Dimanche 21 juillet 2019 | Dernière mise à jour 23:28

Interview Dan Brown: «Je suis inquiet pour l'avenir»

Dans «Inferno», Dan Brown traite des problèmes de la surpopulation et de la manipulation génétique sur fond de Dante et de Florence. Rencontre avec l’un des auteurs les plus demandés mais aussi les plus mystérieux de la décennie.

Image: Matthieu de Martignac/MAXPPP

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INTRIGUE

Décoder l’«Enfer» et sauver le monde

Le Pr Robert Langdon se réveille dans une chambre d’hôpital, il n’a aucun souvenir de ce qui lui est arrivé lors des deux derniers jours. Des cauchemars apocalyptiques le hantent sans qu’il puisse leur donner un sens.

Il découvre qu’il se trouve à Florence et qu’il a été blessé par balle. Le tueur, ou plutôt la tueuse, le retrouve à l’hôpital pour finir son travail. Langdon s’enfuit, avec l’aide d’une jeune médecin surdouée, Sienna Brooks. Commence alors une chasse à l’homme géante et une course contre la montre, pendant laquelle Robert Langdon, toujours plein de ressources, devra décrypter des indices inspirés du poème «Enfer», tiré de «La Divine Comédie» de Dante, afin de stopper les plans fous d’un scientifique.

Le professeur de symbologie à l’Université Harvard aura fort à faire pour départager ses amis de ses ennemis. Un thriller haletant, envoûtant, qui a pour écrin magnifique Florence. Et où la Suisse tient un rôle important…


«Inferno», disponible en français depuis jeudi, 567 p. Ed. JC Lattès


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Ce n’est pas la première visite de Dan Brown en Europe. Cette fois, c’est pour défendre son dernier ouvrage, «Inferno», sorti jeudi en français. C’est dans un restaurant parisien que l’auteur du «Da Vinci Code» nous parle des dernières aventures du professeur Robert Langdon. Au cours du repas, on apprend que sa maison est truffée de passages secrets, qu’il s’inquiète pour l’avenir de l’humanité mais aussi que la neutralité de la Suisse le fascine.

«Inferno» est sorti depuis jeudi en français, et c’est déjà un best-seller…

J’ai beaucoup de chance de pouvoir faire ce que j’aime, et que cela plaise à beaucoup de monde. Alors j’essaie de dire quelque chose qui fasse réfléchir.

Quel a été le point de départ de «Inferno»?

«La Divine Comédie» de Dante, que j’ai lue à 18 ans. Lors de mes recherches sur le «Da Vinci Code», je suis retombé sur cet écrit et j’ai compris à quel point Dante avait influencé notre vision moderne de l’Enfer. Dans la Bible, l’Enfer est décrit en des termes très vagues. Dante a été le premier à vraiment le définir, et son interprétation est toujours d’actualité. Cela me semblait un bon point de départ. La vision de Dante ressemble beaucoup à ce qui nous attend dans le futur, comme les maladies ou la pauvreté. J’ai eu l’idée d’un méchant qui interprète Dante comme une prophétie.

Ce méchant, Bertrand Zobrist, est Suisse. Pourquoi?

J’ai trouvé que c’était intéressant de le faire venir d’un pays neutre. Il est donc impossible d’avoir une image préconçue de lui. En refermant le livre, le lecteur se demande si Zobrist est un méchant ou un héros, et je trouvais que cette nationalité lui convenait bien à ce titre.

Déjà dans «Anges et Démons», la Suisse était présente grâce au CERN.

La Suisse est un pays magnifique. Et très efficace! De plus, il y a de grands scientifiques qui viennent de ce pays. La neutralité suisse me fascine et je trouve très intéressant de l’utiliser symboliquement.

Vous avez pris 3 ans pour écrire «Inferno»...

J’ai dû beaucoup étudier l’oeuvre de Dante. J’ai aussi fait de nombreuses recherches en génétique.

Ainsi que de nombreux allers-retours à Florence...

Je voyage toujours dans les lieux que je décris. Je considère la ville comme un personnage à part entière dans mes livres.

Avec votre célébrité, comment pouvez-vous faire vos recherches tranquille?

La première fois que je visite un lieu, je m’y rends incognito, avec des lunettes de soleil et une casquette. A Florence, la moitié des endroits que j’ai vus étaient pour le livre, l’autre moitié pour mettre les gens sur de fausses pistes. Par exemple, j’ai posé mes questions sur Dante de manière très légère, comme si je n’étais pas intéressé. Et ailleurs, j’étais très appliqué à prendre des notes, ou du moins à faire semblant, pour faire croire que j’écrivais sur un autre sujet.

Quelle est l’importance de la précision dans vos livres?

C’est indispensable, car ils traitent de choses anciennes et il faut que ce soit pertinent pour un lecteur moderne. Quand Langdon regarde un masque ou un document, tous les détails doivent être exacts. Si le lecteur y va, il doit pouvoir voir les mêmes choses.

Et pour la partie scientifique sur la surpopulation et les manipulations génétiques?

J’ai découvert, il y a 5 ans, le mouvement transhumaniste, dont je parle dans le livre. Il consiste à vouloir modifier le matériel génétique des humains pour les rendre plus forts ou plus résistants. J’ai ensuite discuté avec des généticiens, qui m’ont assuré que rien n’était impossible. Les seuls obstacles sont l’argent et les préoccupations éthiques.

Et quelle est votre opinion sur la génétique?

Je suis en faveur d’un débat clair, car il y a de nombreuses interrogations sur l’avenir et la santé de notre espèce. Et l’ingénierie génétique a le potentiel de résoudre ces problèmes. Mais il y a aussi des questions éthiques sur le fait de jouer à Dieu. Nous devons nous interrroger. La vraie question est: que signifie être humain et quel rôle doit jouer la science dans l’avenir de notre espèce?

Qu’en pensez-vous?

Nous vivons à une époque où cette question n’est pas que spirituelle, mais aussi technique, au vu des avancées scientifiques. Prenons l’exemple d’un singe qui apprend à utiliser un bâton pour attraper les fourmis. L’évolution a toujours consisté à utiliser tous les outils à sa disposition. Si nous décidons de ne pas utiliser l’ingénierie génétique pour notre évolution, c’est selon moi comme si le singe renonçait à se servir de son bâton.

Mais il y a des risques…

Le problème, c’est que la technologie évolue de manière exponentielle. Elle avance à 1000 km/h alors que notre éthique n’avance qu’à 50 km/h. Nous sommes en quelque sorte comme des enfants tenant une mitrailleuse.

Cela vous touche-t-il?

Oui, je suis très inquiet pour l’avenir de l’humanité.

«Inferno» est-il donc un livre militant?

Pas du tout. Car je présente les deux côtés de l’équation. Il y a Zobrist qui pense que la solution à la surpopulation se trouve dans la génétique, et les gouvernements qui estiment que cela passe par l’éducation, notamment en matière de contraception. Moi-même, je n’ai pas la réponse, sinon je ne serais pas auteur.

Vous avez plus de 100 millions. Ça change la vie?

Pas vraiment. J’en donne d’ailleurs énormément, à des fondations ou des œuvres de charité. Je n’aime pas les voitures rapides ou les yachts de luxe. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de créer, d’apprendre. Et pour cela, il ne faut pas beaucoup d’argent. D’ailleurs, trois ans après «Da Vinci Code», j’avais toujours ma vieille Volvo.

Vous n’avez fait aucune folie?

Si, j’ai une nouvelle voiture, une hybride. Et comme ma femme déteste passer l’hiver en Nouvelle-Angleterre, nous avons acheté une maison sur une île aux Caraïbes. Nous avons aussi une belle maison, qui est comme une œuvre d’art, avec plusieurs passages secrets. Ça me fait penser à ceux qu’on trouve dans les vieux palais européens.

Créé: 25.05.2013, 09h14

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