Vendredi 29 mai 2020 | Dernière mise à jour 19:09

Virus Comment la Covid-19 va-t-elle transformer nos séries télé?

Quel impact le coronavirus a-t-il eu, et aura encore ces prochains mois, dans le monde des séries? Producteurs, acteurs et chaînes de télé nous répondent.

Le tournage de «The Blacklist» étant interrompu en raison du coronavirus, certaines scènes manquantes ont été réalisées en animation.

Le tournage de «The Blacklist» étant interrompu en raison du coronavirus, certaines scènes manquantes ont été réalisées en animation. Image: Capture écran YouTube

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Sale temps pour les séries: après plus de 3 mois d’activité, le coronavirus a complètement paralysé l’industrie. Que ce soit en Suisse ou dans le reste du monde. Et on ne réalise encore pas bien l’impact que celui-ci risque d’avoir pour le futur de nos feuilletons. Du côté américain, les fans de «The Walking Dead» attendent par exemple toujours, six semaines après la diffusion de l’avant dernier épisode, la conclusion de la saison, coincée par des problèmes de post-production.

Pour «Empire», le soap opéra hip hop de la Fox, c’est plus grave. Stoppée lors du tournage du 19e et avant dernier épisode de l’ultime saison, la production a décidé de jeter l’éponge et de faire du 18e épisode la conclusion de la série, même s’il n’a jamais été pensé de cette manière. Heureusement, en cette période trouble, les parades créatives ne sont pas interdites, comme vient de le prouver l’équipe de «The Blacklist». Le confinement ayant là aussi interrompu à mi-parcours le tournage de l’ultime épisode de la saison, il a été décidé de réaliser les scènes manquantes en animation, les comédiens n’ayant plus qu’à enregistrer leurs dialogues depuis chez eux. Pas si incongru pour une série qui existe aussi en version comics depuis 2015.

En Suisse, on a été plus chanceux de ce côté-là, avec un seul tournage interrompu du côté alémanique, celui de «Wilder» saison 3. «Du côté romand, nous explique Françoise Mayor, responsable de l’Unité fiction à la RTS, on venait de boucler celui de «Cellule de crise», thriller politique avec André Dussollier. Mais avec le réalisateur confiné en France et le monteur en Belgique, ça complique énormément les choses pour la post-production… Nous avons aussi dû repousser les tournages de deux séries, «Sacha» et «La chance de ta vie». On espère les relancer en septembre, car il va falloir maintenant refaire toute la prépa: location des décors, des véhicules, préparation des costumes et accessoires…».

Des problèmes de logistique qui interviennent à tous les niveaux de la production, y compris dans le doublage des séries étrangères, comme on l’a récemment vu avec «Top Models», disparu de la grille des programmes au début du mois.

Les tournages reprennent, sous haute surveillance

Mais avec le déconfinement, les choses vont enfin pouvoir se décanter un peu. En France, au lendemain de l’annonce du Gouvernement autorisant les tournages à reprendre le 11 mai, Jean-Luc Azoulay, producteur de la saga hebdomadaire «Les mystères de l’amour», a aussitôt relancé la machine. Le 13 mai, il était ainsi le premier français à reprendre le chemin des plateaux pour le tournage – sous haute protection sanitaire – de la 23e saison, attendue le 31 mai sur TMC. Une manœuvre rendue possible par de faibles coûts de production et des équipes réduites.

«Les comédiens, ainsi qu’une partie des techniciens, ont été testés par PCR et par sérologie, nous explique le producteur. Tout le monde est évidemment masqué, ganté, avec du gel hydroalcoolique à portée de main. On a même avec nous un médecin conseil. Et puis même face aux caméras, les acteurs respectent la distance sociale et l’on joue simplement avec la mise en scène pour donner l’illusion d’un rapprochement».

Autrement dit, baisers et étreintes ont été exclus de la série, du moins provisoirement. «Ce n’est pas si contraignant que ça, assure Jean-Luc Azoulay. Oui, l’amour implique des contacts, mais avant tout des attitudes, des mots, des regards. On n’est pas obligé de se toucher pour dire qu’on s’aime». Quant à la crise sanitaire, elle sera belle et bien intégrée aux intrigues. «Quand le monde traverse un moment comme celui-ci, enchaîne-t-il, on ne peut pas ne pas en tenir compte. Traditionnellement, entre deux saisons, il y a toujours une ellipse temporelle. Là, nos épisodes vont se dérouler quelques semaines après la fin du confinement, la vie reprenant son court plus ou moins normalement».

Question coronavirus, la romande Carole Dechantre, interprète de la machiavélique Ingrid Soustal dans la série, en connaît d’ailleurs maintenant un rayon. En mars dernier, juste après avoir bouclé le tournage de la saison précédente, l’actrice avait en effet été contaminée, de retour chez elle, à Vevey. «J’avais immédiatement prévenu l’équipe, puisque 4 jours auparavant on tournait encore tard le soir, en prenant des photos, nos visages collés les uns contre les autres…» Au final, elle sera la seule de l’équipe à contracter le virus, avec toutefois Frank Delay (Pierre Roussell), mais qui n’avait pas été en contact avec elle. Aujourd’hui, elle en rit, mais elle a souffert, clouée 7 semaines au lit. D’abord par le virus lui-même, couplé à une pneumonie. Avant qu’une arthrite réactionnelle, après une petite semaine de répit, ne la terrasse avec de terribles douleurs dans les articulations, l’empêchant de marcher, lui paralysant une main…

«Depuis une dizaine de jours, ça va mieux, claironne-t-elle. Du coup, j’ai développé des tonnes d’anticorps et je suis en principe maintenant hors de danger. Mais ça ne m’empêche pas de faire attention sur le tournage. Ce qu’on fait tous d’ailleurs. Notamment en privilégiant au maximum les scènes tournées en extérieur, de manière à ne pas se retrouver trop nombreux dans une pièce exiguë. Reste qu’en France, la distance sociale à respecter n’est que d’un mètre, la moitié de ce qu’on a en Suisse… Ça surprend! On est presque dans la simple bulle personnelle».

Masque médical et préservatif, même combat?

Alors si «Les mystères de l’amour» a clairement choisi d’intégrer la pandémie à leurs scripts, la question se pose maintenant à l’échelle mondiale: les séries sont-elles désormais toutes condamnées à traiter du sujet? Avec le danger de se retrouver confronté à d’importantes contraintes scénaristiques si elles décident de choisir cette voie, et au risque de paraître déconnectée de la réalité dans le cas contraire. Une chose est sûre, des séries ancrées dans l’actualité comme «9-1-1», «Chicago Fire» ou «Grey’s Anatomy» pourront difficilement faire l’impasse sur le sujet.

«On remarque que le thème de la propagation d’un virus à l’échelle mondiale est dans l’air du temps, continue Françoise Mayor. L’idée d’un petit village coupé du monde à la suite d’une épidémie est un thème qui revient souvent dans les pitchs qu’on nous présente à la RTS. Mais qui aurait envie aujourd’hui de se plonger dans ce type d’histoire le soir à la maison? Après, si notre mode de vie devait radicalement changer à cause du virus, ce serait différent… Je me souviens des débuts du sida: si on ne voyait pas un préservatif dans le champ à chaque scène d’amour à l’écran, on avait l’impression de voir un couple irresponsable. On a donc très vite intégré ces changements dans nos fictions. Alors qui sait, peut-être nous retrouverons-nous bientôt à devoir inclure les masques aux fictions si on est contraint à les porter encore longtemps au quotidien?». A moins qu’on se retrouve bientôt avec une avalanche de séries se déroulant à une époque pré-Covid-19, entre drames historiques et polars urbains, afin de tout simplement éviter d’avoir à traiter le sujet…

Christophe Pinol

Créé: 20.05.2020, 19h08

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