous les deux de l’école. On rêvait de travailler dans le monde du jeu vidéo ou du cinéma et on ne correspondait pas du tout au profil de celle-ci.

C’est là que vous quittez la Suisse?

Oui, Bastien s’est fait remarquer par les studios Ubisoft de Montpellier et je l’ai suivi en profitant pour créer ma propre société. On a commencé à travailler pour des jeux vidéo et des pubs. Puis on a créé, cette fois à deux, WardenLight Studio, qui tourne maintenant très bien depuis 5 ans. On va même sortir en mars prochain notre propre jeu vidéo, pour smartphone et tablettes.

Comment vous êtes-vous retrouvé à travailler sur un film de cette ampleur, sans expérience au préalable dans le domaine du cinéma?

On a rencontré Alberto Mielgo lors d’un festival, accoudé à un bar. On a commencé à discuter, puis à lui montrer ce qu’on faisait… Il a adoré et nous a parlé de «Spider-Man: New Generation». Quelques semaines plus tard, il nous proposait de rejoindre le projet. L’idée était de garder notre patte graphique sur les couleurs et les lumières mais en changeant notre style pour quelque chose de plus réaliste. Quand on apprit la nouvelle, on s’est mis à sauter de joie dans le salon comme des gamins.

Votre travail est-il marqué par votre culture suisse?

Etant basé à Montpellier, le studio est plutôt réputé pour sa French Touch à l’étranger. Ils ne savent pas que nous sommes Suisses. Mais c’est clair qu’on trouve énormément de montagnes dans nos décors et dans nos artworks personnels. On a été biberonnés avec ça et c’est une partie importante de notre processus créatif. Tout comme les lumières exceptionnelles qu’on trouve en Lavaux. Du coup, on vient souvent nous chercher pour les montagnes, comme pour le jeu de la saga du «Seigneur des anneaux», «La Terre du Milieu: L’ombre de la guerre». Même si après, on a fini par travailler sur autre chose, comme le Balrog dans ce cas-là. Quand on bossait sur «Call of Duty: Black Ops III», on a réalisé qu’une partie du scénario se déroulait à Zurich et on a écrit au studio «Super, on va pouvoir vous aider!». Mais ils s’en foutaient complètement. Ils ne savaient même pas qu’on était Suisses. Ça a été un hasard complet qu’on se retrouve à travailler sur ces séquences.

Avez-vous néanmoins pu y apporter un peu de véracité?

Finalement oui. La scène se passait dans le futur, il fallait concevoir des buildings. Donc on a imaginé des architectures futuristes mais on savait au moins quels bâtiments, notamment certaines banques, il ne fallait pas enlever du paysage pour que l’on reconnaisse la ville.

«Spider-Man: New Generation» vous a-t-il ouvert les portes de Hollywood?

Oui, d’autres productions ont déjà fait appel à nous. Mais on ne peut pas encore en parler. De toute manière, on est actuellement très concentré sur notre jeu et on ne peut pas tout accepter. Mais depuis, on a travaillé sur une série anglaise de science-fiction, toujours en production d’ailleurs (ndlr: prévue pour la nouvelle plateforme d’Apple, elle est pour l’instant intitulée «See», avec Jason Momoa, bientôt à l’affiche d’«Aquaman»).

Créé: 12.12.2018, 06h45

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.