Mardi 11 décembre 2018 | Dernière mise à jour 09:25

Humour Drôles de femmes: Marina Rollman est une des stars de Montreux

Dans le cadre du Montreux Comedy Festival, la Genevoise fera partie du «gala Fary-Wiesel», samedi prochain. Elle sera l’une des rares femmes humoristes à se produire sur la scène de l’Auditorium Stravinski.

Marina Rollman sert des chroniques sur France Inter, chez Nagui et intervient un dimanche par mois dans les «Beaux parleurs», sur La Première.

Marina Rollman sert des chroniques sur France Inter, chez Nagui et intervient un dimanche par mois dans les «Beaux parleurs», sur La Première. Image: Laura Gilli

Grégoire Furrer, fondateur et directeur du Montreux
Comedy Festival, est toujours à la recherche de nouveaux talents qu’ils soient hommes ou femmes. Il soutient les jeunes humoristes, se fait une joie et un honneur de les présenter au public. Mais il constate que les femmes sont encore trop rares.

Quatre femmes pour 19 humoristes sur la scène du Montreux Comedy Festival c’est beaucoup, peu, normal?

Ce n’est pas beaucoup, je dois l’admettre. Il y a objectivement moins de femmes qui font de l’humour que d’hommes. Peut-être aussi que l’on en connaît moins ou alors on pense toujours aux mêmes, c’est aussi possible. Mais il est vrai que chaque année on se pose la question et que l’on essaye d’intégrer un maximum de femmes dans le programme. Je tiens quand même à préciser que dans les galas, elles seront plus nombreuses que les quatre annoncées officiellement sur notre site. Caroline Vigneaux présente le Gala d’ouverture. Sinon, sur les cinq soirs il y aura: Antonia de Rendinger, Élodie Poux, Marine Baousson, Tania Dutel, Maude Landry, Aisha Alfa, Shirley Souagnon et bien sûr Marina Rollman.

Aujourd’hui, quelle est la place des femmes dans l’humour?

Il y a de plus en plus d’humoristes qui arrivent sur le marché, donc de plus en plus de femmes. Les nouvelles stars sont quand même là depuis un moment comme Nawel Madani ou Caroline Vigneaux. La nouvelle génération n’est pas encore assez établie pour remplir des grandes salles.
Il est vrai que les hommes ont pris un peu le pouvoir.

Et même sur Internet on ne voit pas de femmes à l’horizon. Reste les youtubeurs comme Norman, Cyprien, Hugo, Jérôme…

Sur YouTube, c’est encore pire. Pour nos plateaux «Web studio», le vendredi 1er décembre à 16 h et 17 h 30, ce n’est pas compliqué, nous n’avons pas de femmes. Ce n’est pas que nous n’en avons pas voulu, c’est qu’elles sont inexistantes.

Si l’on prend les quelques femmes présentes au Montreux Comedy Festival, quel est leur style d’humour?

D’une manière générale, mais cela reste ma vision, les femmes sont revendicatives et ont souvent un humour assez cru. On ne s’attend pas à ce qu’une jolie petite blonde dise des horreurs, et c’est parfois ce décalage qui fait rire. Plus précisément, Marina Rollman est pour moi un auteur. Elle a un talent d’écriture incroyable et un univers bien à elle. Antonia de Rendinger c’est un peu l’anti-Marina. Elle peut jouer n’importe quel type de personnages de se transformer en homme, en ménagère. En un sketch, elle est capable de passer d’une fille hyper vulgaire, à une blonde hyper coincée. Caroline Vigneaux est aussi une comédienne. C’est une bosseuse, une perfectionniste. Elle était avocate et a choisi l’humour. Et elle est très douée. Il n’y a pas plus compliqué que de faire rire les gens, que l’on soit un homme ou une femme. Et le seul moyen d’y arriver, c’est de travailler. (Image: Eddy mottaz)

Les galas du Montreux Comedy Festival

Jeudi 30 novembre à 20 h 30 à l’Auditorium Stravinski
Gala d’ouverture: «Games of Drôles» présenté par Caroline Vigneaux avec Antonia de Rendinger, Les Bodin’s, Blond and Blond and Blond, Akim Omiri, Élodie Poux, Kristof Fluder, Roman Frayssinet, Alex Ramires, Giroud Stotz et bien d’autres!

Vendredi 1er décembre à 20 h 30 à l’Auditorium Stravinski
«Montreux Web Gala» présenté par Pierre Croce avec Max Bird, Amixem, McFly Carlito, Fabien Olicard, David Azencot, Paul Taylor, Maxime Gasteuil, David Charles, Marine Baousson, etc.

Samedi 2 décembre à 18 h et 21 h à l’Auditorium Stravinski
«Gala Fary-Wiesel» présenté par Fary et Thomas Wiesel avec Alex Vizorek, Jason Brokerss, Kallagan, Yacine Belhousse, Nathanaël Rochat, Marina Rollman, Tania Dutel, Panayotis Pascot, Lenny M’Bunga, Maude Landry et bien d’autres humoristes.

Dimanche 3 décembre à 18 h, show en anglais, à l’Auditorium Stravinski
«Trending Comics» présenté par Paul Taylor avec Ali Al Sayed (UAE), Ahir Shah (UK), Schalk Bezuidenhout (South Africa), Francesco De Carlo (Italy), Ari Eldjárn (Iceland), PK (South Korea), Yoann Provenzano (Switzerland), Aisha Alfa (Canada), etc.

Lundi 4 décembre à 20 h 30 à l’Auditorium Stravinski
Gala de clôture: «On croit rêver!» présenté par Rachid Badouri avec Artus, Éric Antoine, Waly Dia, Djal, Shirley Souagnon, Issa Doumbia, Donel Jack’sman, Bun Hay Mean, etc.

Le Montreux Comedy Festival, du 30 novembre au 4 décembre. Programme complet sur www.montreuxcomedy.com (Image: DR)

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Marina Rollman est une belle parleuse. Certains l’entendront comme une jeune femme séduisante et bavarde, d’autres y verront une personne à l’éloquence recherchée. «Au début j’essayais de cacher un peu ma féminité avec un look d’étudiante attardée qui disait des insanités. Aujourd’hui je me présente au public en étant moi-même. On peut être à la fois drôle et jolie.»

La Genevoise Marina Rollman est en passe de faire sa place dans un monde encore réservé aux hommes et où les femmes sont peu nombreuses à se produire sur scène, mis à part les pionnières comme Muriel Robin, Florence Foresti ou Anne Roumanoff. Elle sert des chroniques mordantes sur France Inter pour «La bande originale» de Nagui. Un dimanche par mois, elle intervient dans les «Beaux parleurs» de Michel Zendali sur La Première. À côté, elle brille sur les scènes parisiennes, actuellement à La Petite Loge. «Une artiste drôlissime», «L’humoriste vole vers le succès», les remarques des spectateurs sont élogieuses. Et en décembre, elle sera sur les planches du Montreux Comedy Festival, dans un gala orchestré par Thomas Wiesel.

«Ce sera ma troisième participation, sourit Marina Rollman. J’adore l’ambiance, c’est comme à la maison avec des amis, un très bel endroit, on est super bien accueilli. C’est génial.» Elle parle comme elle pense. Sans limites. Un mot en amène un autre, les idées s’enchaînent, s’emmêlent, s’éclaircissent à nouveau. C’est comme si elle faisait Montreux-Paris à grande vitesse, en passant par Marrakech, Québec ou encore Saint-Prex. Mais elle revient toujours au point de départ, à l’essentiel.

Son humour prend des contours, et pourtant elle vise juste, droit. Elle a son style bien à elle, n’hésite pas à dire des vérités crues. Marina Rollman a été portée par des femmes humoristes dont elle s’est inspirée, tout en se gardant bien de les copier. «Il y a Maria Bamford, une Zouc américaine. Son cheval de bataille c’est pas tant le féminisme que les maladies mentales. Elle-même est genre bipolaire type 2 et la folie est au cœur de son travail. Quand elle aborde les sujets comme les magazines, les régimes, la drague, elle ne le fait pas de but en blanc avec une approche féministe, mais en montrant que tout cela est fou. Elle est toujours en équilibre instable, au bord du précipice.» D’elle, Marina Rollman en retiendra le côté déjanté, décalé.

«Pour la francophonie, j’aurais tendance à dire que nous descendons toutes de Jacqueline Maillan. Cette comédienne française a posé les bases. Elle a marié le bien et le franc-parler, le théâtre et l’humour.» D’elle, Marina Rollman a cet amour de l’écriture et l’aisance sur scène. «Puis, je citerai Muriel Robin, qui a abordé des thèmes très personnels comme le décès de sa mère, son coming out, son burnout. Dans le spectacle qu’elle a offert il y a cinq ans à l’Arena de Genève elle parlait de tout cela. Toucher à la vie privée, c’est une vulnérabilité que l’on n’a pas trop exploitée jusque-là. C’était très fort.» La jeune humoriste en a gardé la force des mots.

«Je n’oublierai pas Florence Foresti, qui aime défendre les femmes qui se battent pour exister, ou Marina Foïs, qui a bercé mon adolescence. L’actrice française a réussi à allier les grandes comédies, les films d’auteur et le théâtre. Elle est hyper exigeante, intello, c’est une femme de goût, un modèle. Elle a ouvert la voie avec cette envie de dire je peux être hilarante et chic. Elle a démontré que la comédie, ce n’est pas rejeter une partie de sa féminité, mais de l’assumer.»

Questions de femmes

Assumer, monter sur scène et faire rire. Un exercice pas souvent facile pour les femmes qui restent peu nombreuses. Anne Roumanoff l’a affirmé: «J’ai longtemps été la nana de service. Dans les festivals, il y avait une femme, c’était moi.» Marina Rollman sourit. Et s’emballe. «À Montreux, on ne sera pas beaucoup plus! Dans les performeuses on est encore peu. La proportion est moindre. Je pense qu’il y a une flemme des programmateurs. T’es un mec, tu invites des mecs et tu leur demandes de s’entourer des gens qu’ils aiment bien pour un gala… faites le calcul. C’est un cercle vicieux. Si personne ne donne sa chance à une nouvelle venue dans le milieu de l’humour, si elle n’est pas conviée dans les festivals, comment voulez-vous qu’elle se fasse connaître? Cela dit dans les Comedy Club ça bouge. On voit l’arrivée de plus en plus de filles un peu plus jeunes que moi. Elles commencent à comprendre qu’elles peuvent aimer les talons, les jeux vidéo et être marrantes. Il va y avoir un éclatement dans la relève.»

Autre citation d’humoriste femme qui fait réagir Marina Rollman c’est quand la Française Julie Bargeton, connue pour enchaîner les réflexions féministes pertinentes et désopilantes avoue: «Faire rire est un pouvoir. Et dans nos sociétés, le pouvoir est encore réservé aux hommes.» Elle répond du tac au tac: «C’est intéressant et c’est assez juste. C’est encore perçu comme une prise de pouvoir de se mettre en avant, de prendre la parole, d’être drôle. Et ce n’est pas que dans le domaine de l’humour. Je rappelle qu’on a préféré un gars qui fait de l’immobilier et de la télé à une femme qui depuis quarante ans était au service de son pays.»

Puis on cite l’humoriste militante Océanerosemarie quand elle déclare: «Les femmes sont victimes de discriminations. Pas étonnant qu’elles aient des choses à dire sur scène.» Marina Rollman repart de plus belle: «Oui clairement. On a des trucs à raconter comme les gens issus de minorité. Il faudra un jour leur donner la parole.» Ou l’audacieuse Blanche Gardin à l’humour noir: «On m’a souvent dit: T’es drôle pour une fille.» Marina Rollman hausse les épaules et lève les yeux au ciel: «Oui, c’est un classique. Évidemment je l’ai entendu souvent. Je suis hyper contente d’être humoriste. Sur certains aspects ça me touche d’être humoriste et femme, d’avoir une parole publique, sur d’autre j’aimerais être humoriste à part entière et que l’on me dise juste que je fais rire.» (Le Matin)

Créé: 29.11.2017, 11h28

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