Lundi 25 septembre 2017 | Dernière mise à jour 05:07

Littérature «J’utilise mon époque pour écrire»

Antoine Jaquier sort «Légère et court-vêtue», un troisième roman vif et proche des gens. Rencontre lausannoise avec l’écrivain.

L'écrivain romand devant le Café des Artisans à Lausanne.

L'écrivain romand devant le Café des Artisans à Lausanne. Image: Maxime Schmid

Antoine Jaquier
Sortie le 19 avril aux Éditions La Grande Ourse

EN DÉDICACES
Le 21 avril à Payot Cornavin
le 22 avril à Payot Lausanne
Le 30 avril au Salon du livre de Genève
Le 6 mai à Payot Nyon
Le 13 mai à Payot Rive-gauche
Le 20 mai à Payot Montreux

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«Les yeux de Kelly se révulsent lorsque je lui apprends la nouvelle. Cela fait trois ans qu’elle me conseille de larguer Thomas. Elle piaffe dans mon salon, savait qu’un truc comme ça allait finir par arriver. Ses joues rosissent à l’évocation de mon statut de femme-objet absolue, misée puis perdue, comme une esclave.»
Elle, c’est Mélodie, blogueuse mode et personnage central de «Légère et court-vêtue», nouveau roman d’Antoine Jaquier qui sortira le 19 avril. L’écrivain, lui, avait déjà piqué la littérature romande au vif en 2013 avec «Ils sont tous morts», récit franc sur la jeunesse toxicomane puis en 2015 avec «Avec les chiens» ou l’on flirtait de près avec un sadique.
Pour ce nouveau livre, qui s’avale comme un apéro en terrasse, le voilà qui dresse un portrait quasi sociologique de la génération Y entre perte de maîtrise et d’amour-propre, ambition, violence ordinaire et glamour. C’est au Café des Artisans, à Lausanne, dont la patronne, Amaya, «petite Espagnole pétillante fan d’Elvis et de Doherty» fait partie de l’histoire tout comme la cave de son bistrot, que nous avons rencontré le délicat natif du Scorpion qui fêtera ses 47 ans en fin d’année.

Ce troisième roman est moins sombre que les précédents. Une réelle envie?
Effectivement ce livre est un peu en opposition aux deux premiers. Peut-être parce que j’ai passé trois ans sur «Avec les chiens»… Je voulais dans celui-ci être plus dans la normalité et je me suis bien amusé à imaginer ce que pouvait être la vie d’une blogueuse mode de 25 ans en Suisse. Un personnage lambda dans la société d’aujourd’hui.

Comment avez-vous construit les personnages de Mélodie et Thomas?
Je suis vraiment parti du personnage de Mélodie et j’ai assez vite voulu avoir ces deux narrateurs, pour disposer de leurs points de vue respectifs sur une même situation. Tom est plutôt là pour le contexte. Pour montrer à quel point il est difficile d’être une jeune femme de 25 ans dans un monde très patriarcal. Elle, elle trace sa route, elle est opportuniste, a un caractère bien trempé qui fait qu’elle préfère avancer, quitte à être un peu immorale. Cela tranche avec ce que l’on peut imaginer d’une jeune femme de 25 ans un peu naïve de la classe moyenne aisée.

Mélodie contraste avec Dardana et Blerim, deux autres protagonistes…
Oui, Dardana représente celle qui n’a pas eu de chance dès la naissance, qui se retrouve dans des salons de prostitution de force et qui rêve d’un avenir meilleur… Avec Blerim, le neveu des mafieux, ils sont importants, parce qu’aujourd’hui, et c’est ce que je vois dans ma vie, on montre souvent du doigt le Kosovar ou le Sénégalais, et souvent le petit Suisse est un bien pire salopard… Pour le reste, l’aspect mafia, le monde du jeu, la prostitution, ce sont des univers que j’aime bien regarder au cinéma. C’était intéressant comme manière de dénoncer ce capitalisme comme un miroir de la société.

Le fait qu’ils aient tous la vingtaine, était-ce primordial?
Oui, je voulais vraiment traiter de la génération Y. Elle a passé le témoin à la génération Z en tant que jeunesse de notre société avec les événements de Paris, du Bataclan… Elle est devenue adulte d’un coup. De plus, je suis un peu plus âgé ( rires) et du coup, j’ai un regard méta sur eux, je les ai vus naître, grandir et devenir adultes. J’ai vu une cassure au niveau de leur légèreté, comme repris dans mon titre.

Vous abordez Paris, mais l’histoire se trame à Lausanne. Une évidence?
Aucune préméditation, c’est juste que j’ai habité 25 ans ici! J’adore cette ville, son côté carte postale comme son côté plus sombre. Chaque facette de Lausanne dans le livre est une facette qui existe.

Pour un Lausannois, c’est excitant, car on visualise parfaitement les endroits. D’après vous, comment ce sera perçu par les autres?
En tant que Lausannois on focalise forcément, les autres découvrent un univers et visiblement ça marche. Les gens de ma maison d’édition à Paris, qui ne connaissent pas la ville, sont à fond sur le livre!

Vous étiez à l’Âge d’homme pour vos précédents romans, là vous êtes édité à Paris: c’est une consécration?
Déjà, à l’Âge d’homme ils ont été très contents pour moi, parce que c’était un petit challenge! Ce que j’aime, c’est écrire, l’aspect publication, promotion, je le fais parce que ça me permet de faire le suivant et c’est nécessaire. Il était donc important de mettre de la nouveauté et évidemment, publier à Paris c’est un peu un rêve aussi. Que se passera-t-il, peut-être que ça m’ouvrira le lectorat français?

Oui, le livre peut toucher un jeune par sa proximité avec ce qu’il vit autant qu’un adulte qui a le recul sur le propos.
Exactement et j’ai utilisé un style très dynamique qui peut permettre de faire goûter au plaisir de la lecture. J’aime la culture populaire et je prendrais volontiers l’étiquette du prolétaire de la littérature si on me la donnait! Écrire et travailler son style, c’est du boulot, c’est laborieux, ce n’est pas essayer de faire genre en faisant des phrases ampoulées… J’utilise mon époque et son vocabulaire pour écrire un livre. Cela fait entrer la littérature dans le XXIe siècle. Par exemple, Djian fait ça.

Justement, vos rencontres avec Philippe Djian vous ont fait évoluer vers quelque chose d’autre?
Djian est un auteur que j’adore et qui a fait partie de ceux qui m’ont fait m’ouvrir à la littérature. Moi qui ne viens pas d’un cursus gymnase/Uni, j’ai toujours choisi mes propres livres. Djian m’a fait découvrir qu’on pouvait voyager à travers un livre d’une manière fabuleuse. Donc le fait qu’il lise mes textes et me donne son feedback, ça me permet d’avoir un point d’ancrage. Si quelqu’un comme lui me dit que c’est bon, c’est bon! Et il m’a surtout aidé à me convaincre que j’allais dans la bonne direction au niveau du style. Que ce qui est important ce sont mes phrases, mes paragraphes, mes chapitres. C’est sur le style que je place vraiment toute mon attention, parce que je ne suis pas sociologue, j’utilise simplement mon regard sur la société pour écrire.

«Légère et court vêtue» est aussi le titre d’un film de Jean Laviron qui date de 1953. Un rapport?
Pas du tout! Mais je sais que c’est un film avec Louis de Funès. Je suis content de mon titre, j’ai hésité un moment avec «Vitrine» pour différentes raisons, mais ça n’allait pas! Je sais que, parfois, certains titres sont utilisés des dizaines de fois pour des romans, mais il n’y a aucun souci à ce niveau-là. D’ailleurs je l’ai tiré de la fable de La Fontaine «La laitière et le pot au lait». (Il récite.) «Perrette, sur sa tête ayant un Pot au lait, bien posé sur un coussinet, prétendait arriver sans encombre à la ville, légère et court vêtue…» C’est l’histoire d’une jeune fille naïve, qui part à la ville convaincue d’y faire fortune, c’est parti de là. (Le Matin)

Créé: 18.04.2017, 13h32

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