Mercredi 19 décembre 2018 | Dernière mise à jour 16:06

Cannes 2018 Vincent Lindon s'en-va-t'en guerre

Le comédien retrouve le réalisateur de «La loi du marché» pour la chronique âpre d'une lourde grève.


«En guerre», de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie.

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Il y a trois ans, on les avait laissés sous une pluie de récompenses pour «La loi du marché». Vincent Lindon et Stéphane Brizé sont de retour à Cannes avec un nouveau brûlot qui secoue en profondeur en s'inspirant d'une réalité sociale brutale. «En guerre» suit la lutte courageuse d'ouvriers refusant la fermeture de leur entreprise. C’est un combat désespéré et fort que décrit ce drame, qui permet à l'acteur et au réalisateur de se retrouver pour la quatrième fois. «Notre relation s'enrichit de film en film», explique Stéphane Brizé, qui a choisi de faire évoluer la star au milieu d'acteurs non professionnels.

Pour construire son intrigue, le réalisateur de «Mademoiselle Chambon» et «Quelques heures de printemps» ne s'est pas contenté de ses convictions. Il s'est renseigné auprès des personnes concernées sans se concentrer uniquement sur les salariés. «Il était indispensable de montrer tous les points de vue, insiste-t-il, pour que le spectateur puisse comprendre les enjeux et les intérêts de chaque partie en présence.» Sélectionné en compétition officielle, son film dénonce, certes, mais il le fait de façon informée. «Nous avons voulu expliquer comment des gens ordinaires en arrivent à un tel déferlement de violence par désespoir», précise Vincent Lindon.

Un acteur dans la tourmente

La performance de l'acteur est encore plus forte que celle de «La loi du marché», qui lui a valu un prix d'interprétation cannois et un César. Fort, fragile, souvent charismatique, parfois odieux, grande gueule: son personnage de syndicaliste convaincu bouleverse. «Comme il l'avait fait dans notre précédent film, Vincent évolue au milieu de personnes qui n'avaient jamais joué la comédie et il se fond dans leurs rangs comme s'il avait toujours été avec eux.» L'effet est bluffant car on finit par oublier Lindon pour ne plus voir que Laurent, homme droit dans ses bottes, admirable dans son courage pour défendre ses convictions.

«Le tournage a été très intense, se souvient le comédien. C'était indispensable pour rendre l'urgence et la violence de ce que subissent ces gens.» Stéphane Brizé a parfois capturé l'action à plusieurs caméras pour plonger les spectateurs au cœur des scènes de foule ou dans celles, plus intimes, de confrontations entre les protagonistes. «Je souhaitais donner l'impression au public de participer, dit-il. Lui faire sentir dans ses tripes ce que vivent les salariés.» D'espoirs minuscules en désespoir profond, de luttes galvanisantes en compromis, ces derniers deviennent nos amis tant on se sent proches de leur histoire.

Vingt-trois jours de tournage

L'urgence, l'équipe technique ne l'a pas connue que de façon fictive: elle n'a bénéficié que de vingt-trois jours de tournage pour mettre «En guerre» en boîte. «On était tous sur un pied d'égalité, précise Vincent Lindon. Il n'y avait que comme cela que ça pouvait fonctionner.»

On verrait bien Vincent Lindon décrocher un nouveau prix d'interprétation pour sa performance. «Je trouve important de dire quelque chose sur l'état de la société dans les films que je tourne, note l'acteur, et important aussi que Cannes donne une vitrine à ce genre de projets engagés.» La force du propos allié à son interprétation et à la mise en scène brillante de Stéphane Brizé font de «En guerre» une expérience douloureuse mais nécessaire pour comprendre le monde de l'entreprise. «Nous avons cherché à être honnêtes dans notre propos pour qu'on ne puisse pas nous accuser de manichéisme», martèle le cinéaste. Le public sort du film rompu mais comblé, le cœur qui bat la chamade. (Le Matin)

Créé: 16.05.2018, 07h49

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