Dimanche 16 décembre 2018 | Dernière mise à jour 17:44

Humour Jonathan Lambert: «Ce sont des acteurs ratés»

Avec l'humoriste vedette de «Quotidien», les dictateurs en prennent pour leur grade. C’est de bonne guerre! Son spectacle est à voir samedi à l’Uptown Geneva.

Jonathan Lambert prend l'uniforme du despote dans son nouveau spectacle.
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Jonathan Lambert dans «Le dictatour – Looking for Kim», samedi à 20h30, à l’Uptown Geneva. Infos et billetterie: www.livemusic.ch

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Hitler, Staline, Dada et bien sûr Kim. Des noms qui font trembler. Mais des comportements qui peuvent aussi prêter à rire, tant ils sont théâtraux. Jonathan Lambert réunit les pires dictateurs dans un seul spectacle. Très bien documenté, pas moralisateur, le Français emmène les leaders au suprême de l’humour dans «Le dictatour – Looking for Kim», à voir samedi à l’Uptown Geneva. Coup de fil au général Lambert.

Cela faisait-il longtemps que vous aviez l’idée de faire un spectacle sur les dictateurs?

Oui. J’ai toujours été fasciné par les dictateurs, et je ne pense pas être le seul. À chaque fois qu’une émission sur le sujet est diffusée, ça fait un carton d’audience. J’en parle dans le spectacle: chez les dictateurs, il y a une façon de se mettre en scène, un goût pour le show qui est très visible. Que ce soit dans la façon d’organiser leurs défilés, le choix des affiches, leurs apparitions, la propagande, etc. La dictature est un one-man-show qui a mal tourné.

Les dictateurs sont-ils des acteurs ratés?

En tout cas, certains deviennent très comédiens durant leur pouvoir. Ça se comprend, du moment qu’ils doivent séduire les foules pour imposer leur idéologie ou leur personnalité.

Il y a même la Suisse dans votre spectacle…

C’est-à-dire que c’est une grande revue sur les dictateurs et je m’attarde un peu plus sur la dynastie Kim parce que c’est la seule dictature qui a réussi à s’imposer sur trois générations. Je m’étais mis en tête de partir sur les traces de Kim Jong-un, l’actuel dirigeant de la Corée du Nord, quand j’ai appris qu’il avait suivi sa scolarité à Berne. Je trouvais dingue d’imaginer ses camarades de classe, qui ne savaient probablement pas qui il était, raconter aujourd’hui qu’ils ont, par exemple, joué au basket avec lui. Il a vécu une partie de son existence à l’occidentale, il a peut-être joué à la console, il a eu une vie d’ado comme les autres. Le basculement de la normalité à l’extraordinaire est fascinant.

Vous vous êtes beaucoup documenté pour écrire le spectacle. Tout est vrai?

Si tout ce que je raconte était vrai, ça serait une leçon d’histoire. En fait, je me sers d’éléments historiques pour écrire des vannes et rigoler avec. Ce sont des faits vérifiés, mais il y a toujours une part de fantasme, que ce soit les 638 tentatives d’assassinat de Fidel Castro, Nicolae Ceausescu qui a mis toute la Roumanie sur écoute jusque dans les étables, donc les vaches également… Pour un humoriste, c’est très jouissif d’aller chercher les anecdotes, qui sont finalement très révélatrices de leur personnalité. À moi ensuite d’extrapoler.

Ce sont des cibles un peu faciles, non?

C’est sûr qu’on ne m’attendait pas pour rappeler qu’ils ne sont pas des gens très fréquentables. L’idée du spectacle n’est pas de faire la morale. L’enjeu, c’est de rire avec un sujet qui ne l’est pas. Comme l’a fait Charlie Chaplin avec «Le dictateur», même si je ne me compare pas du tout à lui. Il y a une part de burlesque chez les dictateurs. Quand on voit leurs costumes, leurs coupes de cheveux, leurs attirails, il y a quelque chose de démesuré et de véritablement grotesque. On se demande comment ces types ont pu exister, ont pu être craints et reçus par des gouvernements, français en tête? Prenez le sacre de Jean-Bedel Bokassa: c’est inimaginable de démesure et de connerie. Il a fait venir par avion une pièce montée et des majorettes de Nice. On marche sur la tête!

Vous vous documentez toujours autant pour vos spectacles?

Non, celui-ci est un peu à part. Pour le précédent, «Perruques», les personnages étaient tout aussi effrayants mais ils étaient inventés. Finalement, dans la réalité, il y a toujours mieux que ce qu’on peut imaginer.

Au début du «Dictatour», vous dites: «Toute ma vie, j’ai rêvé d’être un dictateur.» Ça vous arrive d’avoir un comportement dictatorial?

C’est à mon équipe de le dire. Mais je me sens doux comme un agneau pascal. En tout cas, face à ces types que sont les dictateurs.

Parlez-vous des trainings que portait Castro, par exemple?

Oui, le jogging Adidas! Je ne sais si c’est lui ou Adidas qui l’a rendu célèbre. (Rires.) Je parle des tenues, en effet. Dans un autre genre, celles très chics de Saddam Hussein, qui était connu pour être très porté sur la toilette. Pour son jugement, en 2004, il a exigé qu’on fasse venir un tailleur de Turquie.

Il n’y a pas de dictatrices?

C’est une question qu’on me pose souvent. On dit: «C’est la femme qui fait l’homme.» Justement, il y a l’omniprésence d’Elena Ceausescu. On avait affaire à une dictature bicéphale en Roumanie. Sans elle, Nicolae serait probablement resté ce petit cordonnier merdique de Bucarest qu’il était au départ. Il y a quelque chose de presque touchant dans les images du procès, le soir de Noël 1989, avec ce couple uni par le mal et uni jusqu’au bout.

Portez-vous un regard différent sur les dictateurs depuis que vous avez écrit «Le dictatour»?

Ce spectacle est de la dérision, car leur comportement est dérisoire. Ils ont une telle vanité qu’on a juste envie de se foutre de leur gueule. Et c’est le minimum qu’on leur doit. Quand Saparmourat Niazov (ndlr: l’ancien président turkmène) décide d’arrêter de fumer, il interdit la cigarette dans tout le pays pour ne plus être tenté. Ça fait rire. Mais je n’ai aucune envie d’être séduit.

Y a-t-il un dictateur qui a inspiré tous les autres?

Figurez-vous que oui. Ce n’est pas le plus connu: Rafael Trujillo, en République dominicaine, 5e fortune du monde et qui a été surnommé le «César des Tropiques». Il s’est fait ériger 1870 statues à son effigie!

On vous voit régulièrement dans «Quotidien» avec votre pastille «2218» dans laquelle vous imaginez les invités dans 200 ans. Vous vous plaisez sur TMC?

Oui. Quand on a deux minutes de télé, c’est bien d’avoir un concept fort. Et celui-ci me permet de parler et de l’invité et de ce que sera le monde. J’y serai en tout cas jusqu’à la fin de l’année. Je suis heureux dans cette émission.

(Le Matin)

Créé: 17.04.2018, 09h21

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