Mardi 16 octobre 2018 | Dernière mise à jour 22:54

Rencontre Un Suisse anime des toutous

Après «Ma vie de Courgette», le Lausannois Élie Chapuis a été appelé par Hollywood pour travailler sur l’animation du merveilleux «L’île aux chiens».

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Adulé pour ses longs-métrages délirants comme «The Grand Budapest Hotel» ou «La vie aquatique», Wes Anderson est de retour avec un film d’animation, son deuxième après «Fantastic Mr. Fox», peut-être encore plus fou que ses œuvres live. Fable d’anticipation située dans un Japon futuriste, «L’île aux chiens» (sorti hier) met en scène un enfant qui tente de retrouver son toutou sur une île où sont envoyés tous les clebs d’une ville ravagée par une grippe canine. Au menu? De la «stop motion», soit des marionnettes animées image par image: un travail de titan pour un film de cette ampleur.

Le Lausannois Élie Chapuis, un crac en la matière – il a déjà collaboré à «Fantastic Mr. Fox» mais aussi à «Ma vie de Courgette» –, nous raconte son expérience sur un tournage pas comme les autres.

Comment vous êtes-vous retrouvé sur «L’île aux chiens»?

J’avais déjà animé des séquences de «Fantastic Mr. Fox». L’équipe me connaissait bien et ils m’ont chargé de la séquence des Taïko, ces percussionnistes japonais un peu grassouillets que l’on trouve au début et à la fin du film. Nous avons tourné à Londres, où je suis resté sept mois. À elle seule, la séquence m’en a pris 4, pour 45 secondes à l’écran. J’ai fait le calcul: si j’avais animé le film seul, j’en aurais eu pour trente ans – sans vacances! (Il rit.)

Comment se déroule un tel tournage?

C’est une grosse équipe, avec 250 animateurs et 50 plateaux au pic de la production. Mais c’est très spécial parce que tout est organisé pour que Wes Anderson dirige toute l’animation depuis chez lui, par e-mail. Étonnamment, ça reste assez chaleureux et il sait très bien qui on est. Dans mon premier e-mail, il me disait avoir gardé un très bon souvenir de mes scènes sur «Fantastic Mr. Fox»…

Comment est-ce possible de fonctionner sans réalisateur sur place?

À mon arrivée, on m’avait par exemple confié un plan très simple pour me chauffer: l’animation de 3 rats jouant au milieu des détritus. Dans le principe, on commence par placer ses personnages pour le début de la séquence avant de prendre une image et de l’envoyer aux différents chefs de départements – lumière, décors, animation. Lorsque j’ai leur feu vert à tous, elle est envoyée au réalisateur, qui te donne alors ses recommandations avant de te laisser animer ton plan. Mais comme il a énormément de choses à gérer, si ta séquence n’est pas prioritaire, tu attends. Deux jours, pour moi, dans ce cas-là. Un collègue a même eu le temps d’écrire un livre pour enfants durant ces «pauses»!

À l’écran, le degré de détails est fou! Comment ça se gère sur le plateau?

Il y a une séquence qui résume bien le degré d’exigence du réalisateur, celle de fabrication des sushis. Elle a nécessité à elle seule toute une équipe pendant cinq mois. À un moment, Wes Anderson voulait même faire venir du Japon un véritable chef pour les aider à la régler. Je ne sais pas ce qu’il avait en tête, s’il imaginait que le chef resterait immobile pendant des heures pendant le processus d’animation, à leur dire comment il fallait tenir le couteau… Mais là, les producteurs sont devenus verts et sont finalement parvenus à raisonner le réalisateur.

Était-il aussi exigeant avec vous?

Non, il est juste revenu sur quelques détails, comme lorsque les percussionnistes transpirent: la goutte était soit trop grosse, soit trop petite, elle ne descendait pas assez vite… Puis il a fallu refaire le plan avec une autre lumière. Mais voilà, on sait qu’il est exigeant. À la base, on nous demandait de livrer entre 2 et 4 secondes d’animation utiles par jour, mais je n’ai jamais senti de pression. Il fallait avant tout que ça ait l’air beau.

Avez-vous eu l’occasion de travailler sur des séquences dialoguées?

Oui, pour quelques plans du chien Jupiter, joué en anglais par F. Murray Abraham. Les voix étant enregistrées avant l’animation, c’est un travail compliqué. Surtout dans ce cas-là puisqu’en plus de la bouche, le chien est doté de bajoues constituées de 8 bourrelets, tous à animer indépendamment. Et puis comme je m’occupais des plans secondaires, je devais non seulement être à la hauteur de l’animateur star ayant déjà fait le travail pour les plans-clés mais aussi retrouver son style. Mes percussionnistes ne sont pas les seuls à avoir sué durant le film… (Le Matin)

Créé: 12.04.2018, 13h17

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