Samedi 17 novembre 2018 | Dernière mise à jour 03:16

Prix littéraire Le Goncourt et le Renaudot ont été attribués

L'écrivain Nicolas Mathieu a été récompensé par le prix Goncourt, mercredi. Quant au Renaudot, il a été remis à Valérie Manteau.

Le Renaudot à Manteau

A la surprise générale, Louis Gardel qui préside cette année le jury, a annoncé que le prix revenait à Valérie Manteau pour «Le sillon» (Le Tripode), roman magnifique qui fait le portrait d'un Istanbul en plein bouleversement entre l'assassinat en 2007 du journaliste d'origine arménienne Hrant Dink et les espoirs déçus de la révolte de la Place Taksim.

Le livre, deuxième roman de Valérie Manteau et seul livre publié à la rentrée par Le Tripode, mérite assurément un grand prix (il figure aussi dans la sélection du prix Wepler) mais ne comptait pas parmi les romans finalistes du Renaudot. Les cinq écrivains toujours en lice (David Diop, Gilles Martin-Chauffier, Philippe Lançon, Diane Mazloum et Pierre Notte) n'auront fait malgré eux que de la figuration.

Le jury a attribué un prix spécial à Philippe Lançon et décerné le Renaudot essai à Olivia de Lamberterie pour «Avec toutes mes sympathies» (Stock), récit bouleversant dans lequel la journaliste de «Elle» relate le suicide de son frère Alex.

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Nicolas Mathieu a reçu mercredi le prix Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone avec «Leurs enfants après eux» (Actes Sud), fresque politique et sociale, roman d'apprentissage sur l'adolescence.

«Ce prix va changer forcément ma vie»

Nicolas Mathieu s'est dit «ravi» à son arrivée au restaurant Drouant, où est remis chaque année, comme le veut le rituel du prix le plus prestigieux de la littérature française. «J'ai passé 18 mois enfermés dans une pièce seul et là je suis tout d'un coup comme un lapin devant les phares d'une voiture», a-t-il commenté.

«Ce prix va changer forcément ma vie. Je pense à mon fils Oscar. Dans ces cas là on revient aux fondamentaux, je pense à ma famille, mes parents, la ville ou je suis né (Epinal, ndlr), aux gens dont je parle dans le livre. Tout ça, ça remonte», a-t-il déclaré.

«Roman d'apprentissage»

«Leurs enfants après eux» est le deuxième livre de Nicolas Mathieu, 40 ans. Comment se faire une vie quand à 14 ans on habite Heillange, une ville fictive, mais qui ressemble à tant d'autres villes saignées par la mondialisation, avec ses hauts-fourneaux muets et l'ennui pour seul horizon? «Un roman d'apprentissage c'est un roman de désillusion», soulignait récemment l'écrivain interrogé par une journaliste de l'AFP.

L'écrivain suit une poignée d'adolescents, au cours de quatre étés (1992, 1994, 1996 et 1998). Tous ces gamins rêvent «de foutre le camp» mais que faire d'ici là? Dans la torpeur de l'été, on tente de tuer l'ennui en matant les filles rassemblées au bord du lac. Il y a l'espoir que «quelque chose arrive» même si les eaux du lac «ont la lourdeur de pétrole».

«J'ai voulu raconter le monde d'où je viens. C'est une tentative littéraire et politique. Dès qu'on parle des gens, de la façon dont ils vivent, dont ils s'aiment c'est un acte politique. Il y a un peu de moi forcément. Mon effort a été de restituer le temps présent, comprendre comment marchent nos vies. Ça passe par des détails, un ancrage maximum dans le réel. Le réel, c'est mon souci», a expliqué Nicolas Mathieu.

Citation biblique

Les adultes ne sont pas mieux lotis. Le père d'Anthony, ancien métallo, vivote en faisant de l'entretien de jardins et s'épuise dans l'alcool et la rancœur.

Le titre du livre provient d'une citation biblique (Livre de Ben Sira le Sage) rappelant la vanité de toute chose: «Il y en a d'autres dont le souvenir s'est perdu; ils sont morts et c'est comme s'ils n'avaient jamais existé, c'est comme s'ils n'étaient jamais nés et de même leurs enfants après eux». Malgré leurs rêves, les adolescents sont condamnés à vivre la vie étriquée de leurs parents. Les désirs demeurent inassouvis, même la rage de vivre s'étiole.

L'an dernier, le Goncourt avait été attribué à Eric Vuillard pour «L'ordre du jour» (Actes Sud). (ats/afp/nxp)

Créé: 07.11.2018, 13h12

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